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Attractivité des métiers de la petite enfance : ce qu’en pensent les Français, les parents et les pros 

Le secteur de la petite enfance traverse une crise sans précédent, dominée par la pénurie de professionnels. Comment relancer l’attractivité de ces métiers ? Les enseignements clés de l’étude du Groupe Randstad (JBM) et du think tank « Vulnérabilités et Société » sur les perceptions des Français et sur les attentes des familles et des professionnels.

Les métiers de la petite enfance n’attirent plus et peinent à recruter alors que les besoins d’accueil ne cessent d’augmenter. Ce constat a poussé le Groupe Randstad (JBM), expert du recrutement médical et paramédical en intérim, et le think tank « Vulnérabilités et Société » à enquêter sur les représentations, les attentes et les facteurs de satisfaction/insatisfaction autour de ces métiers en interrogeant les professionnels, les parents et le grand public. Si la parole des pros est bien présente dans la synthèse de l’étude, c’est davantage la perception des parents vis-à-vis de ce secteur en pleine crise qui y est analysée.

Ce qu’on y apprend n’est pas nouveau et a été déjà bien documenté par la recherche, différentes études ou les travaux du Comité de filière petite enfance : la pénurie de professionnels dans le secteur de la petite enfance, le turn over dans les structures, les départs et reconversions professionnels, la dégradation des conditions de travail… Dans cette nouvelle étude* les principaux facteurs cités par les professionnels pour expliquer la baisse d’attractivité étant : une rémunération insatisfaisante (29%), des conditions de travail dégradées (11%), des moyens insuffisants pour accomplir la mission (9%). Et la situation préoccupe visiblement les parents. Pour 85% d’entre eux, la pénurie est inquiétante dans ses effets : elle aura des répercussions graves pour le bon fonctionnement du service de la petite enfance (85%).

La petite enfance est très loin d’être une priorité politique pour les Français

On apprend, sans surprise, que le secteur de la petite enfance inquiète beaucoup moins que celui du grand-âge. Le « soutien à la parentalité, la petite enfance et la famille », est la dernière des priorités en matière de politiques publiques (21%), loin derrière d’autres sujets connexes comme la pénurie de soignants (66%), la préservation de l’autonomie des personnes âgées (36%) ou la lutte contre les maladies graves (34%). Certes le grand âge concerne un nombre croissant de personnes. Et en 2030, il y aura plus de seniors que de moins de 20 ans, tandis que la petite enfance ne dure que 3 ans. Mais ce moment de vie est une période clé pour le développement de l’enfant et la construction de son futur.

Des métiers reconnus, mais qui n’attirent pas

Concernant les métiers propres au secteur de la petite enfance, leur spécificité et les compétences techniques qu’ils requièrent sont reconnus, ce qui n’en fait pas pour autant des métiers attirants. Seuls 38% des Français (56% de ceux qui ont l’intention d’avoir un enfant) et 29% des parents les recommandent. En effet, pour 55% des Français et 67% des parents, ces métiers, qui demandent des qualités particulières (humaines et techniques), offrent des perspectives insuffisantes.

Pour les parents, priorité la  sécurité et à la socialisation

Selon l’enquête, les principales attentes des parents en matière de garde sont d’abord que leur enfant soit en parfaite sécurité (70%), qu’il apprenne à vivre en collectivité (57%), qu’il soit géré par des personnes compétentes (56%) et enfin qu’il soit éveillé et développe sa sociabilité (53%). Interrogés sur leur perception des professionnels de la petite enfance, les Français valorisent en premier lieu leurs compétences relationnelles.

Des attentes excessives liées à la détérioration de la fonction parentale

Un résultat retient l’attention : les professionnels interrogés soulignent qu’ils doivent souvent suppléer les parents dans les tâches d’apprentissage civique (autorité, politesse…). Plus fort encore, l’étude note : « un certain désengagement parental (travail, crise de l’autorité…) et une fragilisation du tissu social reportent sur les professionnels de la petite enfance des tâches qui ne sont pas directement de leur ressort.»  Pour preuve, quelques remontées d’expérience édifiantes. « On est souvent obligé de faire l’éducation des parents quand on voit comment les enfants se comportent. » – « Nous sommes la porte d’entrée pour repérer les problèmes entre les enfants et les parents et pour faire l’interface avec les services sociaux. »

Autre décalage de perception entre les pros et les parents. Alors que les Français projettent que ce seraient des métiers usant du fait des qualités humaines pour faire face à l’énergie des enfants (patience), les professionnels dénoncent plutôt les relations soit avec les parents, soit avec l’employeur.

Une fracture générationnelle ?

« Les meilleures professionnelles sont en train de quitter ce métier », alerte une pro citée dans l’étude. Il ressort que l’avenir de la profession serait compromis par une moindre exigence professionnelle des jeunes entrant sur ce marché de l’emploi. « Cette différenciation entre des plus âgées mieux formées et plus consciencieuses, et des plus jeunes, moins motivées et impliquées, constitue un point de ressentiment, voire de fracture dans l’exercice quotidien du métier et son appréciation.» Reste à savoir si elle est réelle ou ressentie.

*Cette étude a eu lieu entre avril 2023 et juin 2024. Elle est constituée de :
– Un volet parents : 202 personnes interrogées
– Un volet professionnel(le)s :16 professionnels ont été mobilisés dans le cadre d’une enquête qualitative sur la base de 2 focus groupes différenciés, enrichis d’interviews complémentaires.
Entretiens téléphoniques de responsables d’établissements ou DRH pour identifier les représentations externes autour des compétences développées dans ces métiers. La moitié des entretiens ont été réalisés auprès de responsables d’établissements ou de DRH évoluant dans la petite enfance, l’autre moitié étant des interlocuteurs évoluant dans des environnements autres (service à la personne âgée notamment.)
– Un volet opinion publique : recueil de la perception et des attentes de l’opinion publique sur les métiers et la place du secteur de la petite enfance (avril – mai 2024) :  1003 personnes.

Candice Satara

PUBLIÉ LE 15 septembre 2024

MIS À JOUR LE 16 septembre 2024

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