Abonnés
Clap de fin pour Adrien Taquet
Inutile de se perdre en conjectures, restera, ne restera pas… Adrien Taquet a décidé lui-même de partir. Il l’a annoncé vendredi dernier sur Twitter. Avec le sentiment d’un bel engagement, du devoir accompli et l’envie de se recentrer sur sa famille. Certains militaient pour qu’il reste et prenne la tête d’un grand ministère de l’Enfance et des Familles, d’autres ne se prononçaient pas mais espéraient garder un politique qui commençait à bien connaître le secteur et ses enjeux, et quelques-uns souhaitaient son départ appelant de leurs vœux une autre politique. Mais aujourd’hui tous reconnaissent qu’Adrien Taquet a été un secrétaire d’État investi et « bosseur ».
Un long tweet, de plusieurs séquences le vendredi 29 avril
Sur son compte Twitter à 11h48, vendredi 29 avril, le secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles, auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, a annoncé son départ, en a expliqué brièvement les raisons à la fois personnelles et politiques et est revenu sur son bilan.
Le tweet d’Adrien Taquet, publié ce jour en fin de matinée, commence ainsi :
« Après 7 années d’engagement auprès d’Emmanuel Macron, vient le temps de consacrer un peu plus de temps à mes proches et à ma propre famille. Merci au président de la République pour sa confiance, merci aux électeurs d’Asnières et de Colombes pour celle qu’ils m’ont accordée en 2017.
Merci à tous ceux avec qui j’ai cheminé durant ces 3 années et demi. Nous avons fait beaucoup ensemble, beaucoup reste à faire : le président de la République s’y est engagé en mettant « la protection de nos enfants au cœur des 5 années qui viennent. Nous avons été élus en 2017 sur la promesse de renouvellement des usages et des visages : il est temps de laisser la place à des énergies nouvelles, à d’autres regards, à d’autres talents, nombreux parmi ceux qui ont rejoint le président de la République depuis 2015, comme député, puis comme SE à l’enfance et aux familles, cela a été un honneur de servir mon pays et d’essayer d’améliorer le sort des Français, en particulier les plus fragiles.
Petits déjeuners gratuits pour 500 000 élèves, 4,5 millions de repas à 1€ servis à la cantine, versement automatique des pensions alimentaires, +30% pour l’allocation mode de garde pour les femmes seules, 50 000 kits première urgence distribués aux familles pendant le Covid…
Doublement du congé paternité, parcours 1000 jours, PCH parentalité, formation des 600 000 pros de la petite enfance, Charte qualité de l’accueil du jeune enfant, 100 M€ investis dans les PMI, accompagnement au deuil d’enfant, allongement du congé pour naissance prématurée…
PMA pour toutes, accès aux origines, modernisation de l’adoption, investissement dans la pédopsychiatrie, création de 800 postes de psy cliniciens en CMP, Forfait psy de 10 séances remboursées pour les enfants, 10 Me investis dans la psychiatrie périnatale…
Interdiction des VEO, plan contre les violences faites aux enfants, limitation de l’accès au porno, création de la CIIVISE, lutte contre la prostitution des mineurs, sensibilisation au SBS, contrôle parental par défaut, seuil de non consentement, contrôle des antécédents…
Investissement dans le 119, Loi sur la protection des enfants, création de France Enfance Protégée, formation des CRIP, travailleurs sociaux et juges à l’autisme, modernisation du statut des AssFam, renforcement des contrôles, 600 M€ pour améliorer l’accompagnement des enfants…
La protection de l’enfance sera au cœur des 5 années qui viennent : après avoir contribué à rendre cet engagement possible, mon action pour l’enfance et les familles se poursuivra désormais sous d’autres formes qui restent à inventer. A très bientôt. AT »
Une réforme assumée et quelques “râtés”
Il n’a pas évoqué la réforme des services aux familles… Un oubli ? Ou le sentiment que c’est probablement sa réforme la plus contestée ?
Lors de l’interview qu’il nous avait accordée mi-mars, la dernière avant d’être muselé par un devoir de réserve lié à la campagne électorale, il nous avait expliqué : « Globalement, j’ai fait ce que je m’étais dit que je ferais quand j’ai été nommé il y a trois ans et demi. » Et titillé sur les critiques – notamment de certains syndicats ou associations de professionnels de terrain – il était revenu sur « le choix d’une méthode fondée sur la discussion, la concertation, de la reconnaissance des points de divergence… Nous avons toujours expliqué nos propositions et nous avons écouté. D’ailleurs, nous avons évolué sur un certain nombre de choses. ». Il assumait pleinement cette réforme qu’il avait prise en cours de route (elle avait été initiée par Christelle Dubos) la jugeant utile et ne nuisant en rien à la qualité d’accueil.
Plus compliqué pour lui-même de s’exprimer librement et sincèrement sur le Cmg ou les jardins d’enfants. Car on le sait, une réforme du Cmg pour harmoniser les restes à charge des familles quel que soit le mode d’accueil choisi, il était pour. Il n’a pas gagné l’arbitrage qui aurait permis d’intégrer la mesure au LFSS 2022 votée en fin d’année dernière.
Les jardins d’enfants, lors d’une visite l’été dernier dans l’un d’eux en Alsace, il en avait loué les méthodes et l’esprit et en avait vu tout l’intérêt à plus d’un titre (inclusion handicap et mixité sociale notamment mais aussi pédagogie et souplesse). Mais un secrétaire d’État ne part pas en guerre contre un mastodonte comme le grand ministère de l’Éducation nationale et son puissant ministre, encore en vue à l’époque et si sûr de lui et ses décisions.
Bref, comme tout politique Adrien Taquet a dû avaler des couleuvres, mais il a aussi eu la satisfaction en fin de compte de mener à leur terme des projets qui touchaient à l’humain. Il nous l’avait dit au cours de ce dernier entretien : « la politique sert à quelque chose, à changer la vie des gens. Je le sentais déjà comme député. En tant que ministre, il y a eu un effet de levier encore plus fort. La politique a un sens et une utilité. » Curieux après une telle déclaration d’annoncer tout arrêter puisqu’il ne se présentera même pas pour retrouver son mandat de député des Hauts-de-Seine.
Mais il est vrai aussi qu’il nous avait confié que ces années à ce secrétariat d’État l’avaient « bonifié en tant que père ». Envie tout simplement d’être plus présent comme père ? Allez savoir…
Les réactions des partenaires assez unanimes
A l’annonce de ce départ, tous les partenaires ont été un peu pris de court car tous, lors de la concertation sur la réforme ou lors du COVID, l’ont côtoyé (même si la plupart du temps c’était en visio) et souvent apprécié. Effet de surprise donc.
Elsa Hervy, déléguée générale de la FFEC, confie : « Travailler pendant deux ans avec Adrien Taquet et ses équipes a mobilisé beaucoup d’énergies de tout le secteur pour la plus grande réforme depuis 10 ans. Le ministre et son cabinet ont beaucoup travaillé au service de la petite enfance et permis que le bilan du quinquennat pour la petite enfance devient positif en seulement 2 ans. »
Élisabeth Laithier, ex-présidente du groupe petite enfance de l’AMF et présidente du comité de filière, résume sa réaction à trois verbes : « Je regrette, je comprends et je remercie. Je regrette car j’ai très bien travaillé avec lui. Il s’est emparé du sujet petite enfance alors même que ce n’était pas son domaine au départ. Je comprends parce que 7 ans d’engagement c’est long pour une vie de famille (on ne voit pas grandir ses enfants) même si c’est court sur un plan politique. Et je remercie car il a su remettre la petite enfance sur le devant de la scène politique dans la deuxième partie du quinquennat. »
Sandra Onyzsko de l’Ufnafaam tempère : « Globalement ça a été un secrétaire d’État à l’écoute. Il n’a pas eu la tâche facile pendant la crise sanitaire, mais force est de reconnaître que dans la gestion de cette crise du COVID, les assistantes maternelles se sont senties délaissées et pas assez épaulées dans la lecture et l’application des protocoles. Nous n’avons pas obtenu notre réforme du Cmg mais sur ce point Adrien Taquet nous a écoutés et soutenus. Il reste beaucoup à faire mais il y a eu des initiatives comme le comité de filière par exemple. »
Le SNPPE, pas tendre avec Adrien Taquet
Le SNPPE dénote dans ce concert de propos plutôt élogieux et signifie par la voix de ses deux co-présidents : « M. Taquet annonce qu’il se met en retrait de la politique pour des raisons personnelles et publie un bilan de son mandat en tant que secrétaire d’État sur les réseaux sociaux. Le SNPPE rappelle que c’est sous son mandat que le syndicat s’est créé pour réagir à la politique gouvernementale qu’il incarnait. Que ce soit pour le plan de lutte contre la pauvreté, les 1000 premiers jours de l’enfant, la réforme de l’Aide Sociale à l’Enfant ou celle de l’accueil des jeunes enfants, le constat est toujours le même : beaucoup de discours pour si peu de moyens… sauf pour faire de la communication ! Car, à part des guides à télécharger, des boîtes cadeaux ou des sites internet, que reste-t-il ? Des professionnel-le-s épuisé.e.s et mal rémunéré.e.s, non reconnu.e.s à leur vraie valeur! Son Secrétariat d’État restera synonyme d’une réforme qui n’a pas écouté les professionnel·le·s de la petite enfance, n’a pas répondu aux besoins des enfants et de leurs parents, a dégradé les conditions d’accueil des enfants, les conditions de travail des professionnel·le·s, dans un grand mépris, sans acte concret pour répondre aux besoins de reconnaissance du secteur comme la prime Ségur. La Petite Enfance ne se résume pas à du marketing. Le SNPPE reste plus que jamais mobilisé pour défendre les professionnel·le·s de la petite enfance et la qualité de l’accueil des enfants et de leur famille. Il saura le rappeler au successeur de M. Taquet ! »
Catherine Lelièvre
PUBLIÉ LE 02 mai 2022