Deux Mam liées par une charte prônent un accueil individualisé
A La Fouillouse, près de Saint Etienne (42), deux Mam partenaires accueillent les enfants sans délégation d’accueil et par tranches d’âges, pour un accueil plus individualisé. Un choix pédagogique fort, assumé par une équipe très engagée pour le bien être des professionnelles au travail, et ouverte sur l’extérieur. Séverine Zaoui Garcia, fondatrice, assistante maternelle et consultante, nous raconte les coulisses de ce projet hors du commun.
Juriste et jeune maman à la recherche d’un mode d’accueil alternatif qu’elle n’avait pas réussi à trouver sur son territoire, Séverine Zaoui Garcia a consacré quelques années et toute son énergie à la création d’une Mam aux convictions pédagogiques assumées. Un projet personnel devenu projet professionnel, grâce à l’investissement de l’équipe qu’elle a su constituer : une future éducatrice de jeunes enfants (en cours de validation VAE), une infirmière et une auxiliaire de puériculture de formation, toutes devenues assistantes maternelles comme elle, recrutées par affinités pour leurs valeurs communes. La Mam Être et devenir a donc ouvert ses portes en 2019. Une structure écoresponsable au projet pédagogique ancré dans la communication non-violente et la pédagogie Montessori, auxquelles était déjà formée Séverine Zaoui Garcia. « Montessori est devenu une évidence, un véritable outil de travail notamment pour affiner notre posture », souligne-t-elle.
Pas de délégation d’accueil pour un accueil plus individualisé
Assez rapidement, l’équipe a décidé qu’il n’y aurait pas de délégation d’accueil à la Mam. On compte une professionnelle pour quatre enfants et les enfants inscrits dans le contrat de chaque professionnelle sont bien ceux dont elle s’occupe au fil de la journée, tout particulièrement pour les soins, le change et la sieste. « Au départ, nous avions prévu cette délégation d’accueil, mais nous avons réalisé qu’en fin de journée, l’enfant n’avait pas du tout envie de quitter sa figure d’attachement pour aller vers celle qui devait prendre le relais lorsqu’elle était partie ». En favorisant cette référence, Séverine Zaoui Garcia explique que les enfants sont « plus secure » et plus calmes, les parents plus rassurés. « Et ça n’empêche pas les enfants de jouer avec les autres, ou bien d’aller vers d’autres adultes au fil de la journée ! Nous sommes convaincues de notre façon de faire pour proposer un accueil individualisé au sein d’une Mam », affirme-t-elle.
Pas d’inter-âge pour mieux répondre aux besoins de chacun
Forte de son expérience, l’équipe de la Mam Être & devenir a petit à petit abandonné l’inter-âge et restreint son accueil aux enfants de plus de 18 mois. « Les besoins d’un nourrisson ne sont pas les mêmes que ceux d’un enfant de 2 ans. On ne peut pas être au four et au moulin à la fois ! », soutient Séverine Zaoui Garcia, décrivant les besoins intenses des tout-petits qui ne peuvent attendre, les plus « grands » en roue libre pendant ce temps-là, et la difficulté à mettre en place les activités sur plateau en libre accès, qu’elles avaient souhaité pour eux. « On a vu les bénéfices de l’inter-âge, mais c’était une trop grande source de stress, regrette-t-elle. Il fallait surveiller les enfants en permanence pour protéger les plus petits des agissements des plus grands ».
Deux Mam partenaires liées par une charte
Comme il était bien trop frustrant de devoir refuser l’inscription des bébés qui se pressaient au portillon, une seconde association a été créée pour investir le local commercial vacant accolé à la Mam. La Mam Nido y a ouvert ses portes en février 2024 avec une nouvelle équipe de professionnelles : elles accueillent exclusivement les tout petits de 0 à 18 mois, avant qu’ils ne rejoignent ensuite la Mam Être & devenir jusqu’à 3 ans. Pour assurer la continuité du projet pédagogique et d’un esprit commun d’une Mam à l’autre, la nouvelle équipe a été formée et accompagnée par Séverine Zaoui Garcia en tant que consultante spécialisée et formatrice, métier qu’elle exerce en parallèle. « On aime à se définir comme un lieu de vie bien plus qu’un mode de garde, où l’enfant développe sa concentration, sa curiosité, explique-t-elle. Et distinguer ces deux projets en termes d’âges nous permet aujourd’hui de mieux accompagner les enfants selon leurs besoins ».
La Mam Être & devenir et la Mam Nido ont donc signé une charte de partenariat. Elle définit l’organisation qui permet aux enfants (et à leurs parents) de passer d’une Mam à l’autre tandis que les professionnelles, elles, restent en place dans leur Mam. Elle cadre également la gestion des parties communes aux deux Mam, et la manière dont les deux projets sont présentés aux parents, en toute transparence. Et si ceux-ci sont enthousiastes et unanimes, les institutions n’ont pas été d’un grand soutien à ce second projet, bien au contraire…
La Pmi a montré quelques réticences à l’ouverture de la Mam Nido, craignant que les parents-employeurs ne soient pas en accord avec un changement d’assistante maternelle. Le projet a d’ailleurs reçu un avis défavorable du guichet partenarial. « La viabilité économique, nos choix pédagogiques et le partenariat entre les deux Mam ont soulevé beaucoup d’interrogations », rapporte Séverine Zaoui Garcia. Alors que la Mam a ouvert depuis plusieurs mois – et espère avoir fait ses preuves – l’équipe a demandé un nouvel avis du guichet partenarial pour pouvoir prétendre à l’aide au démarrage de la Caf…
Un engagement fort pour le bien-être des professionnels au travail
A la Mam Être & devenir puis au Nido, le bien-être au travail est vite devenu un engagement fort. « Au départ, nous faisions en sorte d’éviter les situations de stress, le sentiment d’injustice, nous essayions de communiquer de façon non violente et d’être à l’écoute de chacune, se souvient la fondatrice. Et petit à petit nous avons développé des outils pour aller plus loin et lancé des projets ».
- Des cours de pilates-yoga-relaxation pour les équipes, tous les mardi soir, dans les locaux, juste après la fermeture, financés pour moitié par l’association et pour moitié par les professionnelles.
- Un partenariat avec une psycho-nutritionniste, venue former les équipes sur les liens entre le cerveau et la nutrition et offrir à chacune un suivi individuel.
- Les équipes suivent de nombreuses formations, en dehors des formations obligatoires. Elles sont également accompagnées en APP par la thérapeute Claire Marsot. « Avec elle, explique Séverine Zaoui Garcia, nous avons réalisé qu’il fallait que nous travaillions sur nos propres sources de stress, ce qui nous permettrait de résoudre l’essentiel de nos problématiques avec les enfants ! »
- Les équipes ont été formées à la méthode Relationship Enhancement®, dite RE. « Une méthode américaine que l’on peut traduire par « embellissement de la relation », qui nous permet aujourd’hui de prendre aisément des décisions à six ! », constate Séverine Zaoui Garcia, enthousiaste. Une approche conçue pour développer ses compétences relationnelles et émotionnelles basée sur l’empathie, l’écoute, la reformulation, sans chercher à répondre ou contre-argumenter. « Avec le temps, nous n’avons plus de conflits, car nous connaissons les besoins et limites de chacune grâce à cet outil. C’est très intéressant de travailler ainsi. Cela nous a pris beaucoup de temps les trois premières années, maintenant le train est sur les rails ! Aujourd’hui, nous n’avons plus que deux réunions par an, deux assemblées générales ».
Une structure efficace et organisée
En s’appuyant sur sa formation en droit, la fondatrice a pu mettre en place une structure administrative efficace à la Mam Être & devenir, car « en Mam, le travail de gestion est essentiel », assure-t-elle. Bien qu’il n’y ait que 3 à 4 assistantes maternelles en exercice, elles sont en réalité 6 professionnelles dans le Conseil d’administration de l’association. Mais seules deux forment le bureau. « Elles sont les « bras » du conseil d’administration et vont exécuter les décisions qui auront été prises de manière collégiale. En contrepartie, elles versent une contribution moindre à l’association pour le fonctionnement de la Mam », explique-t-elle. Leurs quelques heures de télétravail par semaine, permet d’anticiper le travail des assemblées générales, de répondre aux mails, de chercher les financements, et recevoir les demandes des parents.
Deux Mam ouvertes sur l’extérieur
Pour faire connaitre les Mam et leurs valeurs, répondre à un fort besoin des équipes de partager ce qui est vécu, d’échanger sur leurs pratiques et de créer du lien, les associations proposent régulièrement des conférences grand public sur les thèmes qui leurs sont chers. Elles ont même organisé un spectacle sur les VEO en mai dernier ! Le bureau de l’association Être & devenir travaille d’ailleurs à faire reconnaitre l’intérêt général de l’association pour ses actions « pour contribuer au changement social par la Communication non-violente » afin d’obtenir des financements qui lui permettront d’aller plus loin, dans l’organisation d’évènements plus accessibles. Elle organise désormais un brunch annuel avec les parents employeurs et les anciens pour revoir les enfants déjà partis. Et trois soirées par an, des rencontres inter-Mam sur le territoire avec les Mam du département et du département voisin. « On essaie de tourner d’une Mam à l’autre pour visiter les autres structures. Nous sommes entre professionnels, chacun apporte de quoi grignoter, on échange, on discute. C’est très positif, constructif et stimulant, se réjouit Séverine Zaoui Garcia. Depuis quelques temps, nous invitons également des porteurs de projet à nous rejoindre pour échanger, les motiver et répondre à leurs questions ». En sus, l’équipe est toujours partante pour accueillir des stagiaires en observation…
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 02 janvier 2025