S’abonner

Grosses chaleurs : gare au risque d’insolation chez le bébé !

L’exposition directe aux rayons du soleil expose les bébés au risque d’insolation. Lors des vagues de chaleur, on craint le coup de chaud et une complication, la déshydratation. Quelles sont les mesures préventives à mettre en œuvre dans les structures pour protéger les enfants accueillis ? Comment réagir en cas de coup de chaud ? Le Dr Jean-Louis Ordioni, pédiatre, médecin référent de crèches fait le point.

Insolation, coup de chaleur : quelles sont les différences ?

L’insolation survient quand un nourrisson est exposé de manière prolongée au soleil notamment au niveau de la tête et du cou. Cela se produit par exemple si le tout petit est laissé sans protection (casquette, T-shirt) en plein soleil. “L’insolation, c’est l’ennemi numéro un. Un coup de soleil dans la première année est une catastrophe qui ampute de façon significative le capital solaire de l’individu et est pourvoyeur de complications dégénératives avec le vieillissement cutané,” explique le pédiatre référent de crèche.

En cause : la peau des nourrissons est plus fine et plus sensible que celle des adultes, ce qui les rend plus vulnérables aux brûlures solaires. “Les parents et les professionnels de crèche sont tous sensibilisés à la problématique. Chapeau, parasol, tee-shirts anti-UV et crème solaire sur les parties découvertes sont la règle, de même que proposer de l’eau régulièrement à l’enfant et éviter l’exposition extérieure entre 11h et 18h.” insiste le Dr Ordioni.

“C’est davantage le coup de chaleur que l’on craint en collectivité”, rappelle le Dr Ordioni soulignant qu’on risque malheureusement d’y être confronté de plus en plus avec le réchauffement climatique. Il survient lorsque les mécanismes qui contribuent à la régulation thermique (la thermolyse) sont dépassés. La température corporelle grimpe rapidement, pouvant dépasser 40°C. Chez le jeune enfant, le coup de chaleur est principalement dû à une exposition prolongée à des températures ambiantes élevées : exposition prolongée en plein soleil ou dans un lieu clos mal ventilé.

Pourquoi les bébés sont-ils plus à risque d’insolation ou de coup de chaleur ?

“La thermorégulation des plus jeunes constitue un point de vulnérabilité. Ce sont des populations particulièrement sensibles à la déshydratation, souligne le Dr Ordioni. « La thermolyse est immature chez le bébé avec une capacité à transpirer et à se refroidir limitée, les rendant plus sensibles aux variations de température, » continue-t-il.
De surcroît, les enfants sont dépendants des adultes pour les apports en eau et ne peuvent pas exprimer verbalement leurs sensations de chaleur ou de soif.
Enfin, comparativement aux adultes, la surface cutanée d’un nouveau-né est proportionnellement plus importante. Cela signifie qu’ils absorbent et perdent la chaleur plus rapidement, ce qui peut les rendre plus sensibles aux températures élevées.

Quels sont les signes d’une insolation chez le nourrisson ?

Après une insolation, le nourrisson peut présenter une peau rouge et chaude, des troubles du comportement (agitation, irritabilité, etc.). L’insolation peut également provoquer une somnolence excessive chez le nourrisson. “L’enfant peut aussi avoir de la fièvre, les yeux cernés et les lèvres et la bouche, sèches ainsi que des urines foncées, signes d’une déshydratation,” précise le Dr Ordioni. Les plus grands peuvent signaler une soif intense. Le pédiatre se veut pourtant rassurant : “Les équipes sont briefées sur les symptômes de mauvaise tolérance de la chaleur et sensibilisées à tout comportement inhabituel de l’enfant qui pourrait être en lien,” continue-t-il.

Quels sont les signes de gravité d’une insolation ?

“Les symptômes cliniques consistent en une hyperthermie (parfois sévère), un état d’abattement (torpeur, somnolence), parfois des céphalées (maux de tête, ndlr.) qui peuvent se traduire par des geignements chez le petit nourrisson, un certain degré de déshydratation… L’examen amène peu d’arguments. C’est plutôt l’interrogatoire avec la notion d’une exposition inadéquate qui orientera le diagnostic,” explique le Dr Ordioni. L’équipe devra donc être vigilante devant un enfant qui dort plus que d’habitude, qui est grognon ou grincheux alors que ce n’est pas son cas d’habitude. En cas de coup de chaleur, la fièvre est élevée et des troubles de la conscience peuvent apparaître. C’est une urgence !

Quelle prise en charge en cas d’insolation ?

“Les professionnels de la petite enfance doivent déshabiller l’enfant et le mettre en tenue légère, dans une pièce ventilée et fraîche, vérifier sa température, l’hydrater (on peut leur donner un SRO, soluté de réhydratation orale), lui proposer un anti antipyrétique si besoin et prévenir les parents et le médecin. Les symptômes s’amendant le plus souvent en moins de 24 heures. Dans les formes plus sévères, une réhydratation par voie veineuse périphérique peut être nécessaire,” précise le pédiatre.

Quelles mesures préventives mettre en place en structure d’accueil ?

  • Anticiper.

“Pour éviter la survenue d’un coup de chaleur chez un enfant, l’idéal est d’anticiper et de vérifier en début de saison que tout fonctionne au sein de l’établissement d’accueil du jeune enfant,” insiste le Dr Ordioni. À vérifier : les volets, les stores, l’aération, l’existence d’une pièce pouvant être rafraîchie, la présence d’un thermomètre, de brumisateurs, l’efficacité de la climatisation ou des ventilateurs.

  • Suivre la météo

Durant la saison estivale, il est important de se tenir informé du risque de canicule dans sa région en suivant les alertes météo. Quelques ressources utiles : les prévisions de Météo France (https://meteofrance.com/) et Canicule Info Service (0800 06 66 66 , du 1er juin au 15 septembre)

  • Adapter les activités

Au programme : des jeux d’eau, des brumisateurs en action pendant les jeux en extérieur, des serviettes mouillées pour rafraîchir les petits… Veillez aussi à maintenir les stores fermés pour protéger les enfants de l’exposition solaire directe, à rafraîchir les pièces intérieures, à vérifier que les thermomètres contrôlent bien les températures des dortoirs, à vêtir les enfants légèrement et à adapter les horaires et la nature des activités motrices. A éviter : les sorties aux heures les plus chaudes et les activités et jeux intenses.

  •  Hydrater régulièrement les enfants

« Les bébés nourris au lait maternel doivent en recevoir à la demande. Après l’âge de 6 mois, on peut proposer de l’eau en petites quantités. Pour les plus grands, l’alimentation privilégie les fruits frais, les yaourts, les crudités et les apports d’eau sont régulièrement proposés à l’enfant”, explique le pédiatre.

Et de conclure : “Comme toujours en pédiatrie c’est la prévention qui occupe une place prépondérante”. Aussi en période de fortes chaleurs, il adresse aux directrices d’EAJE, un poster qui résume la conduite à tenir pour éviter les insolations – coups de chaleur (voir document joint).

Pic de dengue en France, quels risques pour les jeunes enfants ?

Comment réagir face à une brûlure chez l’enfant

Migraine : la reconnaître et la traiter chez les tout-petits ?

Isabelle Hallot

PUBLIÉ LE 18 août 2023

MIS À JOUR LE 25 août 2023

Ajouter aux favoris