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Petite enfance et FNAS 2025 : près de 640 millions d’euros non utilisés
Le bilan du Fonds national d’action sociale (FNAS) 2025 a été présenté lors de la dernière réunion de la Commission d’action sociale (CAS) de la CNAF, le 17 mars dernier. Et ce qu’il révèle sur la petite enfance est à la fois étonnant et préoccupant. Ni en ligne avec les trajectoires définies par la COG 2023-2027, ni avec le budget 2025. Alors que le Conseil d’administration de la CNAF se tient le 8 avril prochain, les administrateurs membres de la commission souhaitent qu’un budget rectificatif puisse y être présenté. On fait le point.
Globalement les dépenses du FNAS en 2025 ont augmenté de 2,4 % par rapport à 2024, mais elles demeurent inférieures à ce qui était prévu. 640 millions d’euros n’ont pas été employés. Et cette sous-consommation concerne principalement l’accueil du jeune enfant. La note présentée aux membres de la CAS analyse et détaille la situation.
Investissements : 224 millions non utilisés
« Les dépenses de subventions d’investissement petite enfance (PIAJE et Fonds de modernisation des EAJE) connaissent une année de quasi-stabilité́ : -0,9% », est-il indiqué. Avec une précision : la baisse des dépenses du PIAJE est compensée par la hausse de celles dédiées aux rénovations de crèches soutenues par le Fonds de modernisation des EAJE (86 millions attribués soit +12 % vs 2024 pour près de 3000 dossiers correspondant à 107 751 places rénovées).
En clair, il n’y a pas eu les créations de places escomptées (seulement 5 573 places nouvelles en 2025 soit, depuis 2023, 15 966 places ; et donc environ 30 000 places de moins qu’annoncées) mais en revanche, les structures existantes ont pu être pérennisées.
Sollicitée, la CNAF a commenté : « Comme chaque année depuis la signature de la COG, les décisions d’investissement ont été, en 2025, inférieures à la trajectoire prévisionnelle, confirmant la difficulté à développer de nouveaux projets dans un contexte de baisse de la natalité, de manque de personnels petite enfance dans certains territoires et de contraintes financières fortes sur le budget des collectivités locales ».
A noter enfin que le secteur marchand qui habituellement boostait les créations de places ne joue plus ce rôle. Pour la première fois depuis 2018, cette année, c’est le secteur public qui fait la course en tête (effet SPPE ?) avec 2115 places décidées (+ 409 vs 2024), devant le secteur marchand (1461 places et le secteur associatif (1298 places) qui sont en baisse par rapport à 2024. Les microcrèches PSU et Paje ainsi que les MAM sont, elles aussi, affectées par cette tendance baissière.
Fonctionnement : 416 millions à réaffecter
Les dépenses de fonctionnement ont augmenté de 3 % … mais il n’empêche que 416 millions d’euros n’ont pas été consommés. Comment l’expliquer ?
D’un côté, il y a eu des dépenses supplémentaires : augmentation de la PSU pour une majorité de crèches pouvant aller jusqu’à 2 %, augmentation aussi du nombre de structures bénéficiant du bonus attractivité (45 % des places PSU concernées vs 31 % en 2024 avec une poussée de 109 % pour les EAJE publics), augmentation des financements mobilisés pour les journées pédagogiques (+27 %).
Mais d’un autre côté, une baisse pour la deuxième année consécutive du nombre d’heures facturées par les crèches PSU qui pourrait s’expliquer par les effets du télétravail ou des fermetures de sections ou de places gelées liées à la pénurie de professionnels. Commentaire de la CNAF : « Une analyse est en cours avec les gestionnaires, car les facteurs explicatifs sont pluriels et portent à la fois sur la demande (réduction de la demande des familles) et l’offre (places gelées, réductions horaires ponctuelles, réduction de l’accueil occasionnel) ».
Un secteur en difficulté… Il y a urgence à agir
Le document technique diffusé à la CAS se termine sur une note pessimiste : « La vigilance reste forte sur le secteur de la petite enfance où les objectifs de développement prévus dans la COG ne sont pas atteints et où l’activité́ s’inscrit dans une tendance baissière marquée et problématique pour le service rendu aux familles et la bonne mise en œuvre du Service public de la petite enfance ».
Ce bilan du FNAS 2025 illustre les difficultés des gestionnaires, quel que soit leur statut : des charges de plus en plus importantes (notamment salariales pour lutter contre les effets de la pénurie) et des rentrées de moins en moins importantes (baisse de la PSU) et d’une certaine façon leur donnent du grain à moudre. De l’argent, il y en a ! C’est pourquoi ils souhaitent que tout ou partie de ces 640 millions d’euros soient réaffectés au secteur dans le cadre d’un budget rectificatif 2026. Ce que confirme la CNAF : « les administrateurs de la CAS ont partagé leurs attentes en termes de négociation d’un budget rectificatif avec le réemploi des fonds non consommés sur les différents champs d’intervention des Caf. Il n’a pas été porté de manière spécifique et unanime une revalorisation réelle de 2 % pour tous les établissements d’accueil du jeune enfant. ». Cependant, cela pourrait passer soit par une réelle augmentation de 2% pour tous, soit par une nouvelle augmentation de la PSU en 2026 (ce qui n’est pas prévu), soit par la recevabilité de nouvelles conventions collectives pour le bonus attractivité (une demande récurrente de l’ADMR), en fonction des différents gestionnaires.
À noter que dans le même temps que ce bilan était diffusé, la FFEC publiait ses chiffres, eux aussi alarmants : création en chute libre et destructions massives. Tous les gestionnaires souffrent et appellent à l’aide. La lutte contre la dénatalité est l’une des préoccupations du gouvernement et les modes d’accueil sont un des éléments-clefs des dispositifs pour booster les naissances, Stéphanie Rist, ministre de tutelle de la CNAF, pourrait peut-être rassurer les acteurs de l’accueil du jeune enfant en annonçant lors de sa rencontre, le 26 mars prochain, avec les membres du comité de filière petite enfance réunis en plénière, une bonne nouvelle… Comme la réaffectation de quelques centaines de millions d’euros à la petite enfance. Il n’est pas interdit de rêver !
Développement du soutien à la parentalité
Les dépenses du bloc « autres secteurs », s’est-il̀-dire parentalité́, animation de la vie sociale, logement et aide à domicile, augmentent de +1,9 %, principalement sous l’effet du développement des services de soutien à la parentalité́. Entre 2022 et 2025, les taux de couverture moyens en équipements parentalité́ et animation de la vie sociale augmentent et se traduisent surtout par une réduction de la dispersion entre départements et donc des inégalités d’accès pour certains services.
Catherine Lelièvre
PUBLIÉ LE 20 mars 2026