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L’accueil du jeune enfant : un levier stratégique face à la dénatalité, selon l’Unaf

La France connaît une baisse continue de la natalité depuis plus de dix ans. Lors de sa conférence de presse de rentrée, le 8 janvier 2026, l’Union nationale des associations familiales (Unaf) a dressé un constat clair : la chute de la fécondité ne s’explique pas par une baisse du désir d’enfant, mais par des freins matériels de plus en plus difficiles à surmonter pour les familles. Parmi eux, l’accès aux modes d’accueil du jeune enfant apparaît comme un enjeu central.

Depuis 2014, l’indice conjoncturel de fécondité baisse presque sans interruption. Le léger rebond observé après la crise sanitaire n’a pas duré. Pourtant, les enquêtes montrent que le désir d’enfant reste quasiment stable depuis une quinzaine d’années. Pour l’Unaf, ce décalage met en évidence un phénomène de report, voire de renoncement, qui est subi. De plus en plus de parents déclarent avoir eu leur premier enfant plus tard qu’ils ne l’auraient voulu, ce qui réduit ainsi le nombre total de naissances.

Des freins identifiés largement documentés

Les travaux de l’Observatoire des familles Unaf-Udaf-Uraf montrent qu’avant d’avoir un enfant, trois prérequis dominent : un couple stable, un logement adapté et une sécurité financière suffisante. À cela s’ajoute une inquiétude croissante face à l’avenir (inflation, crises sociales, enjeux environnementaux). Le coût de l’enfant est l’un des freins les plus cités, en particulier lorsqu’il s’agit d’envisager une naissance supplémentaire. La conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, fortement dépendante de l’existence de solutions d’accueil fiables, est également déterminante. D’autres enquêtes, notamment la plus récente du Conseil de la famille du HCFEA, ont mené aux mêmes conclusions. Dans ce contexte, l’insuffisance, l’offre inégale selon les territoires et le coût des modes d’accueil du jeune enfant constituent un problème majeur.

L’enjeu clé de l’accès aux modes d’accueil  

Les données présentées lors de la conférence sont sans ambiguïté : les « services de garde et d’accueil du jeune enfant » figurent parmi les leviers les plus susceptibles d’inciter à avoir un enfant. Selon l’Observatoire des familles, 63 % des familles estiment que des solutions d’accueil accessibles pourraient favoriser un projet de naissance. Cette proportion atteint 67 % chez les 25-43 ans sans enfant, et même 81 % parmi ceux qui souhaitent devenir parents. Pour l’Unaf, ces résultats montrent que la question de l’accueil est anticipée très en amont, dès le premier enfant. « On parle beaucoup du manque de places, souligne Guillemette Leneveu, Directrice générale de l’Unaf. Mais il y a un sujet un peu nouveau : le coût de l’accueil de la petite enfance qui est un vrai problème aujourd’hui. Nous sommes face à une politique qui ne cesse d’augmenter le coût, la participation des familles. On encourage l’activité, notamment des femmes, et dès que le couple augmente ses revenus, les coûts de garde deviennent plus élevés, parfois exorbitants. C’est un vrai sujet qu’il faut revoir. »

Investissement renforcé en faveur des modes d’accueil

« Pour aider les familles à réaliser le projet familial qu’elles désirent, il n’y a pas une solution miracle, mais il y a des solutions à court et moyen terme à mettre en  œuvre dans l’ensemble de la société (l’État, mais aussi les collectivités territoriales, le monde du travail, la société tout entière) », ajoute la Directrice générale de l’Unaf. Concernant les politiques publiques, l’organisation appelle à faire de la future COG un tournant pour la petite enfance, avec un effort d’investissement renforcé en faveur des modes d’accueil, qu’ils soient collectifs ou individuels, pour mieux aider les communes à les déployer. Elle propose notamment de geler le barème de participation financière en crèche et d’améliorer le complément de libre choix du mode de garde (CMG) afin que l’accueil du jeune enfant ne coûte pas plus de 500 euros par mois aux familles. « La réforme du CMG pénalise très fortement le coût pour certaines familles quand elles accueillent une assistante maternelle avec des configurations très différentes, rappelle Guillemette Leneveu. Nous souhaitons revoir le dispositif sur les cas qui sont les plus problématiques. ». L’Unaf a lancé une enquête pour recueillir des témoignages très concrets afin de mesurer la perte : les résultats seront bientôt disponibles.

L’organisation insiste également sur le rôle central des communes, devenues autorités organisatrices dans le cadre du Service public de la petite enfance (SPPE), et sur l’importance d’un engagement local fort à l’approche des municipales de 2026.

Candice Satara

PUBLIÉ LE 08 janvier 2026

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