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Régime végétarien chez le tout-petit : quelles précautions ?

De plus en plus de personnes adoptent un régime végétarien, voire végétalien. Alors qu’elles deviennent parents, se pose naturellement la question : un bébé peut-il suivre également ce régime ? Le point avec le Pr Patrick Tounian, Chef du service de Nutrition et Gastroentérologie pédiatriques de l’Hôpital Trousseau (Paris), ancien Secrétaire général de la Société Française de Pédiatrie (SFP).

Durant ses premières années de vie, l’enfant a une croissance très rapide et développe de nombreuses capacités psychomotrices, cérébrales et cognitives. Cela requiert des besoins nutritionnels spécifiques : du fer pour accompagner sa croissance physique et cérébrale, des acides gras pour assurer son développement neurologique, du calcium pour solidifier son squelette, etc. Un régime végétarien, voire végétalien, nécessite donc certaines précautions afin d’éviter des carences qui peuvent entrainer de graves conséquences au cours de cette période clef de la vie. « Les 1000 premiers jours, une carence en fer peut être très grave, avec des troubles du développement neurologique qui, à terme, altèreront les performances cognitives. La carence en calcium quant à elle fragilise le squelette, avec un risque accru de fracture », alerte le Pr Tounian.

Le lait, l’aliment essentiel durant la première année

Jusqu’à 6 mois, le lait, qu’il soit maternel ou qu’il s’agisse d’une préparation infantile, constitue l’aliment essentiel du bébé et suffit à couvrir ses besoins nutritionnels. Entre 4 mois révolus et 6 mois, la diversification alimentaire peut débuter : les différents groupes d’aliments solides sont introduits petit à petit. « Mais même avec la diversification, le lait continue d’assurer la majeure partie des besoins caloriques et nutritionnels du bébé, et ce durant toute sa première année de vie. Les aliments solides, proposés en quantité progressivement croissante, sont là avant tout pour faire découvrir de nouvelles saveurs et textures au bébé, et non pour combler ses besoins nutritionnels », explique le Pr Patrick Tounian.

Entre 7 et 11 mois, le nourrisson doit consommer chaque jour 700 ml (répartis en 2 ou 3 biberons) d’un lait adapté à ses besoins, en l’occurrence un lait 2ème âge (ou « de suite »). « Avec ce lait, les besoins en fer et en calcium, les nutriments qui peuvent poser problème en cas de régime végétarien, sont parfaitement assurés », précise le pédiatre. Parallèlement, la diversification peut être suivie normalement, si ce n’est qu’elle se fera sans viande. Inutile d’ajouter davantage d’aliments riches en fer végétal pour compenser cette absence. « On ne peut pas compter sur le fer des produits végétaux pour assurer les besoins en fer du nourrisson, car ce fer est huit fois moins bien absorbé que le fer d’origine animale. Aussi, il faudrait faire manger au bébé une très grande quantité de légumineuses. D’où l’importance de donner un lait 2ème âge, spécifiquement élaboré pour couvrir les besoins en fer », insiste le professeur. Quant à l’apport en protéines, il ne pose pas problème chez le nourrisson, sauf quand une boisson végétale inadaptée remplace la préparation infantile. Il est donc inutile de multiplier les apports en protéines végétales en combinant légumineuses et céréales, comme il est conseillé de le faire chez l’adulte végétarien.

Entre 1 et 3 ans

Entre 1 et 3 ans, le lait demeure un aliment essentiel. « Les besoins en fer sont assurés par 250 ml de lait de croissance et une portion carnée par jour. En l’absence de viande, le volume de lait de croissance devra être doublé ou la viande remplacée par une espèce de poisson riche en fer comme la sardine », observe le Pr Tounian. A côte de l’alimentation lactée, la diversification peut être poursuivie normalement.

Le lait de croissance contribue également à assurer d’autres apports nutritionnels après 1 an. « En l’absence de lait de croissance chez un enfant qui suit un régime végétalien, une supplémentation est indispensable pour couvrir les besoins en fer, calcium, vitamine B12, DHA (un acide gras essentiel pour le développement cérébral) ainsi qu’une dose doublée de vitamine D », rappelle le pédiatre.  C’est pourquoi il est très important de parler du régime végétarien de l’enfant à son pédiatre, afin qu’il prescrive une supplémentation adaptée, et prescrive, s’il le juge nécessaire, des dosages sanguins.

Une supplémentation nécessaire chez le bébé allaité

Après 6 mois, le lait maternel ne suffit plus à couvrir les besoins en fer du bébé. Les nourrissons exclusivement ou majoritairement allaités au sein après cet âge devront être systématiquement supplémentés en fer, quel que soit le reste de leur alimentation.

Si la mère allaitante est végétalienne, des carences peuvent apparaître dans son lait. « Je recommande systématiquement chez ces bébés un dosage de la vitamine B12, ainsi qu’une supplémentation en DHA », ajoute le professeur.

Des précautions et un suivi accru chez le bébé végétalien

Le régime végétalien exclut tout produit d’origine animale : viande, œuf, poisson, lait (y compris préparation infantile à base de lait de vache ou de chèvre) et produits laitiers, ce qui expose à des carences en fer, vitamines B12 et D, calcium, DHA. Pour les bébés végétaliens, il est essentiel de choisir une préparation infantile adaptée. « Soit avant 1 an, une préparation infantile à base de riz, disponible en pharmacie. Il est important de suivre les conseils de son pédiatre pour le choix de ce lait, car tous ne couvrent pas efficacement les besoins du bébé. Le bébé doit en consommer au minimum 700 ml par jour », précise le Pr Tounian. Les « jus » végétaux du commerce (boisson végétale à base d’amande, de noisette, de soja, etc) ne sont pas du tout adaptés aux besoins nutritionnels du bébé, et peuvent conduire à une dénutrition et des carences aux conséquences graves.

Après 1 an, un lait de croissance à base de riz prendra le relai, à raison de 500 ml par jour minimum. Aucune supplémentation ne sera nécessaire tant que l’enfant consomme au moins ce volume quotidien.

Le dialogue avant tout

Que l’on soit d’accord ou non avec le choix des parents, il est essentiel de respecter ce choix afin de maintenir le dialogue. « Qu’il s’agisse des professionnels de santé ou de la petite enfance, il est important de créer une alliance avec les parents afin d’assurer le suivi du bébé et de donner les conseils adéquats pour qu’il ne souffre pas de carences qui sont, sans supplémentation, inévitables », insiste le professeur. Cette relation de confiance permettra d’éviter que les parents aillent chercher des informations et conseils ailleurs, susceptibles de mettre en danger la santé du bébé.
 

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PUBLIÉ LE 24 janvier 2023

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