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Rencontre avec Gaëlle Choquer-Marchand, Directrice des politiques familiales et sociales à la Cnaf
Elle est arrivée comme directrice générale déléguée chargée des politiques familiales et sociales de la Cnaf, en septembre, quelques mois après la signature de la COG. Mais elle la défend fièrement bec et ongles cette COG ambitieuse pour la petite enfance. Le point avec Gaëlle Choquer-Marchand sur l’accompagnement de la Cnaf notamment en ce qui concerne l’amélioration des pratiques professionnelles. Et sur tout ce qui participe à garantir une qualité d’accueil pour les enfants et leurs familles.
Les Pros de la Petite Enfance : L’une des tables rondes de ce Printemps de la Petite Enfance 2024 est consacrée à la place des parents dans les modes d’accueil… et à la façon dont les professionnels peuvent les soutenir dans leur parentalité. Quel accompagnement les caf peuvent-elles proposer à ces EAJE qui en font « plus » pour les parents ?
Gaëlle Choquer-Marchand : A partir de 2025, nous financerons – 21 millions d’euros au total seront dédiés à cela – des heures de concertation pour un meilleur accueil des enfants et de leurs familles. Ces heures de concertation dites de préparation à l’accueil de l’enfant ne seront plus calculées à la place mais au nombre d’enfants accueillis. Ce qui mécaniquement va en augmenter le financement.
Mais en ce qui concerne les EAJE qui prennent des initiatives envers les parents pour les soutenir, les accompagner, leur ouvrir les portes de la crèche, les faire participer aux activités avec les enfants, grâce à une dimension incluse dans cette COG dans le Fonds publics et territoires, nous pourrons dès 2024 leur apporter un concours financier. Évidemment, pour moi, il ne suffit pas de mettre en place un conseil de parents pour en bénéficier. Le conseil de parents est une brique parmi d’autres. Néanmoins, cela peut être un élément qui crée de la confiance vis-à-vis de la structure et les parents-usagers, cela peut faciliter le dialogue avec l’équipe de professionnels.
Il y a aussi des parents fragilisés, qui ont besoin d’un soutien plus spécifique. Où en est-on des crèches Avip ?
Globalement, le concept Avip a fait ses preuves. Les crèches labellisées Avip permettent véritablement un accueil souple, presque sur mesure, aux enfants dont les parents ont un projet d’insertion professionnelle. Souvent ils ont des contrats assez courts, et n’ont pas par exemple besoin d’un accueil à temps plein. Ce qui demande aux EAJE qui les accueillent de l’adaptabilité et de la souplesse et peut potentiellement entraîner des pertes de recettes. Ça, c’est le premier enjeu des crèches Avip. Le deuxième, c’est de soutenir au sens propre du terme les parents engagés dans cette voie d’insertion ou réinsertion. La crèche est alors un espace où le parent se sent accompagné dans son projet professionnel.
Pour les développer – la COG prévoit de passer de 630 crèches Avip en 2023 à 1250 en 2027 grâce à la mobilisation du fonds publics et territoires qui évolue sur la dimension petite enfance dans son ensemble pour atteindre 655 millions d’euros sur la période – nous allons travailler sur trois axes. Premièrement, certains territoires ont très peu de crèches Avip et nous allons donc procéder à un rééquilibrage territorial en les aidant à en créer après avoir étudié les besoins.
Deuxièmement, à l’époque de la naissance des crèches Avip, nous avions signé avec Pôle Emploi une charte nationale des crèches Avip. Cela s’inscrivait notamment dans le déploiement de l’accompagnement global des bénéficiaires du Rsa. Nous le savons, l’un des freins à la reprise d’emploi c’est de ne pas avoir de solution d’accueil. Donc, nous allons retravailler avec France Travail l’actualisation de cette charte.
Enfin, dernier axe de travail, la question de la dimension Avip dans l’accueil individuel. Il y a des expérimentations locales dans ce domaine, mais cela doit s’étendre au niveau national.
Et quel rôle pour les LAEP qui ne sont pas des modes d’accueil à proprement parler ?
Les Lieux d’accueil enfants parents (LAEP) participent au SPPE, C’est clairement énoncé dans cette COG. Néanmoins, ce ne sont pas des modes d’accueil à proprement parler, puisqu’ils ne sont pas conçus dans une logique de conciliation vie professionnelle/vie personnelle. En revanche, ils ont un impact sur la vie et le développement de l’enfant puisqu’ils jouent notamment un rôle clef dans la socialisation de l’enfant. L’objectif pour 2024 est de travailler à un nouveau référentiel des LAEP qui sera testé dans une dizaine de territoires. Ce référentiel sera préparé par la Cnaf avec les Caf et les partenaires.
Si nous restons sur ce terrain de l’amélioration des pratiques professionnelles, et donc de l’amélioration de la qualité, quels sont les autres dispositifs de cette COG ?
Dès cette année, nous finançons désormais trois journées pédagogiques (la circulaire vient d’être diffusée), du temps hors enfants permettant aux professionnels de travailler ensemble sur le projet pédagogique et de réfléchir à leurs pratiques. Une enveloppe de 28 millions d’euros sur la durée de la COG leur est consacrée. Ce financement est compris dans la PSU. C’est simple : pour ces journées, nous payons la PSU alors même que les enfants ne sont pas accueillis et que les parents ne sont pas facturés. Notre soutien est donc proportionnel au nombre de places de la structure.
Par ailleurs, comme je l’expliquais précédemment, nous avons prévu dans le Fonds publics et territoires, un axe d’amélioration des pratiques professionnelles. Nous prévoyons de nous appuyer sur les référentiels qualité devant émaner de la mission confiée à Jean-Baptiste Frossard pour sélectionner les initiatives à soutenir. Mais ce n’est pas parce que les travaux ne sont pas achevés que nous allons bloquer ces fonds. Les caf lanceront des appels à projets dès cette année. Le budget alloué sera adapté en fonction des besoins remontés par les Caf.
Six heures d’analyse des pratiques professionnelles (APP) obligatoires pour les EAJE. C’est une des nouveautés de la Réforme des services aux familles. La Cnaf ne les finance pas ?
Non, il n’y a pas de financement dédié. En revanche, nous y participons, puisque dans le mode de calcul du financement des journées pédagogiques, nous comptons des journées de 10 heures (plus longues que les journées d’accueil). Dès lors, le reliquat peut contribuer au financement des séances d’APP.
Enfin pour rester et dans l’actualité et dans le thème de ce Printemps de la Petite Enfance, comment interpréter ce refus du CA de la Cnaf de voter le bonus attractivité permettant les revalorisations salariales des professionnels de la petite enfance ?
Le report du vote par le Conseil d’Administration de la Cnaf ne remet pas en question notre souhait de faciliter le financement des revalorisations salariales. Mais c’est assez logique que les administrateurs vérifient la cohérence de ce qui est proposé puisque cela engage la Branche sur des montants importants.
Il y a eu le travail du Comité de filière petite enfance, il y a des acteurs en charge du dialogue social et de la négociation sur cette question et il y a la Branche Famille qui souhaite apporter un concours pour que la question de l’attractivité trouve des éléments de réponses, notamment d’un point de vue financier.
Si la mesure est décidée, on se mettra en ordre de marche le plus rapidement possible.
Et plus globalement votre sentiment sur la pénurie des professionnels que vos services avaient si précisément évaluée en 2022 ?
La branche Famille n’a pas de compétences directes sur les sujets d’emploi et de formation. Néanmoins les Caf, notamment dans le cadre des SDSF, ont une vision sur la question. Après l’état des lieux réalisé, grâce aux dynamiques partenariales des CDSF, les Caf soutiennent financièrement des initiatives permettant de lutter contre cette pénurie. C’est le cas dans les Alpes-Maritimes avec la mise en oeuvre d’un plan de formation concerté Caf / collectivités locales / Cnfpt sur la base des besoins exprimés par les équipes. Mais aussi dans le Rhône avec un plan d’action « promotion des métiers de la petite enfance » en direction notamment des établissements scolaires, l’organisation de job datings, la construction d’une offre de formation en direction des directeurs et directrices de crèches par la caf et les maisons métropolitaines d’insertion par l’emploi. Mais aussi en Seine-et-Marne avec l’organisation d’une semaine de valorisation des métiers ou de la Somme où la Caf a soutenu le projet GEIQ Petite Enfance Animation.
Propos recueillis par Catherine Lelièvre
PUBLIÉ LE 15 mars 2024
MIS À JOUR LE 12 juin 2024