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Sucre naturel ou bio : bonne ou mauvaise idée pour les bébés accueillis ?

Conscients que l’excès de sucre est mauvais pour la santé, beaucoup d’adultes ont adopté des alternatives naturelles au sucre blanc : miel, sirop d’agave, sucre muscovado, etc. Sont-ils également intéressants chez le tout petit ? Éléments de réponse avec Magali Walkowicz, diététicienne-nutritionniste, auteure de P’tits déjs’ et goûters sans sucre (éd. Thierry Souccar).

« Le sucre ajouté, quel qu’il soit, n’a aucune place dans la diversification alimentaire du nourrisson. Il n’a pas d’utilité nutritionnelle et n’est là que pour le plaisir », pose d’emblée Magali Walkowicz. De plus, les sucres naturels sont loin d’être la panacée nutritionnelle, y compris chez l’adulte. « Plutôt que de chercher à remplacer le sucre classique par des alternatives qui n’ont rien d’idéal, chez le nourrisson, l’enjeu est de limiter cette appétence pour le sucre et la place du sucre dans l’alimentation du bébé avec une bonne éducation alimentaire », poursuit la diététicienne.

Déshabituer le nourrisson de son goût inné pour le sucré

L’attirance pour le sucré est universelle et innée. « De toutes les saveurs, c’est la seule. Tous les autres goûts sont construits », rappelle la diététicienne. Ainsi, tout nouveau-né réagit par une mimique de plaisir si on lui fait goûter un liquide sucré. Cette appétence pour le sucré tend à diminuer au fil des mois, au fur et à mesure que l’on fait découvrir au nourrisson de nouvelles saveurs. Mais si l’on propose régulièrement des boissons et aliments sucrés, on ne fait qu’entretenir, et même renforcer, cette appétence pour le sucré. « D’où l’importance d’éviter d’utiliser le sucre pour calmer ou soulager les douleurs chez le bébé, ou plus tard, pour le récompenser. Mettre un peu de miel sur la sucette ou lui donner de l’eau sucrée au coucher sont des habitudes à éviter », met en garde la diététicienne-nutritionniste. Et pas seulement pour les caries !

Une diversification alimentaire sans sucre (naturel ou bio, non plus!)

L’éducation alimentaire au sucre – ou plus exactement cette déshabituation au goût sucré – commence dès la diversification alimentaire, entre 4 et 6 mois. « Or, dès le début, on commet souvent cette erreur : commencer par les fruits avec des compotes ou par des légumes sucrés comme la carotte, pour que le nourrisson les accepte plus facilement. On devrait au contraire débuter la diversification par les légumes, idéalement les moins sucrés », conseille Magali Walkowicz.

« Une fois les fruits introduits sous forme de compote, inutile de sucrer celle-ci, » poursuit la diététicienne. « Dès que l’enfant est en mesure de les mastiquer, on lui propose des fruits entiers. C’est sous cette forme que l’on profite le mieux des fibres, vitamines et minéraux des fruits ». Là également, pas de trace de sucre ajouté : le sucre naturel des fruits suffit.

De même, les laitages proposés au bébé (qui doivent être choisis les plus simples possibles : yaourt nature, fromage blanc, petit suisse) n’ont pas besoin d’être sucrés. L’enfant s’habituera à les manger – et à les apprécier – tels quels, c’est vraiment une question d’éducation au goût. « Si l’on veut ajouter un peu de goût, on peut customiser les laitages avec un peu de compote, quelques morceaux de fruits frais, de la vanille, de la cannelle », suggère la spécialiste. « Et si l’on a pris l’habitude de mettre du sucre dans les laitages des enfants accueillis, je recommande d’en diminuer la quantité petit à petit ! »

Côté boisson, le sucre ajouté n’a également pas droit de citer. L’eau est la seule boisson du nourrisson, inutile de rajouter du sirop dedans. Attention également au piège des jus de fruits – même pressés maison – qui font augmenter inutilement la dose quotidienne de sucre et entretiennent l’appétence pour le sucré.

Des sucres naturels ou bio pas idéals pour un tout petit

Si malgré tout, on veut utiliser du sucre ajouté, faut-il préférer au sucre blanc ordinaire, les alternatives naturelles qui fleurissent dans rayons bio ? Rien n’est moins sûr. « Même s’ils présentent certains avantages, ces sucres naturels ont aussi des facteurs limitants », résume Magali Walkowicz.

Le sucre complet a certes gardé des minéraux intéressants car il n’est pas raffiné, « mais cela reste du sucre, inutile chez le tout petit », insiste la diététicienne. Le sirop d’agave a longtemps été présenté comme une alternative saine au sucre, grâce à son fort pouvoir sucrant sans impact sur la glycémie. « Mais en réalité, il est chargé en fructose, qui consommé en quantité favorise la formation de graisse au niveau du foie, » met en garde la diététicienne. Le sucre de coco et le sucre de dattes contiennent eux aussi davantage de fructose que le sucre blanc. Quant au miel, « c’est grosso modo de l’eau sucré ! Il renferme certes des molécules bienfaitrices comme des antioxydants, mais on peut les trouver ailleurs, dans les fruits et légumes par exemple. » De plus, le miel est déconseillé aux enfants de moins de un an, en raison du risque de botulisme. Même s’il existe très peu de cas, mieux vaut rester prudent.

Pour les plus grands, dans les gâteaux et pâtisseries maison (qui doivent rester occasionnels), il existe de nombreuses manières de substituer le sucre sans passer par ces alternatives naturelles. « On peut les remplacer par une banane, ou des pommes rapées », propose Magali Walkowicz. Plus tôt on habitue les enfants à des gâteaux peu sucrés, moins ils risqueront de devenir des « becs sucrés » comme nous ! C’est un véritable pari pour leur santé. « La diversification alimentaire est vraiment une période clef, c’est là que l’on a le plus la possibilité de déshabituer facilement son enfant du goût sucré. Il est possible de le faire à tout âge, y compris adulte, mais c’est beaucoup plus fastidieux. D’où l’importance de ne pas rater le coche ». Notamment, en tombant dans le piège de ces « sucres naturels », qui demeurent des sucres ajoutés.

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PUBLIÉ LE 25 juillet 2023

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