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Témoignage : Assistantes maternelles, pourquoi elles ont choisi la crèche familiale !

Être assistante maternelle en crèche familiale, c’est faire le choix de travailler en équipe. Un choix atypique pour des professionnelles de l’accueil individuel, habituées à exercer seules ! Réunies lors d’une journée pédagogique, les assistantes maternelles de la crèche familiale de Pau ont réfléchi ensemble aux facteurs qui les ont incitées à faire ce choix et témoignent pour Les Pros de la petite enfance de la réalité de leur métier au quotidien.

Crèche familiale, un nom pas toujours très explicite ! Avant d’entrer dans une crèche familiale, on ne sait pas trop où on arrive, on pense souvent entrer dans une crèche parentale soulignent certaines. « Je travaillais dans une entreprise de nettoyage, je passais chaque jour devant la crèche. J’ai vu qu’il y avait des enfants. J’ai décidé de me renseigner au bout d’un an. Je me demandais où étaient les dortoirs ? Et à l’époque les temps rencontre-jeux s’appelait ateliers » se souvient M. « Moi, j’ai fait un stage chez une assistante maternelle, raconte S.  C’était rassurant ».

Faire le choix d’une profession qui engage sa famille

Dans le choix de la profession d’assistante maternelle en crèche familiale, on retrouve des motivations communes à celles des assistantes maternelles indépendantes : j’ai choisi ce métier « pour les enfants », « pour accompagner les enfants », « pour les voir se développer », expliquent-elles. Si l’intérêt pour le développement de l’enfant ressort majoritairement, pour d’autres il s’agissait d’essayer de concilier vie professionnelle et vie familiale : « Moi c’est pour être présente pour mes enfants tout en travaillant et m’occupant des autres enfants ». Et ça marche ? « Ça demande beaucoup de gestion, dit M. Par exemple, il faut que nos enfants prennent ce dont ils ont besoin dans leurs chambres quand les enfants accueillis vont à la sieste, il faut gérer le bruit quand le conjoint est là, enlever le matériel de puériculture le soir et le week-end, surveiller le conjoint et les enfants quand ils sortent du matériel dangereux ou qu’ils quittent une pièce sans fermer la porte ». Il faut aussi et surtout que la famille soit partie prenante du projet car il y a des contraintes pour tous. Et l’assistante maternelle de détailler : « on demande à nos enfants de différer une demande, on demande au conjoint de ne pas venir dans telle ou telle pièce ou de ne pas faire de bruit quand les enfants accueillis dorment ».

Être déchargée d’une charge administrative

Mais ce qui est bien spécifique à la crèche familiale, c’est le fait que les familles ne soient pas employeur direct de l’assistante maternelle, mais que la crèche familiale gère toute la partie administrative. Cela permet un allègement de la charge mentale au travail. « Être déchargée. Être juste à son travail. Être prise en charge lors des difficultés », décrit une autre assistante maternelle. Ou parfois, plus simplement, « pour la stabilité financière » évoque une des professionnelles présentes. L’allègement de la charge mentale devient alors plus important que la contrainte administrative : « les congés imposés » ou encore « le salaire moins important qu’une indépendante ».

Être soutenue dans l’accueil des familles

Une crèche est familiale lorsqu’elle apporte un véritable soutien dans l’accueil des familles. Elle semble ainsi rassurer quant à la prévention de relations conflictuelles avec les familles : « Je ne me sens bien qu’avec des enfants », témoigne une assistante-maternelle. « Moi je suis plus à l’aise avec les enfants qu’avec les parents », avoue une autre. « Cela permet de pouvoir dire non quand on sait qu’on ne pourra pas répondre à la demande d’un parent », explique une troisième. Bien sûr, toutes n’expriment pas rencontrer le même type de difficultés. Dans la relation aux familles, D. dit « je me sens à l’aise avec les parents », L. « aime les échanges avec les parents ». Mais c’est alors un autre aspect du fonctionnement qui leur permet de trouver leur place dans la crèche familiale.

Être épaulée dans son métier, autour de mêmes valeurs

Le sentiment d’appartenance à des valeurs partagées semble également avoir son importance : « j’aime être indépendante dans mon travail, tout en n’étant pas seule » explique une assistante maternelle, « c’est rassurant d’être entourée » avoue une autre. « On peut s’appuyer sur la crèche », « on se sent épaulées, soutenues, guidées lorsqu’on en ressent le besoin », écrira un groupe participant à cette journée. Le souvenir de leur arrivée à la crèche familiale est parfois teinté d’émotion : « l’entretien de recrutement avec la directrice était très humain, j’étais sûre de mon choix ». Ici encore, ce sentiment souligne ce besoin d’identification professionnelle autour de valeurs ressenties comme communes.

Etre accompagnée par une équipe compétente

Cette réassurance implique une équipe encadrante à l’écoute et disponible dans un court délai. « Je travaillais un samedi, une des éducatrices était d’astreinte. J’ai contacté les parents pour les informer que leur enfant avait une forte fièvre ; ils ne se sont pas déplacés, l’éducatrice a dû intervenir », témoigne F. « Quand on accueille deux bébés et qu’il y a beaucoup de pleurs, le soutien des éducatrices de jeunes enfants est important », raconte C. D’ailleurs, certaines précisent qu’il leur a fallu du temps pour accepter l’aide : « Ce n’est pas naturel d’appeler », « ce n’est pas évident de savoir la limite avant d’appeler la crèche familiale ». Cela suppose aussi un soutien bienveillant des collègues assistantes maternelles, notamment dans les relais : « J’ai dû m’arrêter, j’étais contente que C. prenne le relais. Elle le voyait déjà au parc, elle le connaissait et moi je m’entends bien avec elle ». Enfin, le soutien est aussi technique : prêt de matériel de puériculture, de malles de jeu adaptées au développement de l’enfant par exemple.

S’insérer dans un projet pédagogique

Évidemment, comme tout travail d’équipe, il y a des contraintes, comme celle de respecter un projet éducatif et pédagogique. Selon le moment, le contexte, l’accompagnement peut être vécu comme aidant « les visites à domicile, les rencontres-jeux, les appels téléphoniques, les temps de travail avec la psychologue ; cela permet un suivi qui rassure » ; « les journées pédagogiques à l’extérieur cassent la routine ».

Profiter des temps de rencontre-jeux

Un bref arrêt sur la fonction des temps de rencontre-jeux met en lumière la spécificité du fonctionnement d’une crèche familiale. Si certains ressentis sont globaux – « ça nous coupe », « ça nous fait un échappatoire » -, chacune y trouve ce qui lui tient le plus à cœur. Pour V. par exemple, « une fois par semaine, c’est un bon rythme ; si on a des questions, on peut aborder certains sujets ». D. ajoute « les parents sont demandeurs, les enfants aussi ; ils disent « on va à la crèche ? » ». « On peut faire des activités que l’on ne fait pas chez nous » précise L. « Ça permet de rencontrer d’autres professionnelles, de rompre avec le quotidien, ne pas se sentir seule », exprime B. Même s’il semble plus facile pour les assistantes maternelles de venir avec des grands qu’avec des bébés, ce temps devient incontournable dans le processus de socialisation : « les enfants voient d’autres enfants et découvrent d’autres jeux ».

Accepter d’être accompagnée et de travailler en équipe

L’accompagnement peut être vécu comme stressant, lors des visites à domicile non programmées parfois. « J’ai le sentiment que l’éducatrice vient voir ce qu’il se passe ». Il est donc fondamental qu’il y ait un dialogue au fil des rencontres pour que les missions des uns et des autres soient bien comprises. Ce dialogue nourrit jour après jour ce sentiment de travailler en équipe tout en exerçant en partie chez soi : « échanger, partager les expériences, les émotions, les questionnements, prendre du recul sur une situation, s’enrichir, se soutenir, se compléter ». Autant de mots qui parlent d’eux-mêmes sur la valeur sociale de cette organisation.

Continuer à se former et à se professionnaliser

En effet, être assistante maternelle en crèche familiale, c’est être une professionnelle, s’engager dans une démarche de formation continue et acquérir de l’expérience pour mieux appréhender les différentes situations liées à l’accueil des enfants et des parents, ce qui nécessite de l’organisation. Pour cela, les assistantes maternelles partent régulièrement en formation en plus des journées pédagogiques. « Il faut se remettre en question, qu’est-ce que j’ai fait de bien et de moins bien », « je fais mon bilan avec moi-même, comment ai-je vécu l’année ? », dit H. Il faut accepter qu’« il y ait des années plus difficiles que d’autres », se rappelle O. C’est faire preuve de patience, de tolérance et d’empathie. Il faut alors apprendre à observer l’évolution du jeune enfant non pas au regard de ses propres croyances, mais en s’appuyant sur des connaissances plus cliniques, plus scientifiques. « Il est important de s’adapter à l’enfant ; une adaptation peut être longue pour mieux se connaître », souligne B. Apprendre à « observer, décoder, écouter, verbaliser », conclut P.

Alors, nous pouvons répondre à notre question de départ. Une crèche devient familiale parce que tout ce travail permet d’accueillir des familles dans sa famille entourée d’une famille professionnelle : les collègues, le personnel encadrant et un bureau à l’écoute. Comme toutes les familles il y a des moments heureux, difficiles, de doute… mais cette famille tient depuis 1967 !

Merci à l’équipe de la Crèche familiale de Pau.  

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Intransigeante PMI !

Laurence Yème

PUBLIÉ LE 24 octobre 2023

MIS À JOUR LE 30 octobre 2025

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