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Zoom sur… les crèches Avip
Le label « crèche Avip », décerné aux établissements proposant des places d’accueil à des parents en démarche active de recherche d’emploi, existe maintenant depuis près de 6 ans. Et un constat s’impose : ce dispositif, en raison notamment de critères considérés comme trop contraignants, a connu des débuts difficiles et n’a pas rencontré le succès espéré. Aujourd’hui, la Cnaf est en pleine relance de ce dispositif et les crèches labellisées se multiplient. 2022 sera-t-elle l’année des crèches Avip ?
2003 : la première crèche de l’IEPC
« La garde d’enfant fait partie des freins de retour à l’emploi, particulièrement pour les familles monoparentales, à la tête desquelles on retrouve bien souvent des femmes. Inscrites à Pôle Emploi, elles expliquent qu’elles ne peuvent répondre à telle offre d’emploi ou suivre telle formation car elles n’ont personne pour garder leur enfant. De manière générale, leurs démarches pour reprendre une activité sont plus difficiles », explique Karine Kervella, coordinatrice départementale à la Direction Territoriale de Pôle emploi Var. Comment en effet être dans une démarche active d’emploi lorsque l’on n’a pas de solution de garde ? Pour résoudre cette problématique, des acteurs du champ associatif ont eu l’idée de créer des structures d’accueil un peu particulières. C’est le cas de Mara Maudet, la fondatrice de l’Institut d’Education et des Pratiques Citoyennes (IEPC), un centre de formation aux métiers d’assistant de vie aux familles. « En parallèle, elle travaillait sur un projet de crèche puisqu’elle était partie du constat qu’une femme seule sans emploi avec un ou plusieurs enfants à charge n’est pas prioritaire pour avoir une place en crèche mais que sans crèche, elle ne pourra pas aller à l’emploi », indique Laurence Coz, directrice générale de l’IEPC. Et poursuit : « Elle s’est dit qu’elle allait créer une crèche où elle allait réserver la moitié des berceaux pour ces femmes qui ont besoin d’un mode de garde pour avoir une activité professionnelle et mettre en place un accompagnement vers l’emploi pour les aider. »
La première crèche ouvre ses portes à Bagneux en 2003. « Le modèle ayant de bons résultats en termes de retour à l’emploi ou en formation, d’autres municipalités ont souhaité développer ce type de crèche et donc aujourd’hui nous en sommes à 13 et bientôt 14 », précise la DG de l’IEPC. Une initiative innovante qui a fait des émules et a inspiré le label Avip. Mara Maudet a d’ailleurs pris part à l’élaboration du label et de façon logique toutes les crèches de l’IEPC sont labellisées Avip.
2016 : signature de l’accord et de la charte Avip
En avril 2016, l’Etat, la Cnaf, et Pôle emploi signent l’accord et la charte nationale relative aux crèches à vocation d’insertion professionnelle. En préambule, on peut y lire : « Faute de moyens de garde adaptés, des parents d’enfants de moins de trois ans, en recherche d’emploi sont actuellement pénalisés dans leurs démarches d’insertion professionnelle et plus particulièrement les familles monoparentales. Face à cette situation, la ministre des Affaires sociales et de la Santé, la ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, la Cnaf et Pôle Emploi ont décidé de s’unir pour proposer une solution concrète aux parents qui ont besoin de temps pour conduire leurs démarches de recherche d’emploi. » La Charte détaille les principes directeurs et notamment les engagements des crèches Avip. En pratique, les structures devaient réserver au moins 30% de leurs places aux enfants de moins de 3 ans des parents concernés, proposer une amplitude horaire large de 12h par jour minimum, accueillir les enfants au moins 3 jours par semaine, à raison de 8 heures par jour et garantir une place d’accueil pérenne dès lors que le parent a retrouvé un emploi.
Les parents de leur côté s’engagent à être dans une démarche active d’emploi, en lien avec leur conseiller référent. « L’avantage du dispositif Avip et du partenariat avec Pôle Emploi, c’est que l’on accompagne la personne de manière intensive. Tout le monde joue le jeu, on est autour de la famille. La crèche accueille les enfants, fait du soutien à la parentalité. Elle assure le rôle de socialisation, de parentalité et Pôle Emploi assure le rôle d’accompagnement professionnel », précise Karine Kervella. Et pour officialiser les choses, un contrat d’engagement est signé entre les parties.
2017 : assouplissement des critères
Lors de la signature de l’accord, l’objectif affiché est d’« atteindre pour l’année 2016, l’adhésion à la charte de 100 EAJE ». Un chiffre qui ne sera finalement atteint qu’en 2019. On recense, en effet, en mai 2019, 104 crèches Avip sur 24 départements.* Et pourtant, des initiatives de ce type existaient déjà en France. Ainsi, en 2014, la Cnaf relevait « plus de 500 actions locales portant sur l’accès des familles fragiles aux modes d’accueil de la petite enfance et correspondant à l’adaptation de 4 000 places d’accueil de jeunes enfants soutenues par l’axe 2 du fonds public et territoires », peut-on lire dans le guide de déploiement des crèches Avip. Très clairement donc, le succès n’est pas au rendez-vous. Ce que reconnaît Marjorie Ensel, chargée de mission Petite enfance et insertion professionnelle pour la Cnaf et à la Caf du Var : « Le dispositif a eu du mal à s’essaimer sur l’ensemble du territoire. L’année qui a suivi le label, il y en avait une trentaine à peine ». Et les critères y sont pour quelque chose. « Le dispositif a été conçu de manière relativement contraignante », note ainsi le HCFEA dans son rapport de mission Propositions sur le développement de solutions ponctuelles et durables de garde d’enfants pour les demandeurs d’emploi et nouveaux embauchés, en date du 28 novembre 2019. Et, Hélène Rigoulot, directrice des services de la petite enfance de la ville de Nevers, témoigne : « Au moment de la signature de la charte en 2016, nous avions étudié cette possibilité mais, à l’époque, il y avait beaucoup de contraintes avec un minimum d’heures par jour, de journées par semaine, un minimum de pourcentage de places dédié de l’ordre de 30%, c’était énorme, et on n’avait pas pu le mettre en place ». Les critères considérés comme trop « contraignants » sont donc assouplis. Un avenant à la Charte est ainsi signé en 2017. Il « vise à simplifier les démarches d’adhésion des établissements d’accueil du jeune enfant à ladite charte. Afin de s’adapter aux exigences et spécificités de chaque territoire, cet avenant fixe un délai de tolérance aux structures susceptibles de remplir les critères de labellisation prévus par la charte et introduit une dérogation possible pour trois des critères. » Concrètement, les structures labellisées sont dorénavant tenues d’accueillir au minimum 20% d’enfants de parents en démarche active de recherche d’emploi au lieu des 30% de départ, le nombre d’heures minimal d’accueil peut être réduit à 10h par semaine (au lieu de 24 heures : 8 heures sur 3 jours) et le label peut être accordé à des EAJE qui ne rempliraient pas immédiatement tous les critères, « sous réserve d’un réexamen de leur fonctionnement par la commission de labellisation dans l’année suivant leur demande initiale ». Par ailleurs, l’avenant précise que si des partenariats préexistaient à la labellisation, les crèches peuvent continuer à « mobiliser leur partenaire pour l’accompagnement social (et professionnel si la structure le propose), en lien avec Pôle Emploi qui apporte son expertise au service de l’insertion professionnelle du public bénéficiaire. » A priori, au regard de ces assouplissements, rien ne devrait plus freiner le développement des crèches Avip. D’autant plus qu’elles sont mises en lumière, en 2018, par Emmanuel Macron. Dans le cadre de la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté, il annonce alors la création de 300 crèches Avip d’ici 2020. On en comptabilise finalement environ 170, la crise sanitaire ayant peut-être aussi sa part de responsabilité.
2019 : un dispositif qui peine encore à décoller
Le HCFEA, dans son rapport Propositions sur le développement de solutions ponctuelles et durables de garde d’enfants pour les demandeurs d’emploi et nouveaux embauchés de 2019, souligne ainsi : « le dispositif est encore en croissance lente, seule une petite minorité de départements disposant de crèches Avip (…) ». Malgré l’assouplissement des crières, ce dispositif ne semblait donc toujours pas convaincre les crèches. Celles qui proposaient déjà ce type de solutions. On l’a vu avec les crèches de l’IEPC mais il y a en a bien d’autres, comme la crèche Tabarbouille de l’Ufcv à Toulouse. Elle a ouvert ses portes en 2011, dans le cadre du projet « Espoir Banlieues » de 2008 porté par Nadine Morano et Fadela Amara. « L’accueil était destiné en priorité aux mamans isolées pour qu’elles puissent avoir accès à de la formation ou à de l’emploi. On était déjà Avip sans être labellisé Avip », explique Magalie Berbiguier, directrice de la crèche Ufcv Les P’tites Bouilles et coordinatrice E.A.J.E Ufcv Toulouse des crèches Tabarbouille et Carabistouille (la première labellisée Avip en 2020 et les deux autres en 2019). Et celles prêtes à évoluer vers ce type de dispositif. Car là est l’enjeu : « Il ne s’agit pas d’attendre que des EAJE se signalent comme pouvant rentrer dans le label. Nous sommes proactifs pour faire émerger des offres où elles n’existent pas et pour faire reconnaître des offres quand elles existent », indique Guillaume Roussier, responsable du pôle Petite Enfance de la Cnaf.
2020-2021 : la Cnaf à la manœuvre
Consciente que l’objectif de 300 crèches Avip à fin 2020 fixé par Emmanuel Macron ne sera pas atteint, la Cnaf décide de lancer plusieurs chantiers sur 2020-2021, « cofinancés par le Fonds social européen (FSE) à hauteur de plus de 200 000 euros », précise Guillaume Roussier, avec 4 objectifs :
1/ un objectif d’évaluation avec une étude pilotée par la Direction des Statistiques, des études et de la recherche (DSER) de la Cnaf et menée dans 4 départements sur 8 structures. « C’est une enquête par monographie qui cible des gestionnaires de profils variés, ce qui permet d’avoir des retours extrêmement qualitatifs à la fois sur la nature du partenariat local, les modes de gestion de la crèche et les bénéfices pour les familles », détaille Guillaume Roussier.
2/ un objectif de pilotage : depuis 2021, le système d’information de la branche famille permet de recenser les crèches avip. « Cela nous permettra à moyen terme de mieux piloter le dispositif, d’avoir un recensement, une étude de leur coût de revient moyen… », explique le responsable du pôle Petite Enfance de la Cnaf.
3/ un objectif d’information : le site monenfant.fr permet de géolocaliser les crèches Avip et donc de les rendre visibles auprès des familles. Guillaume Roussier fait remarquer : « Pôle Emploi n’est réellement à l’origine de l’orientation d’une famille que dans 19% des sollicitations de places donc c’est important que ces crèches soient connues du public. »
4/ un objectif d’accompagnement du réseau des caf au développement du dispositif via un guide réalisé par Marjorie Ensel. « Ce guide comprend des outils pour aider au déploiement des structures Avip sur les territoires, aussi bien les argumentaires, les stratégies de conviction vis-à-vis des partenaires, le partage de bonnes pratiques sur les éléments financiers ou les stratégies d’animation de réseau », souligne Guillaume Roussier.
2021 : une étude pour faire un premier bilan
Marjorie Ensel a également travaillé sur une enquête auprès du réseau des caf en juin 2021 qui a permis de faire un bilan du dispositif et de mieux en comprendre les freins. En juin 2021, il y avait 259 crèches Avip sur 32 départements. Elles étaient les plus nombreuses en Ile-de-France (66), en Haute-Garonne (38), dans le Var (21), le Vaucluse (15), en Ille-et-Vilaine (15)… « Les crèches Avip se sont bien développées dans la phase initiale dans les départements touchés par un taux de chômage important, en tout cas pour certains territoires », fait remarquer Guillaume Roussier. A fin 2022, les prévisions sont de 714 crèches Avip sur 72 départements avec une croissance très importante notamment dans le Doubs (42) ou encore à La Réunion (67), territoire sur lequel l’objectif à horizon 2022 est d’une crèche Avip par quartier prioritaire de la politique de la ville. On apprend aussi que le critère de l’amplitude horaire de 12h par jour n’est pas toujours respecté. Au 30 juin 2021, 217 crèches Avip ont une amplitude horaire journalière inférieure à 12 h et seules 32 sont ouvertes 12 heures ou plus par jour. « Ce label qui est national est délivré par des comités départementaux et les caf s’adaptent aux situations sur le terrain. Par exemple, les 12h s’adaptent bien à certains territoires, à certains emplois mais s’il n’y a pas ce type d’emplois dans le département en question, on va s’adapter et le label Avip pourra quand même être délivré. Pour exemple, les crèches Avip dans le Var sont ouvertes 11h par jour et elles rendent déjà service à de nombreuses familles », renseigne sur ce point Marjorie Ensel. Et qui sont les crèches Avip ? Pour une grande part des multi-accueil (195). Et ce sont des structures gérées principalement par le privé associatif (118) et par les collectivités locales (92). L’enquête s’attache aussi à comprendre quels sont les principaux freins au développement des crèches Avip. Parmi les 80 réponses recueillies, 33 ont pointé du doigt « la difficulté à repérer « le bon candidat au label », respectant tous les critères de la charte », 26 « la difficulté à nouer un partenariat avec Pôle emploi » et 26 « des difficultés à mobiliser les élus locaux ». A noter : au sein des propositions, figurait le champ « Autre frein », coché 54 fois. Les participants à l’enquête ont soulevé différents points qui ont été thématisés : « la promotion du dispositif et la mobilisation du partenariat », le « financement/viabilité du modèle économique », « les moyens humains/qualification des personnels » et le « manque de souplesse du label ».
2021 : AVIP reconnu par la loi
La loi du 24 décembre 2021 visant à accélérer l’égalité économique et professionnelle a introduit la terminologie « à vocation d’insertion professionnelle » à l’article L214-7 du code de l’action sociale et des familles qui dispose donc : « III. Sont considérés comme étant “ à vocation d’insertion professionnelle ” les établissements et services d’accueil des enfants de moins de six ans, mentionnés aux deux premiers alinéas de l’article L. 2324-1 du code de la santé publique, dont le projet d’établissement et le règlement intérieur prévoient l’accueil d’au moins 20 % d’enfants dont les parents sont demandeurs d’emploi et volontaires pour s’enga-ger dans une recherche d’emploi intensive pouvant comprendre une période de formation (…) ».
Le rôle moteur des Caf dans le dispositif Avip
La plupart du temps, ce sont les caf qui sont à l’initiative et mettent donc en contact deux mondes qui étaient à l’origine peu en lien : celui de la petite enfance et celui de l’insertion professionnelle. Une dynamique se crée ainsi entre les différents partenaires. « Les caf sont sur les territoires la cheville ouvrière du dispositif (…). Depuis que le déploiement des crèches Avip a été énoncé comme un objectif de la COG et de la stratégie de lutte contre la pauvreté, les caf sont à la manœuvre en local pour faire émerger ces offres », estime Guillaume Roussier.
Et continue : « 90% des schémas départementaux des services aux familles comprennent en 2021 un axe « insertion », au sein desquels le développement des offres Avip est un objectif dans 80% des territoires concernés. Les Caf sont dès lors très actives dans la mise en œuvre de ces plans d’actions. Elles pilotent par ailleurs des appels à projets pour faire la promotion du label et susciter des envies d’agir chez les partenaires ».
Si les caf jouent sans conteste un rôle moteur, d’autres partenaires sont aussi parfois dans une démarche d’incitation. A Nevers, où les 6 crèches collectives, la crèche familiale et le jardin d’enfants proposent depuis janvier 2022 des places Avip, Hélène Rigoulot explique : « C’est Pôle Emploi qui nous a contactés au départ. Ils étaient intéressés par ce dispositif et nous ont proposé de les accompagner à titre expérimental et la CAF est arrivée tout de suite en soutien. »
Au plus près des territoires
Outre les départements, Pôle Emploi, les missions locales, d’autres acteurs locaux de l’accompagnement professionnel ou social peuvent prendre part au dispositif. Une « dynamique partenariale » locale va ainsi se créer faisant la force d’Avip. Le label est décerné localement par des comités départementaux qui, de fait, pour être au plus près des besoins, des problématiques du territoire adaptent bien souvent les critères comme nous l’avons vu concernant les 12h par jour minimum. « Le choix a été fait de décerner localement ce label par des commissions qui réunissent les acteurs locaux sur l’insertion professionnelle et la petite enfance. Et cette adaptation locale a été propice au déploiement de plus de services en direction de la population en insertion, elle permet de tenir compte du diagnostic local et des forces en présence », explique Guillaume Roussier.
Et ajoute : « On doit faire œuvre de pédagogie là-dessus car là où les partenaires locaux se positionnent dans une logique administrative pure, finalement ce sont des territoires sur lesquels on n’a pas vu ou peu d’émergence de services Avip ».
A côté du comité de pilotage ou comité de labellisation, qui doit se réunir au moins une fois par an, on trouve un comité technique départemental. En pratique, « il est chargé de la mise en œuvre et du suivi opérationnel du dispositif et de l’animation des outils évaluation. Sur la base du diagnostic territorial et des évaluations recueillies, il propose au comité de pilotage le cadrage général et les évolutions du dispositif. »** Par ailleurs, sont également prévues des réunions entre les EAJE labellisés.
A chacun son organisation
A Nevers, des places spécifiques Avip ont été accordées par la PMI. « Avant Avip, nous offrions 252 places et, avec Avip, 12 places supplémentaires ont été créées. Le nombre de places Avip est proportionnel à la taille de la crèche. Les crèches de 20 places réservent une place et les crèches de 60 places réservent 3 places. Il n’a pas été question de pourcentage d’accueil. Nous avons été très libres dans la mise en œuvre », signale Hélène Rigoulot.
Des places qui peuvent rester vides : « même si la tentation est grande par- fois, les places sont réservées uniquement dans ce cadre et peuvent rester vides. C’est aussi nécessaire pour pouvoir être réactif, il nous faut de la disponibilité très rapidement », affirme-t-elle. A Toulouse, dans les crèches labellisées Avip de l’Ufcv, il n’en va pas de même. Les places ne sont pas bloquées pour de l’Avip. Cela s’explique par l’essence même de ces établissements. « Dans nos structures, il y a deux choses. Le label avip pour lequel il y a tout un travail de partenariat avec Pôle Emploi, la caf, les missions locales… qui nous contactent pour que l’on puisse accueillir des familles dans le cadre du label. Et notre mission première : lorsque l’on sélectionne nos familles à la commission d’admission unique on va aussi aller rechercher des familles qui ne font pas parties du dispositif Avip mais qui sont à la recherche d’un emploi ou dans une situation un peu délicate », explique Magalie Berbiguier. Elle poursuit : « Les familles Avip sur le nombre de familles accueillies représentent un petit pourcentage par contre si on élargit au nombre de familles en recherche d’emploi accueillies, c’est plus important. Par exemple en 2021, aux P’tites Bouilles (multi-accueil de 25 places), sur 50 familles inscrites, 22 étaient en recherche d’emploi et 5 faisaient parties du dispositif Avip. A Carabistouille (agrément de 15 places), en 2021, sur 38 familles inscrites, 19 étaient en recherche d’emploi et nous n’en n’avions aucune qui faisaient parties du dispositif Avip. » Et pour que les échanges entre les différents partenaires soient facilités et efficients, des outils peuvent être mis en place. A Toulouse, par exemple, les conseillers Pôle Emploi établissent une fiche navette avec les familles concernées sur laquelle sont notés divers renseignements (âge de l’enfant, besoin des parents…). Le conseiller et la famille ciblent une crèche, qui reçoit la fiche navette en priorité. Les autres crèches Avip du quartier sont également mises au courant et peuvent répondre en fonction de leurs disponibilités. La plupart du temps aussi des référents Avip sont désignés à Pôle emploi et dans les crèches comme dans le Var.
« Dans chaque agence Pôle emploi, on a un conseiller référent Avip. Il va pouvoir essaimer auprès de l’ensemble des conseillers les places encore disponibles, les modalités d’accès. Ce référent Avip rencontre régulièrement les crèches et environ 3 à 4 fois par an le référent Avip des crèches au niveau départemental et au niveau local. Et ils ont leur ligne téléphonique et leur mail pour échanger sur les situations particulières ou d’urgence », informe Karine Kervella.
A Nevers, chaque structure a son référent Avip. « C’est le guichet unique du Relais Petite Enfance qui coordonne toutes les demandes qui viennent de Pôle Emploi et ensuite il est en lien avec le référent Avip de chacune des structures », souligne Hélène Rigoulot.
Un dispositif efficace pour les parents
Si le modèle des crèches de l’IEPC a été décliné, c’est que les retours étaient concluants. Qu’en est-il à l’heure actuelle ? Selon les résultats d’un questionnaire soumis, en janvier 2021, à 391 parents bénéficiaires d’une place en crèche Avip, dans le cadre de l’évaluation pilotée par la Dser de la Cnaf, il apparaît que 60 % ont retrouvé un emploi en moins de 3 mois, dont 41 % en moins d’un mois. Un « bilan » plutôt positif, à nuancer toutefois car les emplois en question restent relativement précaires : 41 % en CDD, 42 % en temps partiel, 32 % en horaire atypique.
Si l’objectif principal du dispositif est la réinsertion professionnelle, d’autres bénéfices ne doivent pas être occultés. « Cela aide aussi les personnes isolées qui n’ont pas de famille, ça les socialise. Elles vont déposer leurs enfants à la crèche le matin, les récupèrent le soir. Elles vont discuter avec l’équipe de la crèche », explique Karine Kervella. Et ajoute : « Les témoignages que nous avons, c’est la reprise de confiance en soi, des démarches d’emploi réalisées dans la sérénité sans avoir laissé son enfant à la voisine, là les enfants sont confiés à des professionnels. » Une opinion que partage Magalie Berbiguier : « Ce sont des familles qui finissent par s’ouvrir et voir la crèche comme un lieu d’échanges. On propose aussi de faire jouer la solidarité entre les familles. On les valorise par ce biais-là. Si une famille par exemple a besoin d’un jour particulier, pour lequel je n’ai plus de place, je sollicite une autre famille pour qu’elle laisse sa place. C’est rare mais ça peut arriver. Et les familles se sentent importantes, car elles participent à l’amélioration de la situation d’une autre famille. » N’oublions pas aussi que cela permet d’accueillir des enfants qui n’auraient peut-être pas eu la possibilité de connaître un mode d’accueil formel. « Les enfants des familles les plus éloignées de l’emploi sont aussi ceux qui sont le plus éloignés des modes d’accueil », souligne Guillaume Roussier. Les bienfaits sont donc importants pour eux aussi. Ainsi, 81 % des parents ayant répondu au questionnaire jugent que « l’accueil en crèche a eu un impact positif sur l’éveil de l’enfant (découverte de jeu ou d’activité qu’il ne faisait pas avant), 83 % sur sa sociabilité (interaction avec d’autres enfants/ adultes) ». Enfin, les professionnels de la petite enfance ont une mission de soutien à la parentalité qui prend ici tout son sens : « 87 % des parents déclarent avoir appris des choses utiles en matière d’éducation de leur enfant, 64 % sur la découverte de nouveaux lieux sur lesquels se rendre avec son enfant, 74 % estiment avoir pris en confiance en eux dans les façons de faire avec leur enfant. »
Un casse-tête pour les gestionnaires ?
Comme nous l’avons vu, d’après l’enquête menée auprès du réseau des Caf en juin 2021, il apparaît que les structures Avip sont gérées principalement par le privé associatif et par les collectivités locales. Quid du secteur privé marchand ? Y a-t-il un risque d’avoir des indicateurs de gestion dégradés ? Non, selon Guillaume Roussier : « les crèches ont des obligations légales d’accueil d’enfants dont les parents sont en parcours d’insertion donc avip est un levier pour atteindre cette obligation légale. Ensuite, le label avip c’est aussi un dispositif qui permet de faire évoluer les pratiques d’accueil. Les crèches vont devoir adapter les contrats de manière plus agile, à savoir répondre à des besoins plus ponctuels, réadapter les accueils quand les besoins des familles évoluent ». Il affirme : « tout cela ne dégrade pas les indicateurs de gestion bien au contraire donc avip n’est pas associé à un niveau de précarité de la structure supérieur. » Et comment ces places sont-elles financées ? Car Avip n’est pas un bonus, c’est un label. En ce sens, Guillaume Roussier rappelle qu’Avip n’est pas un outillage financier. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il y a zéro financement. Ainsi, en 2021, les caf ont consacré au soutien des crèches Avip 3 027 475 euros sachant que toutes n’ont pas financé les crèches Avip. En effet, sur les 35 caf qui ont répondu sur le sujet dans l’enquête menée par Marjorie Ensel, 24 ont déclaré avoir financé le dispositif et 11 ne pas l’avoir financé. Plus en détail, le financement se répartit principalement entre de l’aide au démarrage, à l’accueil (places, heures…), à la fonction (etp). « Quand il y a financement, il est en moyenne de 11 141 euros par place. Lorsque la caf intervient en financement, dans la moitié des cas, elle n’est pas la seule. Et c’est bien souvent le conseil départemental qui apporte un complément de financement. Il est un partenaire très engagé », précise Guillaume Roussier, qui assure que « le financement n’est pas une condition sine qua none au bon fonctionnement des crèches Avip. »
En pratique, l’outil de financement généralement utilisé par les caf pour financer les structures Avip, c’est le fonds public et territoire. Comme c’est le cas pour les crèches de l’IEPC. « Financièrement, le label nous ne nous apporte rien mais ce n’est pas le souci car de toute façon la caf a le fonds public et territoire sur lequel on peut lui demander des subventions qui peuvent nous aider à prendre en charge une partie du salaire des CIP (ndlr : Conseillers en insertion professionnelle) par exemple, mais ces fonds sont ouverts à tout le monde qu’on ait le label ou non », souligne Laurence Coz. A Nevers, Hélène Rigoulot, explique : « on va toucher chaque année pour la création de ces places une aide de la caf dans le cadre du bonus territoire et il y a également une prise en charge de la coordination sur le dispositif qui correspond à environ 80% d’un tiers temps. » Et pour la crèche qu’elle dirige et celles qu’elle coordonne, Magalie Berbiguier indique : « Il y a une subvention de la caf reconduite chaque année pour faciliter le fonctionnement. Certaines crèches décident de bloquer les places ou de renforcer les équipes en termes de personnel, de notre côté cela subventionne la personne du service insertion (personne salariée de l’ufcv) qui intervient dans les crèches, puis prend le relai avec des appels téléphoniques, des rendez-vous individuels dans les locaux de l’Ufcv. » On l’aura bien compris, Avip n’est pas un bonus. Son essence même est de valoriser les pratiques, le travail accompli en la matière. « Avoir le label, c’est une reconnaissance de notre projet initial. On fait ça depuis l’ouverture des crèches, ça légitime tout ce que l’on fait au quotidien auprès de ces familles. Et puis, on fait la demande pour avoir le label, mais on ne l’obtient pas forcément », témoigne sur ce point Magalie Berbiguier.
Vers un âge 2 du dispositif ?
En octobre 2021, Julien Damon et Christel Heydemann remettaient à Adrien Taquet le rapport Renforcer le modèle français de conciliation entre vie des enfants, vie des parents et vie des entreprises dans lequel ils recommandaient notamment : « Le modèle de ces crèches AVIP mérite d’être révisé. D’abord par la poursuite de l’allégement des critères, déjà engagé, et avec une diminution du reste à charge pour les gestionnaires. Ensuite avec un financement de Pôle emploi qui pourrait relever à la fois des investissements et du fonctionnement, en complément donc des dépenses CAF. »
En outre, le Protocole Insertion dans l’emploi/Petite Enfance récemment signé par Brigitte Klinkert, ministre déléguée à l’insertion, et Adrien Taquet, secrétaire d’Etat chargé de l’Enfance et de la Famille, prévoit entre autres d’encourager le développement des modes d’accueil AVIP, pas seulement des EAJE, et précise : « L’objectif est de faciliter l’accueil des enfants des parents engagés dans un parcours d’insertion professionnelle, en faisant évoluer le label et en ren-forçant l’animation territoriale des acteurs de la petite enfance et de l’insertion dans l’emploi ». Une V2 est-elle donc en prévision ? « Il n’est pas prévu d’actualiser la charte dans l’immédiat. Face à la montée en charge du dispositif, nous réaliserons un bilan et examinerons alors ses perspectives de développement, que nous présenterons aux partenaires. A cette occasion, la question des critères pourrait être abordée mais ce n’est pas prévu pour le moment », répond Guillaume Roussier. Et insiste : « Ce ne sont pas les critères qui ont empêché les crèches Avip de se développer. » En tout cas, 2022 semble bien être l’année des crèches Avip !
*Enquête réseau des Caf
**Guide de déploiement des crèches AVIP
Illustrations Matthieu Boz
AVIP du côté des assistantes maternelles
• Des assistantes maternelles Avip : la Caf de la Somme et la Caf de l’Essonne sont dans une phase exploratoire du modèle Avip étendu aux assistantes maternelles. Des travaux préliminaires sont en cours mais pour l’heure il n’y a pas encore de labellisation. « Le modèle, à l’état d’étude, connaît des freins importants, notamment celui du coût pour les familles ou de l’accompagnement du parent dans son rôle de particulier employeur. Ce rôle peut en effet sembler plus difficile à adosser pour un parent en situation de vulnérabilité », peut-on lire dans le guide de déploiement des crèches Avip.
• MAM Avip Les quatre rayons de soleil d’Aubervilliers : un projet que l’on doit à l’IEPC. L’association et la mairie d’Aubervilliers ont travaillé de concert pour créer cette MAM Avip. Elle a ouvert ses portes en septembre 2019 et trois anciennes salariées des crèches de l’IEPC y travaillent. Elles ont un agrément chacune pour 4 places dont une Avip ou d’urgence par exemple pour accueillir les enfants d’une collègue qui serait malade.
Caroline Feufeu
PUBLIÉ LE 21 mars 2022