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Entre 6 mois et 3 ans, les tout-petits explorent déjà comme des scientifiques

Un enfant approche un aimant d’un objet, observe, recommence puis change d’inclinaison avant d’essayer autre chose. Un geste anodin en apparence. Mais une étude récente menée en crèche montre qu’il s’agit déjà d’une véritable démarche exploratoire allant du simple tâtonnement à une stratégie plus fine.

L’étude a été menée dans une structure de petite enfance auprès d’enfants âgés de 6 à 36 mois. Les scientifiques les ont suivis pendant 19 mois et ont analysé 38 séquences vidéo montrant les enfants en interaction libre avec une activité consacrée au magnétisme. L’objectif n’était pas de vérifier si les enfants comprenaient le fonctionnement des aimants, mais d’observer la manière dont ils manipulaient le matériel et faisaient évoluer leurs actions au fil du temps.

Du geste spontané à l’action stratégique

À partir de leurs observations, les chercheuses ont élaboré une échelle comportant cinq niveaux de comportement exploratoire.
Le premier correspond à une découverte spontanée : l’enfant manipule les objets, les touche, les déplace ou les observe sans intention clairement identifiable.
Vient ensuite la répétition : l’enfant reproduit plusieurs fois un même geste et peut ainsi vérifier s’il produit à nouveau le même effet.
Le troisième niveau correspond à une action orientée : l’enfant commence à agir avec un but plus précis, en vue d’obtenir un effet particulier.
L’action avec contrôle constitue le niveau suivant : l’enfant ajuste sa manière de faire en fonction de ce qu’il observe et modifie ses gestes pour parvenir au résultat recherché.
Enfin, l’action avec stratégie est le niveau le plus élaboré identifié par les chercheurs. L’enfant semble anticiper ce qui pourrait se produire et adapte son comportement pour atteindre un objectif.
Cette progression ne signifie pas que tous les enfants passent nécessairement par ces cinq niveaux dans le même ordre ou au même rythme. Il s’agit d’une grille permettant de décrire différents degrés de complexité dans les comportements observés.

Le magnétisme comme support d’expérimentation

Au fil des séances, les enfants pouvaient tester les effets de leurs gestes et observer les réactions des objets : répéter une manipulation, vérifier un effet ou tenter une nouvelle approche. Le magnétisme constituait ainsi un terrain idéal pour observer comment ces comportements évoluaient dans le temps.

L’environnement joue un rôle essentiel

L’un des enseignements importants de l’étude concerne le rôle du cadre proposé aux enfants. Les caractéristiques du matériel et la manière dont les objets sont présentés peuvent ouvrir davantage de possibilités et permettre aux enfants de multiplier les essais. L’adulte a également sa place dans cette démarche, non pas pour expliquer le phénomène ou donner immédiatement la réponse, mais pour proposer un cadre qui laisse toute sa place à l’expérimentation.

Peut-on vraiment parler de pensée scientifique ?

Pas au sens où l’enfant maîtriserait déjà des concepts scientifiques. Les auteures de l’étude parlent plutôt de l’émergence de comportements qui s’apparentent à des pratiques scientifiques chez les jeunes enfants. L’étude ne montre pas que les enfants de 6 mois à 3 ans comprennent le magnétisme ou formulent des hypothèses au sens propre. Ce qui est observé, ce sont des comportements qui posent certaines bases du raisonnement scientifique : explorer, répéter une action, observer ses conséquences, ajuster son comportement puis agir avec une intention de plus en plus précise.

Quels enseignements pour les pros ?

Cette étude apporte un éclairage intéressant sur les capacités d’exploration des enfants avant l’âge de trois ans. Elle montre notamment qu’un phénomène scientifique complexe comme le magnétisme peut servir de support à des expériences accessibles aux tout-petits. Pour les professionnels de la petite enfance, l’intérêt est surtout d’initier des situations qui permettent à chaque enfant d’explorer à son rythme. Lui laisser le temps, l’espace et le matériel nécessaires pour essayer, recommencer, observer et ajuster ses actions peut favoriser l’émergence de comportements d’exploration de plus en plus élaborés.

 Consulter l’étude

Isabelle Hallot

PUBLIÉ LE 07 août 2026

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