Fléchissement de la couverture vaccinale infantile mondiale
Depuis 1980, la vaccination infantile de routine a permis de sauver des millions de vies, notamment grâce au Programme élargi de vaccination (PEV), lancé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 1974. Pourtant, à mi-parcours de l’Agenda mondial pour la vaccination à l’horizon 2030 (IA2030), de fortes incertitudes planent sur la capacité des pays à atteindre les objectifs fixés souligne un rapport publié dans The Lancet le 24 juin 2025.
Entre 1980 et 2023, la couverture mondiale des vaccins classiques (DTP1, DTP3, ROR1, Polio3, BCG) a presque doublé. Cette évolution positive s’explique par l’intensification des campagnes de vaccination et l’extension progressive des programmes nationaux. Toutefois, entre 2010 et 2019, les progrès ont ralenti, y compris dans plusieurs pays à revenu élevé - dont la France -. Des baisses ont été observées dans 21 sur 36 d’entre eux pour au moins une des principales doses de vaccin.
COVID-19 : une rupture dans la dynamique
La pandémie de Covid 19 a marqué un tournant négatif. Dès 2020, la couverture vaccinale mondiale a chuté pour la plupart des vaccins infantiles, et n’a pas retrouvé ses niveaux pré-pandémiques en 2023. Seuls certains vaccins plus récents, comme ceux contre le pneumocoque (PCV3), le rotavirus (RotaC) ou la seconde dose du vaccin contre la rougeole (ROR2), ont continué à progresser mais à un rythme bien inférieur aux attentes.
Les objectifs 2030 compromis
Les projections jusqu’en 2030 dressent un tableau préoccupant. Seul le vaccin DTP3 pourrait atteindre la cible de 90 % de couverture mondiale — et encore, uniquement dans un scénario optimiste. PCV3 et ROR2 resteraient en deçà des objectifs. Quant à la réduction du nombre d’enfants zéro-dose, elle paraît elle aussi difficile à atteindre. Après une baisse de 75 % entre 1980 et 2019, le nombre d’enfants n’ayant reçu aucune dose de DTP1 est remonté à 18,6 millions en 2021 sous l’effet de la pandémie, pour redescendre à 15,7 millions en 2023. Plus de la moitié vivent dans seulement huit pays, majoritairement en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud.
Des efforts ciblés pour combler le retard
L’étude insiste sur la nécessité d’une mobilisation urgente pour espérer atteindre les objectifs de l’IA2030. En Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, où les besoins sont les plus importants, il faudra renforcer les systèmes de santé, lutter contre les inégalités d’accès, combattre la désinformation et adapter les stratégies aux contextes locaux. Les baisses récentes constatées en Amérique latine et dans les Caraïbes doivent également être inversées. Des initiatives comme la campagne mondiale « Big Catch-Up » de l’OMS doivent prioriser les zones marginalisées et contribuer à rétablir les niveaux de couverture perdus.
Source : The Lancet
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 25 juin 2025