La curiosité à 8 mois, un indice précoce du développement cognitif
Un bébé qui prend le temps d’observer ce qui attire son attention et s’attarde sur ce qu’il peut apprendre : ce comportement, observable dès l’âge de 8 mois, serait associé à ses capacités cognitives à trois ans et demi. C’est ce que révèle une étude longitudinale néerlandaise publiée en 2026 dans Developmental Science.
Les enfants les plus curieux à 8 mois obtiennent en moyenne de meilleurs scores de QI à 3 ans et demi, avec un lien particulièrement marqué pour le langage et la compréhension verbale. Selon les chercheurs, la curiosité pourrait contribuer au développement cognitif en multipliant les occasions d’apprentissage dès les premiers mois de vie.
L’étude a suivi 60 bébés âgés de 8 mois, puis évalué leurs capacités intellectuelles à 3 ans et demi à l’aide du WPPSI-IV, un test de QI standardisé. Les mêmes enfants ont été rencontrés à deux reprises, à près de trois ans d’intervalle, dans un centre de recherche aux Pays-Bas.
Comment la curiosité d’un bébé a-t-elle été mesurée ?
La curiosité n’a pas été évaluée à partir d’un questionnaire parental mais grâce à une tâche d’apprentissage visuel utilisant l’eye-tracking. Les chercheurs ont observé si chaque bébé regardait plus longtemps les images qui lui apportaient une information nouvelle et utile à apprendre. Un bébé curieux n’est donc pas simplement un bébé qui regarde beaucoup. Les chercheurs s’intéressent ici à ce qu’ils appellent une « curiosité efficace » : la capacité à orienter son attention vers les informations les plus susceptibles de favoriser l’apprentissage. Certains bébés manifestent davantage cette tendance que d’autres et c’est cette différence individuelle que l’étude a cherché à relier au développement ultérieur.
Curiosité précoce et QI : un lien observé jusqu’à 3 ans et demi
Les bébés les plus curieux à 8 mois obtiennent en moyenne de meilleurs scores de QI à 3 ans et demi. Dans le groupe des enfants les plus curieux, la curiosité mesurée en bas âge est associée à près d’un tiers des différences de QI observées plus tard. À l’inverse, aucun effet significatif n’est observé chez les enfants présentant les niveaux de curiosité les plus faibles. Les chercheurs soulignent ainsi que la curiosité semble constituer un atout supplémentaire pour certains enfants plutôt qu’une caractéristique indispensable au développement cognitif. L’étude met également en évidence que ce lien demeure après prise en compte du niveau d’éducation des parents.
Toutefois, les auteurs invitent à la prudence et estiment que ces résultats devront être confirmés auprès d’échantillons plus larges et plus diversifiés. Il est important de rappeler que cette étude montre une association entre curiosité précoce et performances cognitives ultérieures. Pour les chercheurs, la curiosité apparaît comme un levier potentiel pour favoriser l’apprentissage précoce.
Pourquoi le lien est-il surtout fort pour le langage ?
Parmi les différentes composantes du QI évaluées, c’est la compréhension verbale qui apparaît la plus fortement liée à la curiosité observée à 8 mois. Le vocabulaire et les connaissances générales se construisent largement à travers les expériences quotidiennes et les échanges avec les adultes. Un bébé curieux regarde, explore, pointe ou manifeste son intérêt pour ce qui l’entoure. En retour, les adultes commentent, nomment et expliquent. Les auteurs avancent que cette succession d’initiatives de l’enfant et de réponses de l’entourage pourrait favoriser progressivement le développement du langage. En cherchant activement à comprendre son environnement, le bébé multiplierait ainsi les occasions d’apprendre.
Ce que cela apporte aux professionnels de la petite enfance
La curiosité d’un bébé ne se développe pas seule. Les adultes qui l’entourent jouent un rôle essentiel pour l’accompagner et la soutenir au quotidien. Lorsqu’un bébé s’intéresse à un objet, une personne ou un événement, cet intérêt mérite d’être pris au sérieux. Le geste le plus utile est souvent simple : suivre son attention et mettre des mots sur ce qu’il observe plutôt que de chercher immédiatement à orienter son regard ailleurs. Proposer des environnements riches et variés, laisser du temps à l’exploration libre et rester disponible pour répondre aux initiatives de l’enfant constituent autant de façons concrètes de soutenir sa curiosité. Sans transformer chaque découverte en activité dirigée, les professionnels de la petite enfance peuvent ainsi contribuer à créer les conditions favorables aux apprentissages précoces.
Source : doi.org/10.1111/desc.70090
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 05 juin 2026