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Les enfants lecteurs se concentrent mieux que ceux exposés aux écrans

Une étude menée dans le cadre du projet LIFE Child à l’Université de Leipzig montre que l’usage fréquent des écrans chez l’enfant est associé à de moins bonnes performances attentionnelles, tandis que la lecture régulière favorise la concentration. Publiée en 2025 dans la revue BMC Pediatrics, cette recherche repose sur des mesures objectives de l’attention à l’aide d’un test informatisé, plutôt que sur des questionnaires parentaux.

Les chercheurs ont évalué 1 057 enfants âgés de 3 à 11 ans, répartis en deux groupes : les plus jeunes (3 à 6,5 ans) et les plus âgés (6,5 à 11 ans). Dans l’étude du projet LIFE Child, les chercheurs ont évalué l’attention des enfants grâce à un test informatisé (Continuous Performance Test). Ce test mesure deux formes d’erreurs qui traduisent des difficultés différentes dans le contrôle de l’attention.

Les erreurs d’impulsivité apparaissent lorsque l’enfant réagit alors qu’il ne devrait pas le faire, par exemple en appuyant sur une touche alors que l’image affichée ne demandait aucune réponse. Ce type d’erreur indique une tendance à agir trop vite, sans bien vérifier, et donc une difficulté à contrôler ses réactions. Les erreurs d’omission, au contraire, surviennent lorsque l’enfant oublie de répondre alors qu’il aurait dû le faire. Elles traduisent une baisse de vigilance ou une difficulté à maintenir son attention tout au long du test.

Ainsi, les erreurs d’impulsivité reflètent un manque de contrôle des réactions, tandis que les erreurs d’omission signalent un manque de concentration soutenue.Chez les plus jeunes, les écrans sont associés à une plus grande impulsivité

Chez les 3-6 ans

Le visionnage fréquent de films ou de séries est associé à davantage d’erreurs d’impulsivité, ce qui suggère une difficulté à contrôler les réponses automatiques. À cet âge, ni le jeu vidéo-encore peu pratiqué- ni le fait d’écouter une histoire lue par un parent n’ont montré de lien significatif avec les performances d’attention .

Chez les enfants d’âge scolaire

Les associations diffèrent : regarder la télévision ou jouer à des jeux vidéo est lié à un plus grand nombre d’erreurs d’omission, signe d’un déficit d’attention soutenue. Ces résultats suggèrent que l’exposition répétée à des contenus visuels rapides et très stimulants pourrait nuire à la capacité de maintenir son attention sur une tâche exigeant de la concentration prolongée.

La lecture autonome, un entraînement naturel à la concentration

Inversement, les enfants qui lisent régulièrement de manière autonome font moins d’erreurs globales au test, traduisant une meilleure maîtrise de l’attention. La lecture exige un effort cognitif soutenu et une focalisation continue, à l’opposé des stimulations brèves et multiples des écrans. En revanche, écouter la lecture d’un parent ne montre pas la même association positive, peut-être parce que l’attention auditive qu’elle sollicite est plus passive.

Des différences selon le sexe et le milieu familial

L’étude met également en évidence des différences selon le sexe et le milieu familial : les filles obtiennent en moyenne de meilleurs scores d’attention que les garçons, et les enfants issus de familles à revenu plus élevé commettent moins d’erreurs. Les auteurs précisent que les liens observés ne prouvent pas une causalité directe, mais ils soulignent l’importance d’un usage modéré des écrans et de la valorisation de la lecture dès le plus jeune âge.

En France les recommandations sont de ne pas laisser un enfant avant 3 ans  devant un écran, en raison des risques que cela présente pour son développement. Un arrêté publié le 2 juillet 2025 au Journal officiel a modifié la charte nationale pour l’accueil du jeune enfant : il interdit désormais d’exposer les enfants de moins de trois ans aux écrans dans les structures d’accueil (crèches, haltes-garderies, assistantes maternelles)

Source : Poulain, T., Schmidt, R., Kiess, W. et al. Performance on an attention test is positively related to reading but negatively related to watching TV and playing video games in children. BMC Pediatrics, 25, 872 (2025). https://doi.org/10.1186/s12887-025-06260-w

Isabelle Hallot

PUBLIÉ LE 10 novembre 2025

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