Petites voitures ou poupées : le rôle des frères et sœurs dans le choix des jeux des tout-petits
Dès le plus jeune âge, les enfants adoptent des jeux différenciés selon leur genre. À partir des données de l’enquête Elfe, qui suit près de 13 000 enfants en France, des chercheurs ont analysé l’influence du milieu social, de la fratrie et des parents sur les pratiques de jeux à l’âge de deux ans. L’étude met en lumière des dynamiques familiales précoces dans la construction du genre.
Des jouets déjà genrés dès l’âge d’un an
Les différences entre filles et garçons apparaissent très tôt : 81 % des filles jouent fréquemment à la poupée, 73 % aiment faire des dessins et 63 % préfèrent les peluches, alors que ces activités attirent bien moins les garçons. Ces derniers privilégient davantage les petites voitures (89 %), les jeux avec une balle (76 %) ou les jeux à empiler (61 %). Ces écarts s’observent dans toutes les classes sociales et traduisent des normes de genre intériorisées dès la petite enfance.
Des jeux moins stéréotypés chez les cadets
Les enfants nés après un ou plusieurs frères ou sœurs présentent des comportements de jeu moins stéréotypés. Les garçons cadets jouent plus à la poupée, et les filles cadettes davantage aux voitures, comparés aux aînés.
La présence d’un aîné de l’autre sexe favorise les jeux typiques de ce sexe chez les cadets. Cette influence est encore plus marquée quand les enfants jouent régulièrement ensemble.
L’ imitation et le jeu partagé expliquent pourquoi les cadets adoptent des pratiques plus mixtes. À l’inverse, lorsque les aînés sont du même sexe, les jeux restent très genrés.
Un rôle parental moins décisif
Les parents ont un impact, mais moins fort que celui des frères et sœurs. Les mères favorisent davantage les jeux atypiques pour le genre de leur enfant, contrairement aux pères, qui privilégient des jeux stéréotypés.
Les aînés, plus souvent encadrés par leurs parents, s’orientent vers des jeux perçus comme éducatifs (puzzles, dessins), moins différenciés selon le genre, en raison d’une présence parentale plus forte.
Il reste à observer comment ces pratiques genrées à deux ans évolueront avec le temps, ce que le suivi de la cohorte Elfe permettra de mieux comprendre, expliquent les chercheurs. Les écarts entre filles et garçons pourraient en effet être influencés par des événements tels que l’arrivée d’un nouveau membre dans la famille ou l’entrée en maternelle.
Source : (2025). Voiture ou poupée ? Le rôle des frères et sœurs dans les jeux genrés des enfants, Population et Sociétés, n° 630.
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 08 août 2025