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Le syndrome de la mort inattendue du nourrisson : qu’est-ce que c’est ?

En France, selon les chiffres de l’Observatoire national français des morts inattendues du nourrisson (registre OMIN) 2148 enfants âgés de moins de 2 ans sont décédés de la mort inattendue du nourrisson (MIN) entre mai 2015 et décembre 2024 soit 226 décès par an. La MIN est l’une des causes de mortalité les plus redoutées par les parents comme par les professionnels de la petite enfance. Le Dr Elisabeth Briand-Huchet, Pédiatre, et Médecin-conseil, co-présidente de l’association Naître et Vivre fait le point.

Le plus souvent avant six mois

La mort inattendue du nourrisson (MIN) survient brutalement, sans aucun signe annonciateur. L’âge médian est de 3,9 mois. Les trois quarts des MIN surviennent dans les six premiers mois. Les garçons sont davantage concernés, et les décès sont plus fréquents en hiver qu’en été. Au-delà de six mois, le risque diminue, mais persiste jusqu’à deux ans. La MIN se produit le plus souvent durant le sommeil : un nourrisson en apparente bonne santé s’endort et cesse de respirer, entraînant très rapidement un arrêt cardio-respiratoire. Lorsque, après un bilan médical complet incluant une autopsie, aucune cause n’est identifiée, on parle alors de mort subite du nourrisson (MSN) — un décès qui, par définition, reste inexpliqué.

Des causes multiples et souvent combinées

Certains décès s’expliquent par une pathologie pédiatrique — anomalie cardiaque, trouble digestif, infection bactérienne ou virale foudroyante — d’autres sont accidentels, liés aux conditions de couchage ou à une hyperthermie, et d’autres encore sont malheureusement imputables à des actes de maltraitance. Les MIN accidentelles sont souvent provoquées par une asphyxie : l’enfant dort sur le ventre, en présence d’objets susceptibles d’entraver sa respiration — peluches, cale-bébé, coussin, couverture. Dans bien des cas, l’origine est multifactorielle, ce qui complique l’établissement d’un diagnostic précis. Les morts subites inexplicables, quant à elles, restent relativement rares.

Le tabagisme, un facteur de risque majeur

Le tabagisme pendant la grossesse augmente le risque d’accouchement prématuré et de faible poids de naissance. Ces nourrissons, plus vulnérables aux infections, présentent parfois une maturation cérébrale insuffisante pour déclencher spontanément un réflexe d’éveil en cas de difficulté respiratoire. Par ailleurs, il est aujourd’hui établi que la nicotine se fixe sur les récepteurs du tronc cérébral du fœtus, précisément ceux qui seront ultérieurement responsables de ce réflexe d’éveil. Un bébé exposé au tabac in utero contrôle moins bien sa respiration et risque de ne pas se réveiller s’il se retrouve en position difficile. Le tabagisme passif, les patches à la nicotine mis par la mère, présentent les mêmes dangers et peuvent également provoquer une obstruction des voies respiratoires du nourrisson.

La prise en charge des décès

La Haute Autorité de Santé (HAS) a établi un protocole standardisé à destination des professionnels de santé pour la prise en charge d’une mort inattendue du nourrisson. Ces recommandations, datant de 2007, gagneraient à être actualisées. Elles prévoient qu’après l’appel des secours et le constat de décès par un médecin, l’enfant doit être rapidement transporté – le SAMU pouvant assurer ce transfert – vers un centre de référence spécialisé, où un bilan médical complet est réalisé afin d’en déterminer les causes. Une autopsie est proposée aux parents.
En matière de prévention, il a fallu attendre 2021 pour voir paraître des recommandations officielles conjointes portant à la fois sur la MIN et les déformations crâniennes positionnelles (DCP). Ces recommandations rappellent que le couchage sur le dos en position stricte reste le geste le plus efficace pour prévenir la MIN, la position ventrale demeurant le principal facteur de risque. Elles soulignent également que les DCP, dont le pronostic est favorable et qui ne sont pas associées à des retards neuro-développementaux, sont principalement liées à une limitation de la motricité libre du nourrisson. Pour relayer ces messages auprès des parents et des professionnels, AXA a conçu une campagne de prévention originale : un dépliant illustré façon notice IKEA, expliquant pas à pas comment coucher bébé sur le dos en toute sécurité.

Une épidémiologie difficile à définir

Il est difficile d’établir des statistiques parfaitement précises sur la mort inattendue du nourrisson. Malgré les recommandations de prise en charge et l’existence de centres de référence, les investigations réalisées après le décès ne sont pas toujours homogènes et toutes les autopsies ne sont pas systématiques. En France, on estime aujourd’hui qu’environ 200 nourrissons meurent chaque année de mort inattendue du nourrisson. Après une forte baisse dans les années 1990 grâce aux campagnes de prévention – notamment la recommandation de coucher les bébés sur le dos – le nombre de décès a nettement diminué, mais tend à se stabiliser depuis les années 2000.

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Suzanne Godin et Isabelle Hallot

PUBLIÉ LE 20 octobre 2016

MIS À JOUR LE 01 mai 2026

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