Un statut d’entreprise à mission pour les crèches privées ?
04 avril 2024Dans une chronique publiée mardi dernier, le professeur émérite des Mines Armand Hatchuel encourage les entreprises de crèches du secteur privé à se tourner vers le statut d’entreprise à mission. Il décrit le mode de fonctionnement de ces entreprises qui détiennent environ 20% des places et ont réalisé l’essentiel de la croissance du secteur : la réservation de berceaux pour les entreprises et organismes, des financements publics, de larges réseaux de crèches souvent associatives et des « actionnaires (qui) ne reçoivent pas de dividendes et misent sur la croissance du secteur pour valoriser leurs titres. » Et en fait la critique : les entreprises bénéficiant de financements publics, on leur demande de mieux justifier leurs coûts et marges et on soupçonne que leur rentabilité repose sur des conditions de travail dégradées. Pour sortir de ce piège et restaurer la confiance, il estime qu’il faudrait d’abord « une gouvernance propre aux valeurs du métier ». Il cite ces entreprises qui ont déjà adopté la qualité de « société à mission » qui « engage les actionnaires sur ces valeurs, impose un comité de mission, la publication régulière d’un rapport de mission et un audit indépendant ». Pour Armand Hatchuel, cette option améliorerait l’attractivité et la transparence du secteur. Il suggère également que soient étudiées les limites des contrôles externes, qui pourraient « être complétés par des dispositifs d’échange au niveau local, entre des personnels de crèches venant d’institutions différentes ». Enfin, le professeur estime que la tarification (dont la complexité pèse sur toute la profession) serait à revoir, pour que le gouvernement puisse honorer sa promesse de 200 000 places d’ici 2030, mais « sans préjuger des conclusions de la commission d’enquête, il serait surprenant, face à un tel effort national, de se passer d’un secteur privé ainsi rénové. »