« La retraite, c’est la mort du p’tit ch’val ! »
Par Françoise Näser
Assistante maternelle, auteur
Simone, ce qu’elle a envie de dire à nos jeunes collègues nouvellement assistantes maternelles, débutantes dans notre beau métier, c’est « qu’elles ne vont avoir que de la joie, si elles aiment vraiment les enfants, que c’est un métier formidable ! ». Simone, nous ne parlerons pas de son âge ! C’est tout juste si nous évoquerons délicatement ses quelque 70 printemps, dépassés depuis bien longtemps : pourtant, rien ne l’arrêterait, rien ne l’obligerait à prendre sa retraite, si ce n’est ce déménagement prévu dans quelque temps. Une vie sans enfants, Simone ne peut tout simplement pas se l’imaginer. A la Pmi, la puéricultrice qui la connaît bien, sait qu’elle ne peut pas se passer de la présence des enfants et envisageait son renouvellement d’agrément en 2019 sans problème, lui confirmant même « Ce n’est pas une question d’âge ! » Non, ce serait plutôt une question de passion de son métier. Parce que les enfants, c’est la vie ! Son médecin de famille a même posé un diagnostic anticipé un peu inquiétant : « tu verras le jour où tu vas lâcher, la tête ne va plus marcher ! », et comme la tête de Simone marche très bien, c’est qu’elle veut encore continuer ce métier aussi longtemps que possible. Non seulement la tête marche très bien mais Simone bénéficie d’une santé remarquable, et avoue ne s’être jamais arrêtée en 22 ans d’activité afin de « ne pas mettre les parents dans le pétrin ! » Simone est aussi très conciliante, ne reproche jamais aux parents leurs éventuels retards, les sachant sur la route où tout peut arriver. Et puis, elle est si contente de les avoir, « ses petits », qu’elle n’est jamais pressée de terminer sa journée !
Simone, c’est un peu la nounou dont rêvent tous les parents pour leurs enfants, une mamie bienveillante qui fait un peu partie de la famille. Son mari, depuis de nombreuses années à la maison, partage, lui aussi, son amour des enfants : à eux deux, ils ont un nombre impressionnant d’enfants, de petits-enfants et d’arrière petits-enfants, mais avouent avec un brin de culpabilité qu’il est parfois plus difficile de créer du lien avec des petits élevés au loin, qu’on ne voit au mieux que deux à trois fois par an, qu’avec ceux qu’on voit tous les jours et dont on partage l’intimité durant des mois, voire des années. Simone se souvient ainsi de « ses jumeaux », âgés aujourd’hui de 17 ans, qu’elle accueillait 2 semaines par mois, jours et nuits, durant des années, alors que leurs parents étaient tous les deux pris au loin par leur travail. Le contact intime créé avec ces enfants-là, cette famille, avec laquelle elle fêtait le réveillon de Noël, et avec laquelle elle a gardé un lien indélébile, ce contact lui fait dire qu’elle aurait vraiment aimé pouvoir continuer ce métier encore longtemps pour pouvoir revivre pareilles expériences. Mais ajoute-t-elle avec pudeur et un brin de coquetterie « je suis un peu vieillotte, quand même ! » et c’est pourquoi elle a commencé dès 2016 à anticiper, bon gré, mal gré, l’arrêt de son activité en diminuant progressivement le nombre d’enfants accueillis de 4 à 1 actuellement. Elle a donc dû refuser avec tristesse le bébé d’une voisine qui souhaitait le lui confier car elle savait qu’elle ne pourrait l’emmener jusqu’à l’école et serait obligée de « l’abandonner » en cours de route.
Si beaucoup de salariés attendent avec impatience l’heure de la retraite, synonyme de farniente, de voyages et de temps libre, ce n’est vraiment pas le cas de Simone. Et si un grand nombre d’assistantes maternelles s’inquiète à juste titre de ne pas pouvoir vivre des quelques centaines d’Euros qui leur seront allouées, ce n’est pas non plus le cas de Simone. Celle-ci a commencé tard à accueillir des enfants et a eu une vie professionnelle antérieure bien remplie, ce qui lui a permis dès l’âge de 65 ans de toucher une partie de sa retraite, tout en continuant à travailler. Simone a aussi des convictions, et veut défendre l’accueil individuel, n’hésitant pas à aller protester avec ses autres collègues auprès du maire de sa commune contre l’ouverture d’une MAM qui aurait mis tout le monde au chômage dans sa commune : le chômage, elle ne l’a jamais connu, travaillant par le bouche à l’oreille, accueillant les bébés d’amis d’anciens parents-employeurs. Et même lorsque ce sont de nouveaux parents qui trouvent par hasard son nom sur la liste de la Pmi et qu’elle les prévient de son âge, aucun ne semble s’en inquiéter. C’est sans doute parce que sa douceur et son amour des enfants transparaît dans chacune de ses paroles. Sa grande maison, spacieuse et pleine de jouets, le joyeux remue-ménage créé par la présence des tout-petits, son jardin aménagé de nombreux jeux d’extérieur, les porteurs et les vélos dans l’impasse, tout est fait pour rassurer de jeunes parents à la recherche de la nounou idéale. Avec nostalgie, elle aime regarder avec son mari les photos des petits qu’ils ont accueillis et parfois c’est même lui qui se souvient de l’une ou l’autre anecdote. Le futur déménagement est attendu avec impatience et tristesse en même temps, et cette retraite tant redoutée lui inspire de la crainte. Parce que pour Simone, tout simplement, « la retraite, c’est la mort du p’tit ch’val ! »
Françoise Näser
PUBLIÉ LE 01 mars 2018
MIS À JOUR LE 04 avril 2018