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6 idées reçues sur l’approche Snoezelen

La démarche Snoezelen suscite de plus en plus d’intérêt chez les professionnels de la petite enfance. Pour autant, elle est souvent dévoyée, par manque de connaissances et de compréhension. Non, Snoezelen ce n’est pas un « décor » ni un « petit coin » où les enfants se relaxent. Tour d’horizon de quelques idées reçues avec Sidonie Fillion, psychomotricienne, formatrice et co-autrice du livre « Accompagner le développement sensoriel et affectif du jeune enfant » (Dunod).

1. Snoezelen, ce n’est pas un atelier sensoriel ou une activité éducative.

VRAI. Dans certaines crèches et micro-crèches, l’approche Snoezelen est confondue avec un atelier d’éveil sensoriel : on propose plusieurs objets, on incite à les toucher, à regarder, à écouter, avec l’idée de stimuler le développement du tout-petit. C’est une erreur. Snoezelen n’est ni une activité ni une pédagogie. C’est un moment de relation partagée, hors des logiques de performance ou d’apprentissage. Il n’y a pas de but à atteindre et encore moins de grilles d’observation à remplir après chaque séance.

2. Dans un espace Snoezelen, l’adulte doit guider l’exploration des enfants.

FAUX. Dans cette approche, l’adulte n’anime pas : il crée un cadre sensoriel et relationnel où l’enfant choisit librement ce qu’il explore. C’est l’aménagement de l’espace qui permet aux enfants de se diriger spontanément vers certains éléments… ou de ne rien explorer du tout. L’adulte ne dirige pas la séance, ne guide pas les enfants, n’attire pas leur attention sur certains objets ou ne les encourage pas à réaliser des actions. Non, l’adulte observe et s’ajuste, sans orienter ni imposer. Il laisse l’enfant explorer à son rythme, sans attente ni objectif.
Prenons un exemple : un coussin vibrant est simplement placé dans la pièce. L’adulte s’assoit calmement, laisse l’enfant venir ou non. Il observe comment il l’explore (le pose sur sa tête, s’assoit dessus, le touche du bout des doigts) sans chercher à en orienter l’usage. L’adulte respecte l’affordance de l’objet, c’est-à-dire la manière dont l’enfant s’en saisit et l’utilise, sans rediriger son geste ni proposer le « bon usage ».

3. Plus on met d’objets, plus l’espace est stimulant et riche.

FAUX. Un espace Snoezelen efficace n’est pas un espace visuellement riche, rempli de lumières, de textures et d’objets à manipuler. Snoezelen, c’est au contraire un environnement épuré, où la sélection des stimulations sensorielles est essentielle. La première question à se poser est « Quels types de sensations souhaite-t-on retrouver dans cet espace ? ». Trop d’objets, surtout lumineux, entraînent un trop-plein sensoriel au lieu de permettre un recentrage. L’enfant a surtout besoin de stimulations, qui l’aident à sentir son corps et ses limites (comme le tactile, le lourd, le vibratoire, le proprioceptif et le vestibulaire). Le visuel et le lumineux, omniprésents dans l’environnement de l’enfant, ne sont pas prioritaires. Et pourtant, sur les réseaux sociaux, on voit parfois des images qui montrent des espaces avec de multiples propositions, toujours très esthétiques pour l’adulte, mais pas forcément adaptés aux besoins de l’enfant.

4. Snoezelen nécessite du matériel spécifique et coûteux

 FAUX et VRAI. Beaucoup de structures pensent que sans un budget conséquent, elles ne peuvent pas mettre en place un projet Snoezelen. Or, le matériel n’est pas au cœur de l’approche : ce qui compte avant tout, c’est l’atmosphère créée et la posture de l’adulte. La colonne à bulles n’est pas l’essence de Snoezelen. Elle peut être un outil, mais elle n’est ni obligatoire, ni prioritaire.
En réalité, seules trois catégories d’objets, correspondant à des dépenses, suffisent pour construire une expérience Snoezelen adaptée à la petite enfance. Un projecteur d’ambiance qui permet de créer un environnement enveloppant et visuellement apaisant. Pas besoin d’un matériel sophistiqué : un simple projecteur qui diffuse des couleurs douces et lentes suffit. Une petite enceinte est nécessaire pour diffuser une ambiance sonore douce (musique, sons naturels, bruits blancs).
Enfin, la présence d’un ou plusieurs objets vibratoires est indispensable. Les coussins ou masseurs vibrants offrent une stimulation proprioceptive et tactile, essentielle au développement sensoriel des jeunes enfants. Ces objets doivent être achetés, car la qualité de la vibration est centrale. Tout le reste peut être fabriqué ou récupéré. Par exemple, les petits objets lourds d’environ 1 à 1,5 kg peuvent être fabriqués par l’équipe. Le fait de soulever ou de manipuler un objet un peu lourd permet aux enfants de sentir leur corps, de jouer avec les appuis et les positions.

5. Snoezelen, c’est formidable pour calmer les enfants

FAUX. Les photos et vidéos d’espaces Snoezelen montrent souvent des ambiances calmes : lumières douces, musique lente, enfants installés tranquillement. Cela donne l’impression que l’objectif est la relaxation. Les réseaux sociaux amplifient cette image, en présentant Snoezelen comme un espace « zen » ou « reposant ». Et pourtant, ce n’est pas du tout le cas.
Snoezelen n’est pas un espace pour « calmer » les enfants. Il ne s’agit pas d’une séance de relaxation guidée ou de gestion du stress. Un jeune enfant n’a pas la maturité neurologique pour pratiquer un relâchement musculaire et psychique volontaire, comme le ferait un adulte. Snoezelen est avant tout un temps d’expérience sensorielle et relationnelle. Le calme peut être une conséquence, jamais un but. Une séance peut être calme ou pleine de mouvements, et, dans les deux cas, elle est réussie si elle respecte le rythme et les besoins de l’enfant. C’est l’ambiance et la qualité des échanges et de la relation qui permettent une sécrétion d’ocytocine et de sérotonine, hormone du bien-être. Ce qui compte, c’est l’expérience vécue.

6. Snoezelen, ça ne s’improvise pas !

VRAI. Il ne suffit pas d’acheter du matériel ou d’installer un coin Snoezelen pour pouvoir l’utiliser immédiatement. Parfois, la mise en place se fait sans préparation : une professionnelle décide ponctuellement d’emmener quelques enfants dans cet espace, sans véritablement en comprendre le sens et finalement abandonne rapidement. La démarche Snoezelen ne s’improvise pas : elle repose sur des principes précis et sur une posture professionnelle spécifique (observation, respect du rythme, absence d’objectifs, liberté de choix).
Pour que la pratique soit pertinente et durable, il est essentiel de former les équipes. D’autant plus que Snoezelen s’entend sur la durée, cela ne peut pas être un atelier unique ou deux fois par an. Il doit trouver sa place dans le planning et dans le fonctionnement général de la structure, de manière à ne pas être vécu comme une contrainte. La démarche doit ainsi s’inscrire dans une réflexion collective en lien avec le projet pédagogique. Cela implique de définir un cadre (fréquence, modalités, nombre d’enfants, espace utilisé), de prévoir la logistique (personnel disponible, aménagement de l’espace, gestion du matériel) et de donner du sens au projet.

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Candice Satara

PUBLIÉ LE 20 août 2025

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