En semi-plein air, la crèche du Petit-Cîteaux fait tomber les barrières sociales
Au cœur du quartier du Petit-Cîteaux à Dijon, la crèche du même nom a opéré ces dernières années une belle métamorphose. Sous l’impulsion de l’équipe de professionnels, avec la grande implication des parents et le soutien de la municipalité, ce multi-accueil citadin est devenu une « crèche du dehors », qui accueille les enfants en semi-plein air dans un écrin de verdure pour leur plus grand bonheur. Un engagement fort dont les qualités attirent désormais les familles dijonnaises bien au-delà des frontières de ce quartier populaire.
A Dijon, la crèche du Petit-Cîteaux est installée dans une co-propriété, au rez-de-chaussée d’une résidence, dans ce petit quartier populaire du centre-ville. Un espace de plain-pied pouvant accueillir 20 enfants, donne sur deux cours arborées ceintes de murs, et sur le grand parc du collège et lycée privé Saint-Joseph-La Salle. « Lorsqu’on arrive à la crèche, on n’imagine pas qu’il puisse y avoir au cœur de la ville, cet espace de verdure. C’est comme si nous étions dans un parc, c’est très agréable », décrit Claire Poulet-Saconnet, éducatrice de jeunes enfants et directrice de la crèche depuis 6 ans. Un beau potentiel pourtant jusqu’ici mal exploité puisque seule une des deux cours était réellement utilisée par les enfants, « la deuxième était en friche et ne servait à rien », se souvient la directrice.
Un projet de réaménagement participatif
Lorsque Claire Poulet-Saconnet a repris la direction de la structure, toute l’équipe avait cette volonté d’investir davantage l’extérieur et de passer plus de temps dehors. « Et puis il y a eu le Covid qui, loin de nous freiner, nous a confortées dans cette idée qu’il fallait que nous passions le plus de temps possible dehors », explique-t-elle. A la réouverture de la crèche en mai 2020, l’équipe a donc commencé par accueillir les enfants à l’extérieur, puis passer toute la journée dehors…
Dès lors cet engagement a été placé au cœur du projet d’établissement de la crèche du Petit-Cîteaux, avec l’envie d’aller encore plus loin dans la démarche. Claire Poulet-Saconnet se souvient : « Nous avons rapidement organisé un café participatif auquel nous avons invité tous les parents, les partenaires, la Caf, la Ville, le Département, à réfléchir avec nous au réaménagement des cours de la crèche. Et les parents, très impliqués se sont emparés du projet, sous la houlette d’une maman architecte qui a pu concrétiser nos idées ». L’objectif ? Réinvestir les cours afin que les enfants puissent passer la journée dehors, y dormir pour la sieste. Les toilettes et l’espace de change resteraient à l’intérieur.
Un merveilleux jardin à explorer
Les espaces extérieurs ont été réaménagées à partir de l’existant. Dans un premier temps, il a fallu défricher, nettoyer et assainir la cour inexploitée, avant de dessiner des espaces en îlots dédiés à différentes activités. Une piste cyclable et sensorielle à parcourir en draisienne, des carrés potagers, de gros buissons, des espaces enherbés et d’autres caillouteux ont été mis en place. Mais également des recoins où se cacher, un monticule de terre à escalader, un toboggan, des branchages pour accueillir les insectes. Des fleurs mellifères ont été semées, et les arbustes et buissons ont été taillés pour que les enfants puissent aller absolument partout… Désormais des pergolas végétalisées offrent des zones ombragées et limitent les vis-à-vis avec les logements environnants.
« Pour la sieste, un espace protégé de l’humidité avec un sol en dur, des tatamis et une voile d’ombrage a été aménagé. Les enfants y dorment très bien sous leurs petites couvertures, car les bruits de la ville nous parviennent étouffés », précise la directrice. Les travaux ont été achevés en novembre 2024 et inaugurés en grande pompe en juin dernier, par Nathalie Koenders, maire de la ville.
Apaiser les craintes et gagner la confiance des partenaires
Au fil du projet, certains parents et partenaires semblaient assez méfiants, pas tout à fait convaincus du bien-fondé de la démarche de la crèche, un peu extrême à leurs yeux. « Quand on ne connait pas on a peur ! », rappelle Claire Poulet-Saconnet. La PMI s’inquiétait pour la santé et la sécurité des enfants ; les services de la ville, qui connaissent mal la petite enfance, se questionnaient sur l’aménagement demandé ; certains parents habitués à vivre en appartement appréhendaient cette vie à l’extérieur… La Direction petite enfance s’est en revanche toujours montrée très enthousiaste et partie prenante du projet.
Avec patience et pédagogie, en organisant un second café participatif et en faisant témoigner des parents convaincus, l’équipe a su expliquer, s’appuyant sur son expérience et celles des pays du Nord, que vivre dehors favorise l’autonomie et la confiance en soi, le développement du langage et de la curiosité, et renforce les défenses immunitaires. « Et ce n’est pas plus dangereux que de vivre à l’intérieur de la crèche, il n’y a pas plus d’accidents, assure la directrice. Depuis que nous vivons ce projet pédagogique, seules deux familles de bébés ont renoncé, jugeant que la proposition était moins adaptée à leurs tout-petits. Deux autres, réticentes se sont en revanche laissées convaincre ».
Vertus de la crèche du dehors
Les professionnelles l’ont observé, vivre au jardin favorise le jeu libre et l’expérimentation dans un cadre ouvert et protecteur. « Il n’y a pas de bac à sable mais la nature stimule beaucoup l’imagination ! ». Parfois même, les professionnelles ne sortent rien et font confiance aux enfants qui ne s’ennuient pas et trouvent toujours des choses à faire. « Des choses auxquelles nous n’aurions pas pensé et m’émerveillent encore chaque jour», avoue la directrice. Les enfants vont davantage vers les autres, sont plus à l’aise au niveau moteur, se sentent plus libres d’aller à leur rythme mais se montrent également plus prudents. Comme il n’y a « pas de mauvais temps, que des mauvais vêtements », les familles ont été sollicitées pour fournir une paire de bottes, la crèche s’est quant à elle équipée en combinaisons et capes de pluie. « Alors, quand de grosses flaques se forment dans la cour, on équipe les enfants, on sort les seaux et les pelles et les enfants s’en donnent à cœur joie, raconte Claire Poulet-Saconnet dans un sourire. Depuis que nous vivons dehors, nous n’avons plus d’épidémies au point de fermer un service, constate la directrice. Les enfants renforcent leur immunité, c’est certain ! ».
Et ces bénéfices très concrets, les parents les constatent également et s’en réjouissent. Thibaud et Roxane sont les parents de Nora, 2 ans. « Chaque jour, notre fille est la première sortie et la dernière rentrée ! Nous avons pu nous rendre compte qu’elle aimait vraiment plus que tout être en extérieur, ce que nous n’avions pas encore remarqué avec cette intensité car nous vivons en appartement. Nous constatons que sa motricité s’est très fortement développée au point qu’elle escalade des échelles verticales pour adultes aujourd’hui ! Sa santé s’en trouve aussi améliorée. On pourrait croire que passer du temps en extérieur, notamment en automne et en hiver, la fragiliserait. Bien au contraire, elle a passé une année presque sans souci de santé. Pour comparaison, elle était dans une crèche sans extérieur pendant sa première année et a passé chaque semaine de l’hiver avec une nouvelle maladie (bronchite, rhume, roséole…). L’espace plus confiné et donc plus chauffé était favorable à la dispersion des maladies… »
De nouveaux projets à vivre à l’extérieur
Depuis le réaménagement des cours, les professionnelles ont mis en place de nouveaux projets. Une intervenante du jardin botanique de l’Arquebuse vient régulièrement proposer des ateliers aux enfants, afin qu’ils s’approprient et découvrent la nature qui les entoure ; les sensibilise à la biodiversité et au respect de la faune et de la flore. « Ensemble, ils apprennent à respecter les fleurs, à froisser des feuilles de menthe dans leurs mains, à observer les petites bêtes, fourmis et gendarmes, s’intéressent aux hérissons, aux écureuils, aux chats ou au pic-vert de passage… », énumère la directrice, enthousiaste. La crèche accueille également des intervenants en lecture (avec l’association Lire et faire lire) ou en musique qui s’installent bien-sûr dans la cour si le temps le permet. Un joli partenariat a également été tissé avec l’EHPAD voisin, dont les résidents viennent au printemps pour jardiner et se promener, tandis que les enfants leur rendent visite pendant l’hiver.
La crèche du dehors favorise une plus grande mixité sociale
Depuis qu’il a été mis en place, le projet pédagogique de la crèche attire de nombreuses familles de tous les quartiers de Dijon, bien au-delà des frontières de son secteur. Bien que le Petit-Cîteaux soit un quartier modeste, qui compte nombre certain de logements sociaux, la crèche accueille des familles venant de quartiers plus favorisés dans une mixité sociale qu’il aurait été difficile de construire autrement. « Le Petit-Cîteaux est un quartier très populaire avec beaucoup de familles monoparentales, de familles suivies par l’Ase ou sous le coup de mesures judiciaires, un quartier qui accueille des réfugiés et des sans-papiers, confirme la directrice. Mais par le bouche-à-oreille, notre projet de crèche du dehors attire les familles. » Par la vie de la structure, les fêtes et goûters organisés par, des liens parviennent même à se tisser entre ces familles, réunies autour d’un même intérêt, celui de la qualité de vie et d’accueil de leur enfant. « Et cela se passe très bien, les familles ont plaisir à se retrouver et échangent vraiment entre elles ! Cela fait une photographie de la société qui est plutôt positive, se réjouit Claire Poulet-Saconnet.
Pour Thibaud et Roxane, les parents de Nora, c’est une véritable richesse : « Avant d’inscrire ma fille à la crèche nous avions été informés de l’aspect « mixité sociale », le quartier du Petit-Cîteaux nous était connu et les clichés associés nous étaient parvenus aussi. Nous n’en avons pas tenu compte, ce n’est pas dans notre façon de voir les choses. Nous sommes très heureux que Nora puisse rencontrer d’autres enfants, quelle que soit leur origine sociale, c’est un plus à nos yeux. Pour autant nous ne constatons pas cette mixité, elle est bien présente mais elle n’influe pas sur le vécu de Nora à la crèche ».
Un engagement qui renforce la posture professionnelle
S’engager dans un tel projet pédagogique nécessite « l’adhésion de toute l’équipe », et Claire Poulet-Saconnet insiste sur ce point. A la crèche du Petit-Cîteaux, elles sont au nombre de 7 à temps plein : aux côtés de la directrice, une éducatrice de jeunes enfants sur le terrain, trois auxiliaires de puériculture, une CAP Aepe et un agent. Les deux dernières arrivées ont postulé à la crèche tout particulièrement pour vivre ce projet.
En retour de ce fort investissement, la directrice constate une véritable dynamique qui renforce la confiance en soi et la posture professionnelle de chacune. « Au dehors, les pros sont bien plus dans l’observation, disponibles et attentives aux enfants, qu’enfermées dans une salle les unes sur les autres. Et j’ai le sentiment que les parents nous considèrent davantage comme des professionnelles de la petite enfance. Tout cela nous a apporté une incroyable cohésion d’équipe et fait autant de bien aux pros qu’aux enfants ! », assure-t-elle.
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 16 septembre 2025