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Une micro-crèche inclusive ouvre ses portes à Reims

À Reims, une nouvelle micro-crèche pas comme les autres a ouvert ses portes début septembre. Le Jardin de Tal, fondé par Hasna Guehrar, accueille à la fois des enfants en situation de handicap et des enfants dits « neurotypiques ». Une initiative née d’une histoire personnelle et d’un constat : l’inclusion des tout-petits reste encore trop rare.

Certains projets viennent des tripes, et celui-là en fait partie. « Je suis maman d’une enfant polyhandicapée. C’est mon histoire, c’est mon vécu », raconte Hasna Guehrar. Pendant les premières années de vie de sa fille Talia, la jeune maman a connu les hôpitaux, l’absence de solutions de garde, et la difficulté de concilier vie professionnelle et parentalité. « Je ne voulais pas que d’autres parents vivent ces difficultés liées à l’inclusion », résume la Rémoise.
Ancienne chargée d’affaires dans le tertiaire, Hasna Guehrar n’avait aucune expérience dans la petite enfance ou le médico-social. Mais elle a su mettre ses compétences en gestion de projet au service de ce qu’elle appelle un « besoin vital » : créer un lieu d’accueil qui rassemble enfants, parents et professionnels autour de la différence.

Une micro-crèche pensée pour tous

Le Jardin de Tal accueille aujourd’hui huit enfants, dont la moitié en situation de handicap. Une proportion voulue par la fondatrice pour préserver l’équilibre et permettre à chacun de trouver sa place. Les enfants accueillis ont entre 0 et 3 ans, mais la structure s’ouvre jusqu’à 6 ans pour les enfants handicapés, afin de répondre aux besoins spécifiques des familles.
Les locaux comprennent notamment une salle de motricité adaptée, et un espace Snoezelen, pensé pour apaiser et stimuler les sens. « Tous les enfants adorent, c’est un moment de bien-être que nous proposons souvent avant le repas », explique Hasna Guehrar. Les activités privilégient la motricité et le sensoriel, sans jamais imposer la participation. L’équipe a été constituée avec soin : une éducatrice de jeunes enfants formée au handicap, et des professionnelles de la petite enfance ayant déjà travaillé comme AESH en milieu scolaire, et une psychomotricienne qui intervient chaque semaine.

Soutenir les parents autant que les enfants

Mais le projet ne se limite pas à l’accueil des enfants. « On parle beaucoup des enfants, mais on oublie le soutien à la parentalité », insiste la fondatrice. Le Jardin de Tal accompagne ainsi les familles dans leurs démarches administratives, parfois jusque chez elles, et travaille en lien étroit avec le CHU, le CAMSP ou encore les CESAD.
« J’ai l’exemple d’une maman qui vit très mal la séparation avec son bébé depuis la naissance. On a mis en place un suivi spécifique avec les équipes médicales pour l’accompagner », détaille Hasna Guehrar. Une approche globale qui fait la force du projet : « On a tous un objectif commun : le développement de l’enfant et le soutien aux parents. On fait notre PAI (projet d’accueil individualisé) tous ensemble, et non chacun de notre côté.»

Un projet semé d’embûches, mais porteur d’espoir

Pour réussir à ouvrir sa micro-crèche inclusive, Hasna Guehrar a dû surmonter de nombreuses difficultés. « C’est un projet différent, ça ne rentre pas dans les cases et puis le mot handicap fait peur », confie la fondatrice. Aujourd’hui, Le Jardin de Tal est porté juridiquement par une SARL, avec le soutien de la Caf et de la MSA. Lors de l’inauguration, la présidente de la Caf de la Meuse a salué l’initiative et exprimé le souhait de la voir essaimer dans la région.
Car ce type de structure reste rare. « Il y a peu de lieux qui accueillent à la fois les enfants en situation de handicap et les enfants ordinaires. Pourtant, pour moi, c’est ça la véritable inclusion », souffle Hasna Guehrar. La jeune femme pense déjà à l’avenir. Son souhait : développer d’autres micro-crèches, pourquoi pas spécialisées par type de handicap, pour simplifier l’accompagnement des enfants et le travail des professionnels. Elle rêve aussi d’accompagner les structures existantes qui souhaitent ouvrir leurs portes aux enfants en situation de handicap.

Raphaëlle Orenbuch

PUBLIÉ LE 19 septembre 2025

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