Que mangent réellement les tout-petits ?
Le Secteur Français des Aliments de l’Enfance (SFAE) vient de dévoiler les derniers résultats du volet Consommation & Nutrition de son étude Nutribébé menée auprès de plus de 1 000 enfants de 15 jours à 3 ans. L’étude dresse un constat nuancé de l’alimentation des jeunes enfants en France. Si certaines pratiques s’améliorent, de nombreux écarts persistent entre les recommandations nutritionnelles et les habitudes des familles
Les résultats révèlent que les apports des tout-petits ne répondent pas toujours aux besoins spécifiques de leur âge. On observe un déséquilibre fréquent : trop de protéines et de sucres, pas assez de lipides, et parfois une introduction trop précoce d’aliments destinés aux adultes. Ces écarts peuvent avoir un impact sur la croissance et la santé à long terme.
Diversification alimentaire : du retard
L’âge moyen de diversification atteint 5,9 mois contre 5,4 mois en 2013, ce qui reste légèrement tardif par rapport à la fenêtre recommandée (4 à 6 mois). Environ 10 % des enfants sont encore diversifiés trop tard, ce qui peut limiter l’acceptation de certains aliments à long terme.
Apports en matières grasses insuffisants
Plus de 66 % des enfants de 6 mois à 3 ans reçoivent moins de lipides que les recommandations européennes. Seulement 5 % des parents ajoutent des matières grasses dans les plats de leurs enfants, alors qu’elles sont essentielles au développement neurologique et sensoriel. Le SFAE rappelle qu’entre 6 mois et 1 an, 40 à 50 % de l’énergie doit provenir des graisses et 35% à 40% après 1 an.
Un arrêt prématuré du lait infantile
Si la durée d’allaitement augmente légèrement, le recours au lait de vache intervient trop tôt : 10 % des enfants de 10-11 mois n’en consomment plus, et près de 50 % après 2 ans. Ce remplacement prématuré favorise des carences en fer et en acides gras essentiels. Les experts recommandent de maintenir un lait infantile jusqu’à l’âge de 3 ans.
Sucres : des progrès, mais encore des excès
La consommation de boissons sucrées et de sucreries chez les moins d’un an a légèrement reculé depuis 2013. Cependant, au-delà d’un an, de nombreux enfants continuent d’en consommer trop fréquemment, souvent sous forme de biscuits ou desserts sucrés, en contradiction avec les recommandations du PNNS (limiter les produits sucrés avant 3 ans).
Le Dr Brancato , pédiatre experte en nutrition infantile souligne :« Entre donner un biscuit sec pour que bébé mâchouille et consommer 40 g de biscuits par jour, il y a un pas qui a été sauté. »
Le fait-maison : une amélioration encourageante, mais à encadrer
Le fait-maison progresse (+7 % pour les plats cuisinés, +12 % pour les purées), signe d’une implication croissante des parents. Toutefois, certaines erreurs persistent : hausse des frites maison (+6 %) et baisse des légumes cuisinés (-4 %). Les experts rappellent quelques règles essentielles :
• pas de sel ajouté
• ajout systématique d’huiles végétales crues
• cuisson douce (vapeur)
• variété des aliments et textures
Le Dr Brancato rappelle :« Le bon fait-maison, ce sont des produits choisis, un mode de cuisson adapté à l’âge et surtout le respect des proportions. C’est aux parents d’adapter leur cuisine et pas à l’enfant de s’adapter à ce que les parents mangent. »
Les aliments infantiles : une alternative sûre et pratique ?
Selon cette enquête, les produits industriels destinés aux jeunes enfants (petits pots, plats préparés, laits, compotes, etc.) constituent une option sûre grâce à une réglementation européenne stricte. Leur composition est ajustée aux besoins nutritionnels des 0-3 ans, avec moins de sel, de sucres et de protéines. Ces aliments permettent aussi de diversifier les goûts et de garantir la sécurité sanitaire, notamment pour les familles au rythme soutenu.
Mais ce tableau rassurant ne fait pas l’unanimité. Le magazine 60 Millions de consommateurs a récemment tiré la sonnette d’alarme sur ces produits souvent ultra-transformés, estimant qu’ils ne sont pas toujours aussi vertueux qu’ils le paraissent. Derrière les promesses de praticité et de sécurité, certains contiendraient encore trop d’ingrédients industriels, questionnant leur vraie valeur nutritionnelle face aux repas faits maison. Ils sont en effet pointés du doigt par plusieurs travaux scientifiques pour accroitre le risque de prise de poids, de caries dentaires, d’obésité infantile ou de troubles cardio-métaboliques, comme le diabète de type 2.
Source : Secteur Français des Aliments de l’Enfance (SFAE), en collaboration avec IPSOS et le CREDOC, Étude Nutri-Bébé 2022 – Pratiques alimentaires et apports nutritionnels des bébés français de moins de 3 ans.
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 15 octobre 2025