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Grenoble : La recherche-action EGALIS mesure l’impact social des crèches sur les familles

Le  Centre communal d’action sociale (CCAS) de Grenoble et la Mission régionale d’information sur l’exclusion, (MRIE) ont mené une recherche-action pour analyser le rôle social des EAJE auprès des parents. Les premiers résultats révèlent de grandes disparités de perception selon la classe sociale des familles, mais une grande confiance faite aux professionnels.

Depuis 2023, le CCAS de Grenoble porte l’étude EGALIS, une recherche-action menée en coopération avec la MRIE et financée par la CNAF et la CAF de l’Isère, qui vise à analyser le rôle social des EAJE grenoblois dans la réduction des inégalités sociales et le soutien qu’ils apportent aux familles en situation de précarité.

Généralement, les études en sciences sociales portent sur les inégalités d’accès. Étudier ce qui se joue une fois que les familles sont intégrées au lieu d’accueil est une démarche plus inédite. Ici l’étude EGALIS cherche à documenter ce que produit concrètement l’accueil en crèche en matière d’accès aux droits, d’accès aux soins, de sociabilité, d’insertion sociale et professionnelle, et plus largement de sécurisation des trajectoires familiales. « Il s’agit de mieux connaître les publics que l’on accueille, leurs besoins ; et de voir dans quelle mesure l’accueil en crèche va jouer un rôle, bien au-delà d’un simple « mode de garde » notamment envers les familles les plus précaires », précise Joséphine Crouzet, responsable de la Mission Observation Sociale du CCAS qui mène le projet.  

Grenoble un territoire ciblé, engagé contre les inégalités sociales 

Et le choix de Grenoble n’a pas été fait par hasard. La ville compte 27 EAJE municipaux (1 250 berceaux) qui accueillent une proportion importante d’enfants vivant en situation de précarité. Dans la métropole, 40 % des enfants de moins de trois ans vivent sous le seuil de bas revenus. La Ville de Grenoble et le CCAS – en charge de l’accueil du jeune enfant – sont donc engagés de longue date dans la lutte contre les inégalités, et ont toujours été proactifs sur ces sujets. C’est donc pour mieux connaître les familles accueillies et comprendre les effets de ses politiques publiques en faveur des populations les plus précaires que le CCAS a mis en place, depuis quelques années, une Mission d’observation sociale – avec un poste dédié – qui porte aujourd’hui cette étude. « En étudiant les 2500 enfants et leurs familles qui passent chaque année dans nos crèches, on peut se targuer d’avoir un véritable observatoire social de la petite enfance à l’échelle du territoire », se réjouit Joséphine Crouzet. 

Une importante cohorte et une méthodologie très technique 

En 2023, une importante cohorte a donc été constituée pour la recherche-action EGALIS. Un panel de personnes est invité à répondre de manière régulière à une enquête, ici les parents de 650 enfants entrés dans l’un des EAJE de Grenoble en 2023. Un questionnaire auto-administré, travaillé avec des professionnels, testé auprès d’un panel de parents et traduit en plusieurs langues leur a été adressé par SMS, par email et par courrier. Les familles peuvent, si besoin, être recontactées en direct par téléphone « si l’on sent qu’on peine à recueillir la parole de familles plus éloignées et moins à l’aise avec ces outils ». « Nous travaillons étroitement avec la MRIE à qui nous avons confié une partie de l’exploitation de l’étude, car la méthodologie de cohorte est assez technique en termes de précautions méthodologiques », précise Joséphine Crouzet.

Trois vagues de questionnaires sur le long terme 

Trois vagues de questionnaires sont prévues pour suivre la cohorte sur le long terme : une première fin 2023, une seconde fin 2024 et une troisième début 2026. « L’enjeu est de ne pas perdre trop de familles d’un questionnaire à un autre – ce qui est un vrai défi – et de s’assurer un taux assez représentatif de familles à en bas revenus » pour pouvoir analyser des données intéressantes, indique Joséphine Crouzet. Lors de la première vague, les familles ont été interrogées sur ce qu’elles ont vécu avant l’entrée en crèche puis les premiers mois : Comment faisiez-vous avant ? Comment s’est déroulée l’inscription ? Avez-vous été aidés ? Avez-vous eu du mal à rassembler les pièces ?, etc. « On essaie de mesurer la différence d’appropriation et de connaissance du milieu de la crèche, ajoute-t-elle. Ont-ils repéré les professionnels ? Les parents délégués ? La psychologue ? Qu’attendent-ils de la crèche ? ». 

Pour la seconde vague, un an après : qu’est-ce que la crèche a apporté aux familles. La crèche vous a-t-elle aidés dans les démarches administratives ? À être orienté vers des professionnels ou dispositifs du champ de la santé ? À mieux découvrir votre quartier et ses ressources ? À entrer en contact avec d’autres parents ? 

Une troisième vague pour analyser les ruptures de la crèche à l’école 

La troisième vague de questionnaires, lancée en début d’année 2026, intervient à un moment clé du parcours des familles : près de 75 % des enfants de la cohorte sont entrés à l’école maternelle. Cette étape constitue donc une transition majeure, et permet d’étudier « en quoi la crèche a joué un rôle dans les premiers mois à l’école tant pour l’enfant que pour ses parents, notamment s’il y avait des problématiques spécifiques ». Les réponses des familles permettront donc d’analyser la continuité – ou les ruptures – entre la crèche et l’école, ainsi que le rôle joué par les EAJE dans la préparation à la scolarisation et dans la réduction des inégalités sociales dès la petite enfance. En documentant cette étape, l’étude devrait éclairer les conditions dans lesquelles l’accueil en EAJE contribue à sécuriser les trajectoires des enfants et de leurs familles.

Premier constat : les familles n’ont pas la même perception de la crèche en fonction de leur niveau social

Après chaque vague de questionnaires, les résultats ont été restitués et analysés avec les professionnels de la petite enfance, par groupes de travail d’une dizaine de professionnels cadres volontaires. « Nous avons besoin des professionnels de terrain pour comprendre les résultats, sinon on reste un peu hors-sol, justifie Joséphine Crouzet. Lors des deux premières vagues, elle se réjouit d’avoir obtenu des taux de réponses très satisfaisants (42 % et 33 %) et un nombre suffisant de réponses lui permettant de faire des croisements intéressants et d’en dégager des résultats. « En tout, nous avons réussi à toucher près de la moitié des enfants dans notre cohorte ».

À partir des premières réponses obtenues et en agglomérant plusieurs indicateurs (bénéficiaire du RSA, monoparentalité, niveau de diplôme, emploi, logement) les familles ont été regroupées en quatre classes sociales, de très aisées à précaires. L’observation des réponses, au regard de ces différentes classes sociales, révèle que les familles n’ont pas du tout les mêmes attentes et la même perception de la crèche en fonction de leur niveau social, avec des différences très flagrantes. Joséphine Crouzet donne un exemple : « Nous avons demandé aux parents s’ils voyaient la crèche comme un lieu de soutien. 50% des parents en situation de précarité ont répondu « oui ». Contre 10 % des parents d’une classe sociale aisée ». Interrogés sur de nombreuses thématiques, comme l’identification de la psychologue, le repérage de problématiques de santé ou de handicap, les réponses ont permis de confirmer que la crèche pouvait être un vrai lieu de soutien et de repérage de problématiques pour les familles en situation de fragilité socio-économique.

Un autre point essentiel est ressorti de la première analyse des résultats : cet immense lien de confiance créé entre (tous) les parents et les professionnels des EAJE. « C’est quelque chose qui est très difficile à mesurer, mais que nous avons réussi, par cette cohorte, à démontrer », assure Joséphine Crouzet.

« Vous faites bien plus que garder des enfants » 

Les résultats de la troisième vague seront exploités dans les prochains mois et restitués d’ici l’été. Les résultats finaux consolidés devraient être disponibles en septembre après analyse des trois vagues de questionnaires. Mais d’ores et déjà, les premiers résultats de la cohorte participent de la valorisation des professionnels de la petite enfance et donc de l’attractivité des métiers. Joséphine Crouzet en est convaincue : « Cette étude vient leur dire « vous faites bien plus que garder des enfants ! ». « Cette cohorte est particulièrement valorisante, confirme Aurélie Henrion-Gayet, directrice du CCAS de Grenoble. Les professionnels de la petite enfance font beaucoup plus qu’on ne peut le voir. Mais c’est bien de le prouver ! Ils participent pleinement à la lutte contre les inégalités et les déterminismes sociaux ». En outre, « les résultats de chaque vague nous permettent de questionner notre projet éducatif et participent à la qualité d’accueil de nos structures », ajoute-t-elle. Notamment la place des familles dans les  EAJE, la communication…

Des résultats qui permettront également de sensibiliser les partenaires financeurs à ce qui se joue dans l’accueil en EAJE pour mieux identifier les besoins et peut-être… peser sur les politiques publiques. Pour valoriser cette recherche-action et les résultats de la cohorte, le CCAS prévoit d’organiser une journée d’étude en novembre 2026. Elle permettra aussi de présenter d’autres travaux de recherche menés au-delà du territoire. « Dans le cadre de la mise en place du SPPE, cet enjeu de connaître les publics et les besoins est inscrit dans la loi. Et un certain nombre de collectivités se dotent de projets intéressants, comme la ville de Paris. Cette journée d’étude peut donc être l’occasion de convier d’autres observatoires et acteurs du monde de la recherche, et nos partenaires institutionnels parce qu’eux même mènent des projets intéressants dans ce champ-là », ajoute Joséphine Crouzet.   

Un observatoire social de la petite enfance sur le territoire

Un projet qui devrait permettre d’installer dans la durée un véritable observatoire de la petite enfance sur le territoire grenoblois, assuré par la Mission d’Observation Sociale du CCAS. Celui-ci prévoit de pérenniser et de mieux structurer le dispositif déjà en place pour produire des données consolidées sur ces différents champs à long terme et de mener des enquêtes. Cette année, une enquête sur les parents qui sont en liste d’attente pour mieux comprendre quelles sont leurs solutions en attendant d’accéder en crèche ou de trouver un autre mode d’accueil.

Deux nouveaux projets de recherche-action en petite enfance à Grenoble  

Avec la Ville de Grenoble, le CCAS mène également une politique active de liens avec la recherche afin de mesurer, comprendre, mieux accompagner les changements sociétaux, et nourrir ses politiques publiques. C’est dans ce cadre, que Tiphaine Bordron, doctorante à l’EHESS, rattachée au laboratoire du CESP, mène depuis 2024 un projet de thèse en sociologie, sur la même thématique. Recrutée par le CCAS via le dispositif CIFRE, elle travaille pour trois ans sur la prise en charge sociale des enfants dans les EAJE grenoblois.

En septembre 2026, un nouveau projet de recherche-action va démarrer au Babylab de Grenoble (Laboratoire de psychologie et de NeuroCognition). Rattachée au laboratoire, Cindy El Kahya doctorante, bénéficiant d’une convention industrielle de formation par la recherche (CIFRE), va évaluer la question de la formation des professionnels de la petite enfance comme levier favorisant l’émergence de compétences psychosociales chez le jeune enfant. Les professionnels de la petite enfance des EAJE de Grenoble ont été formés aux compétences psychosociales lors de journées pédagogiques au fil de l’année 2025 afin de participer à cette étude.

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 13 février 2026

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Une réponse à “Grenoble : La recherche-action EGALIS mesure l’impact social des crèches sur les familles”

  1. Kumar Raj dit :

    Merci pour cet article très intéressant. Dans notre micro-crèche à Clamart, nous observons également l’importance d’un accompagnement individualisé. Nous partageons régulièrement notre projet pédagogique ici : https://lapetitegrenouille.fr/

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