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Comment les parents se repèrent dans les modes d’accueil du jeune enfant : un impensé des politiques publiques
Comment les parents s’orientent-ils concrètement dans le système d’accueil du jeune enfant ? Comment élaborent-ils le parcours d’accueil de leur enfant au cours des trois premières années de vie ? Tous disposent-ils réellement des mêmes ressources pour comprendre les possibilités qui s’offrent à eux et faire des choix éclairés ? Marion Hajdenberg, consultante en politiques publiques a tenté de répondre à ces questions dans un mémoire de thèse professionnelle intitulée « design d’expérience et capacitation parentale », publié fin 2025. Elle fait le point ici sur ses constats et pistes d’amélioration.
Toutes ces questions sur la façon dont les parents sont informés des modes d’accueil et aidés dans leurs choix restent encore relativement peu explorées dans les politiques publiques de la petite enfance, alors même que celles-ci ont connu ces dernières années des évolutions majeures : reconnaissance de l’importance des premières années de l’enfant avec la stratégie des 1000 premiers jours, attention accrue portée à la qualité de l’accueil dans le prolongement des travaux de l’IGAS, mise en place des guichets uniques d’information et d’orientation, et déploiement progressif du Service public de la petite enfance.
Consultante pendant plus de dix ans en politiques publiques, Marion Hajdenberg a notamment travaillé sur les politiques éducatives et familiales, accompagnant collectivités et acteurs publics dans la conception et l’évolution de leurs dispositifs. « Ces expériences, dit-elle, m’ont progressivement conduite à m’intéresser à une question plus fondamentale : au-delà de la conception des politiques publiques, comment celles-ci sont-elles réellement vécues par les personnes auxquelles elles s’adressent ? Dans le champ de la petite enfance, cette interrogation prend une dimension particulière : face au système d’accueil du jeune enfant, tous les parents ne disposent pas des mêmes ressources pour comprendre les possibilités qui s’offrent à eux et construire le parcours d’accueil de leur enfant ».
Se mettre à la place des parents
Pour approfondir cette réflexion, elle s’est formée aux méthodes du design et des sciences sociales appliquées à l’action publique. « Cette approche propose de déplacer le regard porté sur les politiques de la petite enfance : observer les parcours réels des familles, comprendre les moments de fragilité ou d’incertitude et analyser les points de contact entre parents et institutions. »
Elle a soutenu en 2025 une thèse professionnelle consacrée à l’expérience vécue par les parents dans la recherche d’un mode d’accueil. Et l’enquête menée dans le cadre de ce travail – entretiens avec des parents, observation de parcours d’accueil et analyse des dispositifs existants a mis en lumière un décalage frappant. Elle explique : « alors que les trois premières années de l’enfant font aujourd’hui l’objet d’un consensus scientifique et politique croissant, l’élaboration du parcours d’accueil repose encore largement sur la capacité des parents à comprendre et à naviguer dans un système particulièrement riche mais aussi complexe ».
Trois constats illustrent les difficultés des parents
Premier constat : la recherche d’un mode d’accueil intervient dans un moment de vie particulièrement fragile.
La naissance d’un enfant s’accompagne de nombreux bouleversements personnels, professionnels et familiaux. Dans cette période souvent marquée par la nouveauté, la fatigue, l’incertitude et parfois l’isolement, les parents doivent pourtant engager des démarches complexes pour organiser l’accueil de leur enfant.
Deuxième constat : les représentations collectives jouent un rôle déterminant dans l’élaboration des parcours d’accueil.
Dans l’imaginaire social, la crèche occupe une place centrale et tend à s’imposer comme la solution de référence. Cette représentation masque la diversité des parcours d’accueil possibles et conduit parfois à considérer d’autres solutions comme des choix par défaut, alors même que les trajectoires réelles des familles sont souvent hybrides et évolutives.
Troisième constat : l’expérience des parents dépend largement de leur capacité à comprendre et à naviguer dans le système.
Plus que la nature du parcours d’accueil lui-même, c’est la capacité des parents à comprendre le fonctionnement du système, à accéder à l’information et à agir sur leur parcours qui détermine la qualité de leur expérience. Or ces ressources – informationnelles, sociales ou relationnelles – sont très inégalement réparties. La question de la capacitation parentale apparaît dès lors comme un enjeu central.
Des pistes d’amélioration dans un carnet d’idées
À partir de l’analyse de ces constats, Marion Hajdenberg a élaboré un carnet d’idées afin d’explorer plusieurs pistes d’évolution : transformation des réunions d’information en véritables espaces d’orientation et d’échange, production de supports plus accessibles – notamment en langage facile à lire et à comprendre –, développement de formes d’accompagnement individualisé pour les parents qui en ont besoin, ou encore réflexion autour d’un parcours d’accueil plus lisible sur les trois premières années de l’enfant.
L’auteure de ce mémoire ne veut pas que ses propositions soient perçues comme voulant remettre en cause les efforts engagés par les acteurs publics et les professionnels de la petite enfance. Elle souhaite plutôt à ouvrir un autre angle de réflexion : celui de l’expérience vécue par les parents et de la manière dont celle-ci peut éclairer l’évolution des politiques publiques de la petite enfance.
Catherine Lelièvre
PUBLIÉ LE 20 mars 2026