Maisons d’assistantes maternelles : la délégation d’accueil, toujours un point sensible
La publication du nouveau guide ministériel sur les maisons d’assistants maternels (MAM) était très attendue par les professionnelles. S’il actualise le cadre existant, plusieurs zones d’ombre demeurent notamment autour de la délégation d’accueil. Un dispositif pourtant central dans l’organisation des MAM.
Florence Gousseau est assistante maternelle et secrétaire et coordinatrice de l’ANAMAAF. Engagée sur les questions d’organisation du travail en MAM, elle suit de près les évolutions réglementaires qui concernent le métier. À la lecture du nouveau guide ministériel, elle pointe plusieurs limites concernant la délégation d’accueil. Ce dispositif permet, au sein d’une MAM, qu’une assistante maternelle confie temporairement l’accueil d’un enfant à une collègue, avec l’accord des parents.
Un manque de précision qui entretient les interprétations
Dans les faits, le guide ne change pas fondamentalement le cadre de la délégation d’accueil. Mais il ne clarifie pas non plus certains points qui posent pourtant problème depuis plusieurs années. « Il n’y a pas suffisamment de sécurité pour nous, car l’interprétation des PMI reste très variable d’un département à l’autre, souligne Florence Gousseau. On aurait besoin que ces textes servent vraiment à harmoniser les pratiques. Aujourd’hui, selon les territoires, l’usage de la délégation d’accueil peut être plus ou moins accepté. » Résultat : certaines MAM hésitent à utiliser ce dispositif, de peur que leur organisation soit remise en question lors d’un contrôle.
Un cadre jugé trop rigide
Le guide rappelle clairement une règle : une assistante maternelle ne peut pas accueillir un nombre d’enfants supérieur à celui prévu par son agrément, dans la limite des quatre enfants de moins de trois ans, même dans le cadre d’une délégation d’accueil. Pour les professionnelles, cette règle peut devenir très contraignante dans certaines situations. C’est notamment le cas lorsque l’une des assistantes maternelles part en formation. Dans une MAM, ces absences sont souvent anticipées et limitées dans le temps. « On aurait aimé qu’une souplesse soit possible dans ces cas très ponctuels et prévus », indique la secrétaire et coordinatrice de l’ANAMAAF
Le casse-tête des gros contrats
Autre difficulté soulevée par l’association : la question du temps de travail. Dans une MAM, chaque assistante maternelle doit effectuer les heures prévues dans son contrat avec les parents. Mais lorsque les contrats atteignent ou dépassent les 48 heures hebdomadaires, l’utilisation de la délégation d’accueil devient très compliquée. « Quand une assistante maternelle travaille déjà 50 heures par semaine, on ne voit pas comment elle pourrait récupérer des heures avant ou après pour compenser une délégation », explique Florence Gousseau.
Dans ces situations, la délégation d’accueil devient quasiment impossible à mettre en œuvre, alors même que l’organisation collective des MAM repose en partie sur ce principe. Et sur cette question le guide ne clarifie rien.
Un outil collectif encore insuffisamment accompagné
Enfin, l’association regrette que le guide n’apporte pas davantage d’outils pratiques pour organiser le travail en équipe. Dans les MAM, la délégation d’accueil suppose en effet une organisation collective précise : plannings, répartition des horaires, coordination entre collègues. Pourtant, le guide ne propose ni modèles de planning, ni outils concrets pour accompagner les équipes. « Aujourd’hui, les assistantes maternelles doivent souvent tout construire elles-mêmes. Pourtant, un planning est un des premiers outils de travail quand on fonctionne en équipe », observe Florence Gousseau. Pour l’association, ces outils auraient pu figurer en annexe du guide afin d’aider les équipes à structurer leur organisation.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 23 mars 2026