Sarah El Haïry appelle les maires à placer l’enfance au cœur de leur projet municipal
À l’heure de l’installation des nouvelles équipes municipales, la Haute-commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry lance un appel aux élus locaux : faire de l’enfance un pilier du projet de leur ville. Elle en précise les contours aux Pros de la petite enfance.
Pour Sarah El Haïry les enfants restent encore trop souvent invisibles dans les politiques locales, cantonnés à la seule question scolaire ou à la petite enfance, dans des politiques encore organisées en silos. « La participation des enfants est une exigence démocratique absolue, affirme-t-elle. Aujourd’hui, nous n’avons que 6 % des conseils municipaux qui ont des conseils municipaux des enfants, souligne-t-elle. On prend beaucoup de décisions pour eux, on parle beaucoup pour eux, mais ils sont rarement autour de la table. »
Un élu chargé d’incarner la ville à hauteur d’enfant
La Haute-commissaire à l’Enfance invite les nouvelles équipes municipales à profiter de ce moment de renouvellement démocratique, alors que les délégations sont en train de se structurer, pour remettre la place des enfants au cœur des priorités locales. « Prenons le pli dès le début avec des budgets participatifs, avec des jurys sur les projets urbains (…) qui intègrent les enfants », suggère-t-elle. Cela peut passer notamment par la création d’un « un adjoint chargé d’une ville à hauteur d’enfant. ». Une personne ayant pour mission de « défendre les droits des enfants dans l’ensemble des politiques transversales avec une gouvernance dédiée. »
Le SPPE, un levier pour mobiliser les élus et renforcer l’attractivité des territoires
Sur le Service public de la petite enfance (SPPE), Sarah El Haïry encourage les maires à se saisir pleinement de cette nouvelle compétence et à développer des solutions adaptées qui ont pu être testées par des communes. C’est le moment d’agir, prévient-elle. « Les maires vont commencer à décider aussi les budgets. Je veux leur rappeler que la petite enfance n’est pas une dépense. C’est un des investissements les plus structurants. »
Selon la Haute-commissaire, une dynamique commence à se faire sentir comme en témoigne les chiffres du FNAS qui souligne qu’en 2025, c’est le secteur public qui booste les créations de places en crèche. « Je suis convaincue que c’est l’effet SPPE, avec un peu de retard lié à la prise en main de cette nouvelle compétence. » Pour accompagner ce tournant, un Tour de France du SPPE, avec Élisabeth Laithier, présidente du comité de filière, va être lancé. « Elle a tout mon soutien, ajoute Sarah El Haïry. L’objectif est vraiment d’aller accompagner les territoires les plus éloignés ou les plus en difficulté. »
Parentalité et prévention : un défi pour les communes
Le troisième axe de son message concerne le soutien à la parentalité et aux « parentalités plurielles ». « Aujourd’hui, c’est encore peut-être un des champs sur lesquels on a une énorme opportunité d’amélioration et d’engagement des nouvelles équipes municipales », souligne-t-elle. Elle rappelle que les besoins des familles ont profondément évolué. Et face à ces transformations, les municipalités doivent renforcer leurs dispositifs en direction des familles. La Haute-commissaire insiste notamment sur la nécessité de recréer des lieux ressources accessibles aux familles (comme les Maisons des 1000 jours), capables d’apporter des réponses concrètes en matière d’éducation, de santé ou de soutien psychologique, en rappelant que la prévention doit redevenir une priorité des politiques publiques locales.
Au-delà de la petite enfance, elle appelle également les collectivités à élargir leur regard aux besoins des enfants et des adolescents, notamment en matière de santé mentale. Dans son appel aux collectivités, Sarah El Haïry invite aussi les collectivités à être exemplaires dans leur manière d’accompagner les familles, y compris celles de leurs propres agents. Enfin, elle appelle les maires à mobiliser l’ensemble des acteurs locaux — y compris les agents municipaux — pour renforcer la vigilance collective autour des enfants, dans un contexte marqué par plusieurs scandales récents dans le périscolaire. « Tout adulte a une responsabilité vis-à-vis des enfants qu’il a autour de lui. », conclut-elle.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 28 mars 2026