Allergies aux pollens chez le jeune enfant : comment les reconnaître ?
Le printemps est de retour… et avec lui les pollens. Dans les crèches et chez les assistantes maternelles, certains jeunes enfants commencent à éternuer, à avoir le nez qui coule ou les yeux qui piquent. Des symptômes souvent assimilés à un rhume banal, fréquent chez les tout-petits. Pourtant, ils peuvent aussi révéler une allergie saisonnière. Quand débutent les allergies saisonnières ? Quels symptômes doivent alerter ? Quelles précautions simples mettre en place dans les structures d’accueil ? Questions-réponses avec le Dr Kalomoira Kefala, pédiatre-allergologue*.
À quelle période apparaissent les allergies de printemps et à quoi les jeunes enfants sont-ils exposés ?
Les allergies saisonnières surviennent généralement entre février et le début de l’été, avec un pic entre mai et juin — bien qu’elles puissent débuter dès janvier. « On a souvent un pic entre mai et juin, mais elles peuvent aussi débuter en janvier », précise le Dr Kafala. Elles sont provoquées par les allergènes libérés par les pollens, dont la période de diffusion varie selon la floraison des arbres, les précipitations et l’ensoleillement — avec donc des différences sensibles selon les années et les régions.
Les deux familles de pollens les plus fréquemment responsables sont :
- Les bétulacées (bouleau, aulne, noisetier) : la saison démarre dès janvier pour l’aulne et le noisetier, et peut se prolonger jusqu’en mai. Concernant les bouleaux, le Dr Kéfala note qu’on en trouve pas mal près des écoles !
- Les graminées : leur saison s’étend généralement d’avril à juillet.
- Certains pollens d’herbacés
Ces deux périodes se chevauchent entre mars et juin, ce qui peut rendre les symptômes particulièrement intenses chez les personnes allergiques aux deux familles. Ces particules microscopiques circulent dans l’air et se déposent sur la peau, les vêtements, les jouets et les surfaces, y compris en intérieur.
Comment se déclenche l’allergie saisonnière ?
Lorsque le système immunitaire entre en contact avec un pollen pour la première fois, il ne déclenche aucune réaction : il se contente de le mémoriser et de fabriquer des anticorps spécifiques, les IgE (immunoglobulines E). Comme dit en plaisantant le Dr Kéfala : « On n’est pas fâché avec quelqu’un qu’on ne connait pas ! C’est lors des expositions suivantes que l’allergie se manifeste. Les IgE reconnaissent l’allergène et déclenchent la libération d’histamine, une substance responsable des symptômes. Une allergie facilite la survenue d’une autre allergie » explique la pédiatre allergologue. « Les allergies saisonnières ont en partie une origine génétique : le risque d’en développer une, est d’environ 30 % lorsqu’un parent est allergique et grimpe à 60 % lorsque les deux le sont. Mais la génétique n’explique pas tout. Des facteurs épigénétiques entrent également en jeu, un aspect moins connu du grand public » poursuit le médecin.
Pour info, l’épigénétique désigne la façon dont notre environnement peut modifier le fonctionnement de nos gènes sans pour autant modifier l’ADN lui-même. Concrètement, la pollution, l’alimentation, le stress ou les infections dans la petite enfance peuvent « activer » ou « désactiver » certains gènes liés aux allergies. On peut ainsi porter les gènes d’une allergie sans jamais la développer et inversement.
Quels sont les signes d’une allergie saisonnière chez le bébé et le jeune enfant ?
« Chez le bébé, les signes qui doivent alerter sont une rhinite persistante avec un écoulement nasal clair – sans fièvre – ainsi que des yeux larmoyants et légèrement rouges. Le bébé peut également présenter de petites éruptions cutanées, être gêné dans son sommeil et sembler moins actif que d’habitude. Chez l’enfant de 2-3 ans, les symptômes deviennent plus évidents : la rhinite s’affirme, une conjonctivite peut apparaître et l’écoulement nasal clair persiste malgré des lavages réguliers au sérum physiologique. L’enfant peut aussi se plaindre de démangeaisons à la gorge ou au palais, avoir une légère toux et des éruptions cutanées. Chez les enfants les plus sensibles, une crise d’asthme est possible, accompagnée d’une fatigue marquée et de troubles du sommeil liés à une respiration difficile. » explique le Dr Kefala.
Comment différencier une allergie d’une infection ?
La distinction repose sur plusieurs indices. En cas d’allergie, il n’y a pas de fièvre explique le médecin et l’écoulement nasal reste clair. La conjonctivite allergique touche les deux yeux simultanément avec des démangeaisons, un larmoiement abondant mais sans pus. Autre signe révélateur : si un enfant mis sous antibiotiques ne s’améliore pas, l’allergie doit être envisagée. À l’inverse, une conjonctivite infectieuse virale se caractérise par une sensation de brûlure et est très contagieuse. Si elle est d’origine bactérienne, l’écoulement devient blanc ou verdâtre avec des croûtes et ne touche souvent qu’un seul œil, qui est douloureux et inconfortable. Dans ce cas, une consultation en présentiel est indispensable – la téléconsultation ne suffit pas souligne le médecin.
Quel est l’impact des allergies sur le quotidien en structure d’accueil ?
Les allergies peuvent avoir des répercussions importantes sur le bien-être et le comportement des enfants accueillis en structure collective. Elles peuvent notamment perturber le sommeil, entrainer une fatigue inhabituelle, de l’irritabilité, un intérêt moindre pour les activités et les temps de jeu. Ces manifestations peuvent affecter la participation de l’enfant aux temps de jeu, d’apprentissage et de socialisation.
Quelles mesures de prévention et quels aménagements peuvent être mis en place ?
Afin de limiter l’exposition aux allergènes, notamment aux pollens, certaines mesures simples peuvent être mises en œuvre, explique la pédiatre-allergologue. Parmi celles-ci :
- Adapter le rythme de l’enfant
- Faciliter les temps de sieste lorsque l’enfant semble plus fatigué.
- Limiter l’exposition aux pollens en planifiant les sorties en fonction des pics polliniques.
- Encourager le port d’un chapeau et éventuellement de lunettes de soleil lors des sorties.
- Attacher les cheveux longs (par exemple en petit chignon) afin de limiter l’accumulation de pollen.
- Laver le visage et les cheveux après une sortie à l’extérieur pour éliminer les pollens déposés.
- Adapter l’aération des locaux
- Éviter d’ouvrir les fenêtres en journée lors des périodes de forte pollinisation.
- Privilégier l’aération avant 8 heures le matin ou en soirée, lorsque la concentration de pollen dans l’air est généralement plus faible.
Concernant l’entretien des locaux : privilégier l’aspiration plutôt que le balayage, qui remet les allergènes en suspension dans l’air. Nettoyer les surfaces avec un chiffon humide pour capturer les particules. Il faut aussi être vigilant vis-à-vis d’autres allergènes. En effet, certains enfants peuvent également être sensibles à d’autres allergènes, comme les acariens ou les moisissures (particulièrement fréquentes dans les environnements humides).
Pour limiter leur présence on peut adopter des mesures simples telles que : laver les draps à 60 °C afin d’éliminer les acariens, laver les doudous environ une fois par semaine à 60 °C ; maintenir un environnement propre sans excès d’humidité, afin d’éviter le développement de moisissures. « Des petits conseils facilement transmissibles aux parents », souligne la professionnelle.
Comment soulager une allergie saisonnière chez le bébé et le jeune enfant ?
La prise en charge repose d’abord sur des gestes simples visant à soulager les symptômes et à limiter l’exposition aux pollens. À partir d’environ 12 mois, des antihistaminiques sous forme de sirop peuvent être prescrits afin de réduire les principaux symptômes allergiques (écoulement nasal, éternuements, démangeaisons, yeux rouges). Chez certains enfants, un spray nasal ou des collyres peuvent également être proposés. Chez les enfants présentant un asthme associé, un bronchodilatateur comme la Ventoline peut être prescrit.
Comment identifier une allergie chez le bébé et le jeune enfant ?
L’identification d’une allergie repose sur les signes cliniques associés et leur caractère répétitif ou saisonnier. Le diagnostic sera posé après consultation avec un médecin allergologue (circonstances d’apparition, fréquence, environnement, tabagisme passif, antécédents familiaux…) qui prescrira, chez un jeune enfant , un test cutané (il s’agit de petites gouttes appliquées sur la peau) pour identifier l’allergène. Le résultat prend 15 mn. On peut aussi effectuer le diagnostic d’allergie saisonnière, via une prise de sang qui recherche les IgE spécifiques. Mais chez les petits, cet examen est moins bien accepté.
A qui s’adresse la désensibilisation ?
La désensibilisation prescrite et suivie par un médecin allergologue peut être proposée à partir de 5 ans. Elle s’adresse aux enfants lorsque les traitements habituels ne suffisent pas à améliorer les symptômes. Elle consiste à habituer progressivement l’organisme à l’allergène responsable afin de diminuer les réactions allergiques sur le long terme. On peut, précise le médecin allergologue, pratiquer jusqu’à trois désensibilisations simultanément. Le traitement se déroule sur plusieurs années (environ 3 à 5 ans) et est administré chaque jour, sous forme de gouttes sublinguales.
*auteure de Docteur, pourquoi suis-je allergique ? Il était une fois un allergène… Voyage en allergologie, publié aux Éditions universitaires européennes
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 11 avril 2026