L’approche Snoezelen en petite enfance, un phénomène de mode ?
Par Maud Papelard
Educatrice de jeunes enfants, formatrice
Depuis plusieurs années maintenant, l’approche Snoezelen séduit de plus en plus de professionnels de la petite enfance, à juste titre au vu de ces nombreux bienfaits. Mais sincèrement, je me sens inquiète du foisonnement d’espaces qui se créent sans en comprendre les fondements. Ce serait bien dommage de considérer qu’installer des lumières et mettre des sollicitations sensorielles à disposition des enfants suffirait pour dire que l’on propose « du Snoezelen ».
Cela me fait penser à la « Montessori mania » qui détourne la pédagogie initiale pour en faire un immense fourre-tout à grand coup de laxisme et d’enfant roi, bien loin de ce que Maria Montessori a voulu transmettre pour l’apprentissage des enfants, comme si être acteur de son apprentissage signifiait pouvoir faire tout et n’importe quoi !
L’approche Snoezelen emprunte parfois un peu ce chemin et s’éloigne des fondamentaux, de la philosophie si emplie d’humanité qu’elle suggère. Sur les réseaux sociaux, je vois fleurir des salles « dites Snoezelen » avec beaucoup de lumière, des balles qui clignotent partout, des sollicitations, en veux-tu, en voilà… Juste en regardant ces photos, je me sens déjà saturée d’informations alors, je n’ose pas imaginer y passer un petit temps !
Non, proposer un espace Snoezelen ce n’est pas juste un jeu de lumières comme je l’entends souvent lors des formations que j’anime. Ce n’est pas une discothèque à paillettes…
L’essentiel est ailleurs. L’axe fondamental de cette approche réside dans l’accompagnement, la relation à l’autre – comme le dit si bien Marc Thiry : « un art de la relation fondé sur un mode d’égal à égal ».
Dans cet espace contenant et sécurisant, nous rejoignons les enfants très exactement là où ils en sont. Nous nous ajustons.
Nous sommes dans une présence pleine et entière à ce qui est.
C’est un espace où être est bien plus important que faire, dans cet espace, il n’y a rien à faire – il y a à ressentir, à expérimenter, à vivre et à partager.
Passer à côté de l’accompagnement et de la communication spécifique dans cet espace, c’est passer à côté de l’approche elle-même et c’est vraiment dommage.
Parce que dans notre monde où il est toujours question de faire quelque chose, où tout va à 100 à l’heure et où les enfants sont déjà très sollicités et souvent contraints à un rythme qui n’est pas le leur, avoir un espace de liberté d’exploration où il n’y a pas de consignes, pas d’objectifs à part celui de partager un temps de qualité précieux… Ça n’a pas de prix.
Quand je vois les nombreux bénéfices de cette approche pour les enfants au fil des séances, que ce soit en crèche ou auprès des assistantes maternelles, c’est grâce à l’environnement proposé certes, mais surtout grâce à la qualité de l’accompagnement.
Je ne peux que vivement conseiller de se former à cette approche dont les fondements peuvent se diffuser bien au-delà de cet espace, jusqu’à en faire une philosophie de vie dans le quotidien. Une philosophie qui tend vers le moins, mais mieux… moins, mais avec plus de présence, surtout.
Maud Papelard
PUBLIÉ LE 27 avril 2026