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Améliorer l’accueil des enfants de familles précaires : les préconisations des acteurs de la solidarité
La Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) a publié un document à l’attention des professionnels du travail social, permettant d’améliorer l’accueil et le soutien familles en situation de précarité. Il formule des préconisations pour garantir un accueil plus inclusif de ces populations fragiles, d’une revalorisation du bonus mixité au renfort du travail partenariat avec les acteurs sociaux.
En avril 2026, la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) a publié une nouvelle fiche pratique, un petit guide d’une dizaine de pages à l’usage des professionnels qui accompagnent les familles en situation de précarité. Avec ce document, la FAS – réseau de plus de 900 associations et structures qui accueillent et accompagnent les personnes en situation de précarité – vise à améliorer l’identification des besoins particuliers de ces familles en matière d’accueil des jeunes enfants ou d’aide à la parentalité, et à favoriser leur accès aux modes d’accueils existants.
Des modes d’accueil méconnus, et peu adaptés aux réalités des famille précaires
En effet, plusieurs études l’ont démontré ces dernières années, l’accueil de la petite enfance est un puissant levier pour prévenir la reproduction des inégalités et de la pauvreté. Il permet aux parents de concilier vie professionnelle et familiale, favorise l’insertion professionnelle, le maintien dans l’emploi et l’égalité homme-femme. Et par un accueil de qualité, ces lieux contribuent au bon développement des jeunes enfants. Pourtant, la FAS en fait le constat, les familles en situation de précarité ont peu recours aux modes d’accueil : l’offre est insuffisante, les pratiques culturelles sont différenciées, ou les conditions d’accueil inadaptées à leurs besoins spécifiques. Elle explique également que, comme nous l’évoquions de manière plus générale lors du Printemps de la petite enfance 2026, ces familles précaires sont mal informées sur les modes d’accueil existants et leur fonctionnement. Une méconnaissance partagée par un certain nombre de professionnels du travail social, « qui n’orientent, de ce fait, pas nécessairement les familles qu’ils accompagnent vers les modes d’accueil existants », pointe la FAS.
Cette fiche pratique présente donc un panorama complet des différents modes d’accueil proposés aux parents, leurs spécificités, conditions d’accès, modes de financements et tarifs. Il cite également les différents types de lieux d’accueil et d’information en soutien à la parentalité. Et fait le point sur les prestations familiales proposées et à quelles conditions. Des ressources en ligne sont également indiquées pour accompagner les familles dans leurs démarches administratives.
Les préconisations de la FAS pour garantir un accueil plus inclusif
Mais au-delà de cette méconnaissance, la FAS estime que c’est le système lui-même – du modèle économique des crèches aux critères de priorisation des ménages dans l’attribution des places d’accueil en Eaje – qui n’est pas adapté aux réalités des familles en situation de précarité. Il y a bien les crèches AVIP, certes, mais « leur nombre est limité, et les critères pour y accéder sont restrictifs au regard des besoins des familles en situation de précarité ».
Pourtant, dernières années, de nombreuses stratégies ont été mises en œuvre pour prévenir la pauvreté et lutter contre les inégalités dès l’enfance, de la réforme de mai 2021 qui inscrit l’accueil des jeunes enfants dans le Code de l’action sociale et des familles (CASF) au Service public de la petite enfance (SPPE). Mais pour la FAS, l’accès aux modes d’accueil des jeunes enfants demeure marqué par d’importantes inégalités sociales et territoriales, et plus particulièrement pour les familles en situation de précarité.
Elle propose quelques leviers d’action concrêts pour la mise en œuvre de modes d’accueil accessibles à tous :
- L’évolution du modèle PSU pour favoriser l’accueil des enfants et des familles en situation de précarité. Dans un premier temps par la revalorisation de la PSU puis « par la révision des règles relatives aux taux de facturation et d’occupation et à ses conséquences sur le niveau de la PSU, afin notamment de prendre en compte les variations que peut engendrer l’accueil de familles en situation de précarité́ sur ces taux ».
- La revalorisation du montant du bonus mixité. Ou bien s’il devait être conservé tel quel, la FAS jugerait intéressant d’étudier la création d’un autre bonus qui favorise véritablement la mixité « via par exemple la prise en compte du pourcentage de familles payant une participation financière faible du fait de ressources peu élevées ».
- L’intégration des financements complémentaires dans un financement forfaitaire qui assure une stabilité de la structure pour mener à bien le projet d’établissement.
- L’étude des modes de financement valorisant le temps nécessaire au développement d’un accueil de qualité et d’un soutien à la parentalité approfondi au sein des crèches.
- La réforme des critères d’attribution des places en crèche par les municipalités, en priorisant les enfants de familles en situation de précarité́ et les familles monoparentales, afin de garantir l’inclusivité du service public de la petite enfance.
- Une meilleure prise en compte des spécificités de l’accueil des enfants issus de familles en situation de précarité (adapter les contrats aux besoins),
- Un travail partenarial renforcé entre les acteurs de l’accueil des jeunes enfants, de l’Accueil Hébergement Insertion (AHI) et de l’Insertion par l’Activité Economique (IAE), pour « une meilleure information aux familles, et une interconnaissance qui pourra représenter un levier de facilitation de l’accès des enfants de familles précaires aux différents modes d’accueil »,
- Le financement du temps nécessaire au développement et au maintien d’un tel réseau d’acteurs,
- L’amélioration des conditions d’exercice des métiers de la petite enfance, par la valorisation des métiers, l’augmentation des salaires et un meilleur accès a la formation continue.
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 19 mai 2026