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Les parents sont-ils vraiment bien informés sur les modes d’accueil ? 

Une des missions des autorités organisatrices du SPPE est d’informer les parents sur l’offre d’accueil de leur territoire. C’est le fameux guichet unique et nombre de communes ont confié cette responsabilité aux RPE. Mais au-delà de l’offre spécifique à proximité de leur domicile, les parents sont ils vraiment bien informés et aidés et conseillés dans leur choix ? Nous avons abordé cette question avec nos invités lors du printemps de la petite enfance, le 13 avril 2026.

Cette table-ronde a réuni Gaëlle Choquer Marchand, Directrice générale déléguée chargée des politiques familiales et sociales de la CNAF ; Marion Hajdenberg, experte en politiques publiques ; Élisabeth Laithier, maire adjoint honoraire de Nancy, présidente du Comité de filière petite enfance et Pierre Moisset, sociologue, consultant petite enfance

Depuis l’adoption de la loi pour le plein emploi du 18 décembre 2023, l’information et l’accompagnement des familles ne relèvent plus seulement d’une initiative locale : ils constituent une obligation pour les collectivités. Cette évolution législative marque un tournant : l’information aux familles devient une responsabilité majeure du SPPE.

Des parents souvent démunis face aux choix

Au-delà des dispositifs, les intervenants ont insisté sur la réalité vécue par les familles au moment de l’arrivée d’un enfant. Une période intense, émotionnellement chargée et souvent marquée par l’incertitude. Des travaux de recherche présentés lors de la discussion ont permis de mieux comprendre la situation des parents, en particulier ceux qui accueillent leur premier enfant. Marion Hajdenberg insiste sur ce point : « Le parent, quel que soit son profil, n’est pas vraiment un utilisateur des politiques publiques. Il est avant tout une personne fragilisée par un bouleversement énorme dans sa vie qu’est l’arrivée d’un enfant. Il n’y a pas de point de contact automatique avec les parents sur ce qui va se passer pour eux après la naissance, ni sur les différentes possibilités qui s’offrent à eux.

Pour l’experte, évidemment, les parents ne sont pas toujours bien informés. Mais ils ne sont surtout pas bien reconnus.«  Il existe, selon moi, un impensé dans les politiques publiques de la petite enfance : c’est de considérer que le parent élabore lui-même le parcours d’accueil de son enfant. » Elle insiste d’ailleurs sur le fait que le mode d’accueil ne se résume pas à une décision ponctuelle, mais à un parcours. Et rappelle la vulnérabilité des parents pendant cette période. Marion Hajdenberg souligne également l’importance du langage dans l’accès à l’information. Elle observe que le vocabulaire professionnel peut parfois être éloigné des mots utilisés par les parents, ce qui peut créer des incompréhensions.Et indécis…

Pierre Moisset explique de son côté que la question de l’information des parents ne peut pas être comprise uniquement comme un problème d’accès aux données ou aux dispositifs. Selon lui, il existe une réalité plus profonde : l’incertitude des parents sur leur propre projet, liée à ce qu’il appelle une forme d’ambivalence. D’un côté, les mères qui  souhaitent conserver leur autonomie professionnelle ; de l’autre, elles veulent être présentes auprès de leur enfant. Ces deux aspirations sont légitimes, mais elles peuvent entrer en tension. « Vous pouvez donner une information très claire, très neutre… mais si la personne ne sait pas ce qu’elle veut, cela ne résout pas la question. »

Des inégalités persistantes dans l’accès aux modes d’accueil

La CNAF partage pleinement le constat selon lequel l’information et l’accompagnement des familles restent des enjeux majeurs. La diversité des modes d’accueil permet de proposer des réponses adaptées à des situations familiales variées, mais elle rend aussi le système forcément plus complexe à comprendre pour les parents. Et certaines familles restent éloignées des dispositifs existants. Gaëlle Choquer Marchand évoque un chiffre significatif : « En 2021, 17 % des parents n’ont pas choisi de mode d’accueil, notamment par manque d’information. » Les familles les plus précaires sont particulièrement concernées. Le problème principal, ce n’est pas l’information disponible, mais l’accès réel à cette information pour les parents les plus éloignés.

Simplifier l’accès à l’information

Les institutions ont développé de nombreux outils pour faciliter l’accès à l’information : simulateurs de coût, plateformes numériques, réunions d’information. Gaëlle Choquer Marchand a rappelé les progrès réalisés : « Nous avons réussi à réduire une partie de la complexité sur la question du coût économique pour les familles. Les simulateurs sont consultés entre 15 000 et 20 000 fois chaque mois. ». Le site monenfant.fr constitue également une ressource majeure : « Avec plus de 3 millions de visites par an, ce site trouve son public. Mais nous savons que cela ne suffit pas. », ajoute la directrice générale déléguée chargée des politiques familiales et sociales de la CNAF.

Associer les parents pour améliorer les services

La CNAF explique tenir compte davantage de l’expérience des usagers, et avoir mis en place un living lab récemment. « Avant de lancer une évolution du site, nous la travaillons avec des parents, justement pour qu’elle réponde à leurs besoins et pour éviter de mettre en ligne des outils qui ne seraient pas utiles.», note Gaëlle Choquer Marchand. Les CAF ont également fait évoluer leur offre d’information Je deviens parent, pour accompagner les parents tout au long de leur parcours, notamment à travers le site et des communications envoyées à différents moments clés, afin de proposer une information progressive et adaptée aux besoins.

La directrice générale déléguée chargée des politiques familiales et sociales de la CNAF insiste également sur un dernier sujet : la confiance et le sentiment de sécurité des parents. Parce que ces dernières années, les parents ont beaucoup entendu parler de difficultés dans le secteur de la petite enfance, parfois d’événements graves. Elle cite plusieurs leviers concrets comme la transparence sur les pratiques professionnelles, la visibilité des initiatives positives, le retour d’expérience d’autres parents.

Dans ce contexte, le rôle du bouche-à-oreille apparaît déterminant. Ce recours aux échanges informels ne traduit pas un rejet des informations institutionnelles, mais plutôt un besoin d’entendre des témoignages concrets de personnes de confiance. Les parents cherchent souvent à savoir comment les choses se sont passées pour d’autres — une voisine, une amie ou un membre de la famille — afin de se rassurer et de mieux se projeter dans leur propre situation.

Les RPE, un rôle central dans l’accompagnement des familles

Les RPE ont aussi un rôle central dans l’accompagnement des familles, en particulier pour faire le lien entre l’information disponible et un conseil personnalisé. Pour Gaëlle Choquer Marchand, l’enjeu n’est plus seulement de mettre à disposition des ressources, mais de permettre aux parents de passer facilement d’une première recherche d’information à un échange concret avec un professionnel. « Nous avons déjà une proximité importante avec les relais petite enfance : 65 % d’entre eux sont itinérants, ce qui renforce la dimension de proximité dans le service aux familles. », souligne-t-elle. Elle évoque aussi une évolution concrète mise en place pour améliorer l’accès au conseil personnalisé : « Nous avons refondu la demande d’informations en ligne que les parents peuvent réaliser sur monenfant.fr pour demander à être recontactés par un relais petite enfance. Aujourd’hui, 86 % des RPE utilisent cette fonctionnalité. Auparavant, le formulaire prenait une dizaine de minutes à compléter, ce qui décourageait certains parents. »

Des points de contact plus précoces et des formats d’information à repenser

De son côté, Marion Hajdenberg propose plusieurs pistes d’amélioration. Selon elle, l’enjeu n’est pas tant de créer de nouveaux dispositifs que d’adapter ceux qui existent déjà pour mieux répondre aux besoins réels des familles. Elle suggère notamment de repenser les temps d’information collective, dont le format reste souvent très technique et descendant. « J’ai observé plusieurs réunions comme cela, dit-elle. Les questions posées aux parents sont d’un niveau de technicité qui laisse penser qu’ils [ les parents  ] sont déjà très informés. On pourrait peut-être en revoir le format, pour donner davantage de place à l’apprentissage par les pairs, avec, pourquoi pas, la présence de parents témoins. » Surtout l’experte en politiques publiques évoque la possibilité d’une prise de rendez-vous à l’issue de ces réunions, parce qu’elles ont souvent lieu le soir et les parents sont pressés de rentrer chez eux. Pourtant, « c’est une occasion formidable pour proposer un rendez-vous et permettre ensuite un échange individuel », ajoute-t-elle. « À mon sens, cela doit s’inscrire dans ces fameux points de contact sur les modes d’accueil. Le premier point pourrait avoir lieu à la maternité, ou en tout cas avant la naissance. Et un second rendez-vous individuel juste avant la fin du congé maternité. »

Une expérience locale fondée sur l’écoute et l’expertise

Élisabeth Laithier a raconté l’expérience qu’elle a menée à Nancy, où un dispositif spécifique avait été mis en place pour accompagner les familles dans leur recherche de solution d’accueil. Chaque famille qui sollicitait une place bénéficiait d’un rendez-vous systématique avec deux professionnelles de la petite enfance, en situation de reclassement, mais disposant d’une solide expérience de terrain. Selon elle, cet accompagnement reposait avant tout sur la compétence des professionnels et la qualité de l’échange. « Parce que si vous prenez quelqu’un qui est purement administratif, l’écran d’ordinateur vous dira finalement la même chose », explique-t-elle. Ce temps d’échange permettait d’analyser la situation de chaque famille, de comprendre ses besoins et de construire une réponse adaptée.

Le rôle déterminant de l’accompagnement humain

À travers cet exemple, Élisabeth Laithier met en évidence l’importance d’un accompagnement humain et personnalisé pour aider les parents à s’orienter dans un système parfois complexe. Car si les outils numériques sont utiles, les intervenants ont unanimement souligné l’importance du contact humain dans l’accompagnement des familles.

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Candice Satara

PUBLIÉ LE 17 avril 2026

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