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Pourquoi les enfants ont besoin d’adultes prévisibles pour bien grandir

Une étude finlandaise récente de grande ampleur vient confirmer ce que beaucoup de professionnels de la petite enfance pressentent déjà : quand un adulte interagit avec un jeune enfant de façon régulière et prévisible, gestes, voix et regards inclus, cela a des effets bien réels et durables sur son développement cognitif.

Des chercheurs finlandais ont filmé 838 mères en train de jouer librement avec leur enfant à trois âges : quand l’enfant avait 8 mois, 2 ans et demi puis 5 ans. Ils ont ensuite analysé ces vidéos en détail : est-ce que la mère parle, touche, montre un objet ou regarde son enfant de façon régulière et cohérente ou au contraire de façon désordonnée et imprévisible ?

À partir de ces données, ils ont calculé un score d’imprévisibilité (taux d’entropie) pour chaque mère à chaque âge de l’enfant. Un score élevé signifiant que l’imprévisibilité est élevée et que l’enfant ne peut pas facilement anticiper ce qui va venir. Un score bas signifie que les interactions suivent une certaine logique ou ordre.

Un lien net avec la mémoire et l’attention

En parallèle, les capacités cognitives des enfants ont été testées aux mêmes âges : leur mémoire à court terme, leur capacité à freiner une réaction spontanée, leur attention. À 5 ans, le constat est sans ambiguïté. Les enfants dont les mères ont eu les interactions les plus prévisibles s’en sortent mieux, en particulier, sur les exercices de mémoire. L’écart entre les groupes est significatif et se maintient même quand on tient compte de la sensibilité affective de la mère ou de son niveau d’éducation. Les chercheurs soulignent que l’imprévisibilité mesurée ici ne concerne pas des situations de maltraitance ou de négligence grave. Il s’agit de variations subtiles dans la façon dont un adulte enchaîne ses gestes, ses paroles et ses regards avec un enfant.

Un cerveau qui a besoin de repères pour s’organiser

Le cerveau du nourrisson et du jeune enfant fonctionne comme un détecteur de régularités. Il cherche constamment à repérer ce qui se répète pour construire ses propres schémas de fonctionnement. Quand l’adulte est cohérent dans ses façons de faire, l’enfant peut se concentrer sur l’apprentissage. Quand les signaux sont trop imprévisibles, une partie de son énergie cognitive passe à tenter de comprendre ce qui va arriver plutôt qu’à se développer.

Les zones du cerveau les plus concernées sont celles qui régulent la mémoire et l’attention. Elles sont particulièrement sensibles à l’environnement pendant les premières années de vie et c’est précisément cette longue période de maturation qui en fait une fenêtre d’influence durable.

L’étude note par ailleurs que les interactions deviennent naturellement un peu plus stables au fil du temps. Vraisemblablement parce que l’enfant, en grandissant envoie lui-même des signaux plus lisibles, ce qui aide l’adulte à s’ajuster.

Ce que cela apporte aux professionnels de la petite enfance

Les routines, les rituels, les façons de faire répétées avec un enfant ne sont pas de simples habitudes organisationnelles. Cette recherche leur donne un fondement neurologique : elles construisent littéralement le cerveau de l’enfant. Regarder l’enfant avant de le toucher, lui parler de la même façon au moment du repas, accompagner le change avec les mêmes mots, répondre à ses sollicitations avec une certaine cohérence : autant de micro-régularités qui, cumulées, créent un environnement prévisible et sécurisant pour le développement cognitif.

Enfin, l’étude indique que les familles les plus jeunes et les moins diplômées présentent davantage d’interactions imprévisibles. Cela ne signifie pas que ces mères s’investissent moins mais que certaines d’entre elles pourraient bénéficier d’un soutien spécifique pour stabiliser leurs façons d’interagir avec leur enfant.

Source : Takio F. et al., Developmental Cognitive Neuroscience, 2026. https://doi.org/10.1016/j.dcn.2026.101672

Isabelle Hallot

PUBLIÉ LE 20 mai 2026

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