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Projet d’évaluation de la qualité : le retour d’expérience des PEP 80
Depuis le 1ᵉʳ avril 2025, chaque établissement d’accueil du jeune enfant doit intégrer un projet d’évaluation de la qualité dans son projet d’établissement. Une nouvelle obligation qui pose une question : comment transformer le référentiel national de la qualité d’accueil en une démarche utile pour les équipes ? Retour sur l’expérience des PEP 80.
Dans la Somme, l’Association départementale des PEP 80 (Pupilles de l’Enseignement public), qui gère cinq établissements d’accueil du jeune enfant, a construit une démarche d’amélioration continue de la qualité novatrice fondée sur le référentiel national de la qualité d’accueil du jeune enfant. « La première question a été : comment le présenter aux équipes ? Puis, une fois qu’elles se le sont approprié, comment les accompagner pour qu’elles s’en servent réellement dans leur pratique ? », explique Mickaël Dumetz, chargé de la coordination petite enfance aux PEP 80 et vice-président de Mosaïque d’Enfance (Collectif de crèches associatives du Département de la Somme).
La méthode n’a toutefois pas été construite de zéro. Habitué aux démarches d’évaluation mises en œuvre dans le secteur médico-social, Mickaël Dumetz s’est inspiré des outils et de la méthodologie développés par la HAS pour bâtir une démarche adaptée aux EAJE. « Le référentiel national qualité indique les objectifs à atteindre. Notre travail a consisté à transformer chacun de ces objectifs en éléments d’évaluation, notamment en critères observables, afin que les équipes puissent les évaluer concrètement sur le terrain. »
Les équipes participent directement à cette construction
L’une des particularités de la démarche des PEP 80 est d’associer étroitement les professionnels à la construction de l’évaluation. La démarche débute par un temps de lecture et de compréhension collective du référentiel. « Chaque professionnelle s’est ensuite concentrée sur un item du référentiel », explique Mickaël Dumetz. Selon les crèches, ce travail de construction est mené individuellement, avec l’accompagnement de la direction, ou en petits groupes de deux ou trois professionnelles. Une étape essentielle. « Dans l’encadré “Pratiques”, elle identifie celles qui font écho à son vécu de terrain afin d’établir un lien avec des situations concrètes. Elle s’interroge ensuite : “Comment puis-je observer cet item ? Qui dois-je observer ? Quelles situations dois-je observer ? Quel est le moment le plus propice pour réaliser cette observation ?” »
Ainsi, pour la familiarisation, on peut distinguer quatre grandes séquences d’observation : l’arrivée du parent, l’accueil du parent par la professionnelle, les échanges entre le parent et la professionnelle, la place donnée au parent et à ses questions.
Une fois la grille élaborée, elle est testée, puis ajustée en fonction des besoins afin d’en faire un outil aussi pertinent, opérationnel et facile d’utilisation que possible. L’observation elle-même est toujours menée individuellement. Plusieurs professionnels peuvent toutefois utiliser la même grille, chacune de leur côté, puis croiser leurs regards. « Parfois, certaines s’aperçoivent qu’elles n’ont pas observé la même chose, ce qui fait grandement progresser l’équipe et la grille…. »
Croiser les sources d’information
Cependant, tous les critères du Référentiel national qualité ne peuvent pas être évalués par une simple observation des pratiques. Lorsque l’observation directe n’est pas pertinente, les professionnelles s’appuient sur d’autres sources d’information, comme les questionnaires adressés aux familles et aux professionnels ou encore les documents produits par la structure issus de différents documents institutionnels (comptes rendus de réunion, contrôles de la PMI et de la CAF, traces des expérimentations, etc.). Chaque établissement alimente ensuite un tableau de bord qui reprend l’ensemble des items du Référentiel national qualité. Pour chacun d’eux, une cotation est attribuée à partir des observations réalisées et, selon les cas, des réponses aux questionnaires.
Dégager du temps
« Comme toutes les démarches de ce type, la question des pros est celle du temps à consacrer à cette charge supplémentaire », reconnaît Mickaël Dumetz. Aux PEP 80, ce travail a pu être intégré aux temps de préparation prévus par la convention collective ÉCLAT. « Nous avons saisi cette opportunité pour intégrer la démarche à ce temps de détachement terrain. L’accueil d’une stagiaire en Master 2 Sciences de l’Éducation et de la Formation option Social a également permis d’accompagner les équipes pas à pas. », poursuit Mickaël Dumetz
Identifier les besoins de soutien et de formation des équipes
En complément des observations de terrain, les PEP 80 ont élaboré un questionnaire destiné aux professionnels. Son objectif est de recueillir leur ressenti sur différents sujets liés à leurs pratiques professionnelles. En effet, certains axes du Référentiel national qualité demandent aux professionnels de sensibiliser ou d’accompagner les parents sur des sujets parfois délicats, comme le rapport aux écrans, le handicap, la pudeur ou encore la prévention de la maltraitance. Comme l’explique Mickaël Dumetz, « Il est difficile de sensibiliser ou d’accompagner une famille sur un sujet lorsque l’on ne s’y sent pas soi-même suffisamment sensibilisé, à l’aise ou en accord avec les recommandations »
Les familles associées à l’évaluation
Les PEP 80 ont souhaité également associer les familles tout au long de leur démarche d’évaluation. Un questionnaire, construit à partir des axes du Référentiel national de la qualité d’accueil consacrés à la relation avec les parents et à la familiarisation, leur permet d’exprimer leur vécu, leur ressenti et leur perception de la qualité d’accueil au quotidien. Les résultats sont restitués aux familles dans un souci de transparence, puis présentés en conseil de crèche afin d’alimenter les échanges et de faire émerger des pistes d’amélioration. Cette consultation est aussi l’occasion de faire connaître le Référentiel national qualité aux parents.
Une démarche inscrite dans l’amélioration continue
Pour les PEP 80, l’évaluation ne s’achève pas une fois les observations réalisées et le plan d’action défini. Elle s’inscrit dans un cycle d’amélioration continue. Les données recueillies sont analysées collectivement afin d’identifier les axes à pérenniser et leur degré de priorité, qui donnent lieu à un plan d’action partagé. À la rentrée, un logiciel qualité viendra compléter la démarche pour faciliter la saisie des données et le suivi des actions. Pour Mickaël Dumetz, le principal défi est désormais de faire vivre cette démarche dans la durée, afin qu’elle reste « un outil concret au service de la qualité d’accueil et des conditions de travail des professionnels ».
Candice Satara
PUBLIÉ LE 07 septembre 2026