10. Comprendre que je ne peux m’intéresser qu’à moi-même car je suis dépendant et que je ne suis pas encore prêt à me socialiser.
Pour le jeune enfant, la notion de collectif n’a pas beaucoup de sens. Ce qui importe pour eux, c’est plutôt la présence constante et le regard sécurisant de l’adulte, adulte qu’il aimerait bien garder pour lui tout seul. Il est bien entendu bien plus facile de faire des rencontres en étant avec d’autres enfants au quotidien que seul à la maison. Mais faire des rencontres ne suffit pas à avoir conscience de l’autre, faire des rencontres ne socialise pas. Pour pouvoir aller vers l’autre, il faut avoir quelque chose à lui dire, il faut donc savoir communiquer. Le développement de la communication se construit dès la naissance et va passer par de nombreuses étapes. La communication va se construire dans les interactions. L’appartenance à un groupe ne rend pas le jeune enfant sociable, cela va l’aider à développer son système de communication qui au départ est très rudimentaire.Cela se fera bien sur au contact des autres enfants mais surtout avec l’aide de l’adulte, car l’enfant est dépendant et son cerveau n’est pas prêt !
Ce que nous dit la science
Le cerveau de l’enfant est équipé dès la naissance pour décoder tous les indices sociaux : la voix de la mère, son visage, son odeur. Il peut donc entrer en communication immédiatement.
Les premiers échanges entre l’adulte et l’enfant vont être les pré requis de la communication : l’adulte parle à l’enfant, l’attire par le regard, par la voix, lui donne des objets.
A cette période, les autres enfants (bébés) ne sont pas des partenaires, l’enfant préfère de loin les interactions avec un adulte.
Puis en grandissant et avec un système attentionnel peu fonctionnel, l’enfant va tenter de reproduire ces interactions avec ses pairs et pour signifier à l’autre son intérêt, son langage sera l’imitation.
Pour faire comprendre à un autre enfant qu’on veut jouer avec lui, il faut lui montrer ce qu’on voit de lui en l’imitant. Pour ce faire, il faut des objets identiques.
La communication non verbale est limitée et pour mieux se faire comprendre rien de tel que des mots. L’enfant doit donc apprendre non seulement à exprimer ses désirs mais aussi comprendre que ce qu’il pense n’est pas toujours partagé par les autres.
La maturation cérébrale va certes l’aider et il est primordial que les conditions de la rencontre et des interactions soient optimales pour qu’il puisse trouver du plaisir dans les rencontres.
Les applications concrètes
Chez les bébés, les adultes doivent favoriser les échanges en face à face. Les changes sont souvent des moments privilégiés pour faire des jeux de coucou, pour faire des grimaces et pour se regarder dans les yeux.,Au sol, l’enfant ne doit jamais perdre l’adulte de vue. L’adulte représente la base de sécurité et doit toujours être visible. Dire à un bébé qu’on revient dans deux minutes n’a pas de sens.
Chez les moyens, les espaces de jeux doivent permettre de se retrouver en face à face avec un autre pour pouvoir jouer sans être dérangé, il est important de privilégier des meubles en ilots par exemple, ainsi que du matériel identique pour pouvoir s’imiter.
Chez les grands, le rôle des adultes sera surtout centré sur le langage. L’enfant doit apprendre à s’exprimer. Il doit donc apprendre du vocabulaire.
Mais l’enfant doit aussi apprendre que la communication c’est chacun son tour ! il faut savoir écouter l’autre. Les jeunes enfants ont des difficultés d’inhibition et ne peuvent stopper volontairement une action. Il faut les y aider. Les adultes peuvent aider les enfants à apprendre à parler chacun son tour en trouvant des jeux d’inhibition, comme “un, deux, trois soleil”.
Questionner les pratiques professionnelles
Il faut déconstruire les idées reçues qui laissent entendre que pour se se socialiser il faut apprendre à :
• Prêter ses jouets : l’enfant éprouve de grande difficulté à inhiber une action en cours, comme par exemple son exploration, pour faire plaisir à un autre, qu’il ne comprend pas vraiment. Avant trois ans, en raison de l’immaturité de son lobe frontal, l’enfant n’a pas la capacité de se projeter dans la tête de l’autre, de se mettre à sa place.
• Attendre son tour : quand le jeu tant désiré est déjà dans la main d’un autre, l’enfant ne pourra pas contrôler son envie et le voudra sans attendre. Son immaturité cérébrale l’empêche de différer son envie et prendre en compte les autres enfants.
• Être poli : La politesse implique la capacité à pouvoir tenir compte de l’autre, de comprendre qu’il peut penser différemment de lui, qu’il a des besoins et des émotions différentes de lui, le cerveau du tout petit n’est pas prêt ! Avant trois ans, demander à un enfant de dire « merci », « s’il te plait » quand il veut de l’eau ou qu’il vient d’être servi est hors de sa compréhension. Cependant, rien ne vous empêche d’être vous-même poli. Sans exiger la même chose de lui, c’est en vous observant que l’envie de faire de même naîtra. L’imitation est une source importante d’apprentissage pour l’enfant.
• Rester assis à table : l’enfant se lève de table car sa tête est très lourde et cela génère des tensions dans la nuque et le haut du dos. En lui permettant de se lever, vous veillez à respecter son besoin physiologique
Marie Defrance
PUBLIÉ LE 27 mars 2023
MIS À JOUR LE 10 juin 2023

