Suzanne, animatrice petite enfance : « Toutes les professionnelles de la petite enfance ne vont pas mal »
Suite au témoignage de Coralie, auxiliaire de puériculture, qui décrivait sans filtre son quotidien en crèche, Suzanne, titulaire du CAP petite enfance, professionnelle de la petite enfance depuis une trentaine d’années, a souhaité prendre la parole. Heureuse et épanouie dans son métier, son expérience est bien différente de celle de Coralie.
Je n’entends et ne lis que des commentaires négatifs de la part des professionnelles de la petite enfance. Je souhaite donc apporter mon témoignage pour dire que NON toutes les professionnelles ne vont pas mal.
D’assistante maternelle à professionnelle de crèche
Je m’appelle Suzanne, je vais avoir 62 ans. Après la naissance de mon deuxième enfant, je n’envisageais pas de reprendre mon travail en tant que conseillère en assurance. Je désirais approfondir mes connaissances sur le développement des jeunes enfants. J’ai pu, après une courte période de formation, travailler en tant qu’assistante maternelle durant une dizaine d’années.
Par la suite, après plusieurs stages en structures d’accueil collectif, j’ai été embauchée dans une crèche associative d’une trentaine de berceaux. Cela a été une très belle expérience, très enrichissante et motivante avec une équipe très impliquée et compétente. J’y suis restée une dizaine d’années puis j’ai postulé dans un EAJE de 52 berceaux. Je termine bientôt ma carrière après 12 ans passés dans cette structure Croix-Rouge française.
Taux d’encadrement, analyse de pratique et formation continue
Il y a trois sections dans notre structure : Bébés avec 14 bambins pour 4 professionnelles (2 AP et 2 CAP petite enfance)
Moyens avec 18 bambins pour 5 professionnelles (1 EJE, 2 AP et 2 CAP petite enfance dont 1 peut pallier les absences des professionnelles)
Grands avec 20 bambins pour 4 professionnelles (1 EJE, 2 AP et 1 CAP petite enfance)
Pour compléter l’équipe, il y a une cuisinière et 1 agent technique de service.
Toutes les 5 semaines nous avons une réunion avec une psychologue sur l’analyse de nos pratiques et celle-ci a des temps d’observation en salle. Nous avons des réunions d’équipe, des réunions de section au besoin et 2 journées de formation dans l’année.
« Une structure privilégiée »
Il me paraît juste de dire que je travaille dans une structure privilégiée lorsque je lis des témoignages horribles. Mais cela pourtant ne devrait pas être un privilège mais une normalité et je souhaite que les gestionnaires de structures collectives privées ou non reviendront sur leur façon de faire pour rendre ces métiers de la petite enfance plus attractifs.
Comment, comme j’ai aussi pu le lire, peut-on compter le nombre de couches par enfant quand on connaît l’importance des soins chez le jeune enfant ? De ce moment privilégié avec l’adulte, qu’il doit aussi avoir lors du repas et du sommeil.
Une carrière professionnelle qui s’est déroulée dans de bonnes conditions
J’arrive au bout de ma carrière ravie de mon parcours et nullement épuisée. Je me suis toujours sentie très bien dans mon métier et je pars encore aujourd’hui au travail enthousiaste. Ce métier n’est pas de tout repos je l’admets (même dans une crèche « normale »). C’est un métier qui bouge, il faut repenser régulièrement notre savoir-faire et notre savoir-être, d’autant plus après les nouvelles découvertes faites par les neurosciences. Mais il en vaut la peine !
La reconnaissance de mon métier, je l’ai par ma direction, mes collègues, les parents, les enfants.
D’accord pas par le salaire ! Et bien sûr il faut se battre pour que les structures « privilégiées » le restent et que toutes les autres soient remises à leur juste taux d’encadrement et qu’on donne aux professionnelles de la petite enfance les moyens de monter en compétence.
Suzanne Mandaron
PUBLIÉ LE 04 mai 2023
MIS À JOUR LE 01 juin 2023