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8. Ne pas me demander d’attendre, de partager, de comprendre, de réfléchir car je n’en suis pas encore capable.

Que se passe-t-il quand on est plusieurs à occuper les mêmes lieux, à partager les mêmes intérêts et les mêmes adultes ? Cela suppose que l’enfant sache ce qu’il doit faire avec les autres. Le lobe frontal de l’enfant de moins de trois ans n’est pas encore mature : l’enfant est dans l’action immédiate, il ne peut pas inhiber, contrôler, planifier, réfléchir sur les apprentissages et les transposer. Par exemple, pour prendre son tour il faut savoir qui est l’autre. La connaissance de l’autre met du temps à se mettre en place, l’enfant met 4 ans à comprendre que ce qu’il y a dans sa tête n’est pas dans la tête de l’autre. Il n’a pas encore les compétences suffisantes pour rencontrer l’autre et communiquer avec l’autre, ni pour expliquer ce qu’il ressent à quelqu’un d’autre. Ce comportement est naturel et est significatif de son immaturité cérébrale.  Et pourtant on lui demande d’attendre, de partager, de comprendre ce qu’on lui explique, autant de bonnes intentions de l’adulte mais qui sont bien trop ambitieuses

Ce que nous dit la science

Identifier que l’autre est différent de lui est une chose, comprendre qu’il a des intentions et besoins différents des siens est plus complexe ! Cette capacité n’est pas encore présente.
L’enfant ne peut donc pas contrôler ses envies et voudra obtenir ce qu’il veut sans attendre. Son immaturité cérébrale l’empêche de différer son envie et de prendre en compte les autres enfants.
Par le biais de diverses rencontres, positives comme négatives, un enfant va découvrir que les autres ne pensent pas forcement comme lui, ne veulent pas faire comme lui au même moment. Cette découverte est cruciale dans son développement.
A partir de là, va apparaitre l’étape de la négociation et du compromis. Certes, l’acquisition du langage facilite les choses, mais il n’est pas forcement toujours des plus efficaces : il est difficile de trouver les bons mots au bon moment pour convaincre ! Prendre conscience que les autres ne pensent pas comme lui est la première étape, mais cela ne veut pas dire pour autant que l’enfant sache ce que les autres pensent, qu’il peut se mettre à leur place et donc trouver les bons arguments. Il va alors chercher à les attirer et tous les moyens sont bons : bruits attractifs, gestes, offrandes.
L’imitation va jouer alors un rôle fondamental.
Les interactions entre enfants apparaissent sous deux formes : les conflits, en prenant l’objet de l’autre et en se mettant à la place de l’autre ou bien, l’imitation, aimer faire la même chose que l’autre avec le même objet. Deux façons d’exprimer le besoin de s’identifier à l’autre pour se développer.
Afin de comprendre la difficulté des enfants à partager leur jeu, il est intéressant de s’interroger sur ce que nous leur demandons vraiment. En jouant, l’enfant entreprend un véritable travail d’analyse et qui le mobilise totalement. En lui demandant de stopper sa recherche qui dure trop longtemps, selon nos critères, avec le même objet, nous lui demandons de stopper sa démarche en cours, de l’abandonner pour faire plaisir à un autre enfant. La difficulté est bien trop grande, ce dernier éprouve encore de grande difficulté à inhiber une action en cours : son exploration, pour faire plaisir à un autre, qu’il ne comprend pas vraiment. Sa difficulté s’explique par le manque de maturation de son lobe frontal.
L’enfant a aussi beaucoup de mal à transposer un apprentissage et ce malgré la répétition de consignes « mais ça fait déjà plusieurs fois que je te l’explique »
Par exemple, si l’on donne une énumération de consignes à l’enfant, celui-ci va retenir ce qu’il a entendu en dernier, il n’est donc pas possible pour lui de faire tout ce qu’on lui a demandé.
Rappelons-nous que lobe frontal permet de transposer les apprentissages, il commence à maturer vers 5 ans.
On ne peut donc pas avoir d’attente de compréhension et d’acquisition avant. En tant qu’adulte il faut donc adapter son comportement et avoir une conduite qui montre la bonne attitude et toujours donner confiance à l’enfant « Tu vas apprendre à ne plus dire… ne plus faire. Je te fais confiance »
Le changement de regard sur l’enfant va permettre l’empathie et la compassion et va ainsi l’aider à traverser cette période où il est incapable de contrôler

Les applications concrètes

– Donner des jeux identiques pur pouvoir réaliser les mêmes actions avec l’autre et réduire les conflits générés par la dispute d’un jeu. L’acquisition de matériel identique remplacera le conflit
– Penser l’aménagement de l’espace pour faciliter les rencontres entre enfants : positionner les meubles en ilot, pour permettre aux enfants de se voir en face à face, de ne pas se gêner et donc de pouvoir jouer ensemble en s’imitant. Cette configuration facilite également le sentiment de sécurité des enfants en leur permettant de ne pas quitter de vue l’adulte. Les zones de jeux favorisent la proximité en petits groupes d’enfants et l’attention conjointe.
– Donner des ordres de passage et des repères visuels pour permettre de mieux attendre son tour car sinon l’enfant ne sait pas faire, cette notion d’attente est trop abstraite
– Détourner l’attention de l’enfant en lui proposant un jeu, une activité qu’il aime, des chansons etc… l’enfant va ainsi pouvoir s’intéresser à autre chose car il ne peut ressentir en même temps du plaisir et du déplaisir, une façon détournée développementale de le faire patienter alors que dans les faits il ne peut pas le faire.
– Proposer des jeux permettant de travailler l’inhibition, permettre à l’enfant de contrôler ses actions sous forme de jeux. Solliciter le lobe frontal permet à l’enfant de fabriquer quelques connexions
Par exemple faire des tours de grosses briques avec les enfants. Proposer de faire la tour la plus haute possible demande d’inhiber son envie de la casser ou bien jouer à un deux trois soleil et le jeu de la statue pour inhibent son envie de courir. Cela lui apprend à contrôler ses actions sous forme de jeu

Questionner les pratiques professionnelles

Il est important d’être patient car le résultat ne sera pas immédiat, il faut permettre à l’enfant d’acquérir de la flexibilité mentale. La répétition dans la bienveillance est primordiale car il n’a pas de contrôle cognitif, ce n’est pas parce qu’il apprend quelque chose qu’il peut l’appliquer à chaque fois  
– « Tu lui prêtes ton jouet, c’est le jouet de la crèche ». L’enfant ne peut pas comprendre qu’il appartient à un groupe, l’enfant ne peut s’intéresser qu’à lui-même.
– « C’est chacun son tour ». Pour apprendre l’enfant doit être attentif à ce qu’il fait et ne pas être dérangé et il ne sait pas ce qu’il doit faire, la connaissance de l’autre va se faire progressivement.
Attendre son tour c’est savoir quoi faire avec l’autre. Pour que cela se mette en place il faut tout d’abord commencer dans le face à face « je te donne »  « tu me donnes » puis avoir des intérêts communs sur des objets à s’échanger. La compétence égale va faciliter la communication, car elle permet de mieux se comprendre
– « Ce n’est pas comme ça qu’on joue ». L’enfant agit sur les objets pour se les approprier, la motricité fabrique des mouvements d’objets, l’enfant va tous les explorer, pour pouvoir associer dans son cerveau de multiples points de vue de l’objet et ainsi apprendre. L’enfant va guider sa connaissance, c’est lui qui sait ce qu’il cherche.
– « Tu n’as pas le droit de casser sa tour ». L’interdit doit être compris par l’enfant qui est en programmation automatique, il voit une tour et a un réflexe oculo moteur, la vision déclenche la motricité et il ne peut pas inhiber spontanément son geste, il doit apprendre. Pour l’instant il fait ce qu’il voit
– « Ce n’est pas ton tour pour manger ». Pour accompagner l’attente et favoriser la sécrétion d’ocytocine, il est important de favoriser l’étonnement et le plaisir de l’enfant.
– « Nous allons ranger dans 5 minutes, car c’est l’heure de manger ». L’enfant n’a pas de notion du temps ; c’est la chronologie des événements qui va lui permettre de comprendre
– « Tu n’as pas le droit de renverser ton verre d’eau ». C’est une erreur de programmation motrice et non pas une intention de l’enfant, l’enfant travaille sa motricité et commet des erreurs, c’est comme ça qu’il apprend, il est important d’avoir de la tolérance, même pour les verres renversés !

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Marie Defrance

PUBLIÉ LE 27 mars 2023

MIS À JOUR LE 09 juin 2023

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