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A Draguignan, le RPE Les Souleïes a tissé un riche partenariat avec un foyer de vie pour adultes en situation de handicap mental

Depuis près de dix ans, les assistantes maternelles du Relais Petite Enfance Les Souleïes et les résidents du foyer de vie pour adultes handicapés Font Clovisse de Draguignan tissent un beau partenariat qui vient d’être relancé. Il permet des ateliers et des temps conviviaux partagés par les résidents et les enfants dans le plaisir de la rencontre, dont chacun ressort grandi et plus ouvert à l’autre… 
 


A Draguignan, le relais petite enfance Les Souleïes, rattaché au service petite enfance de la ville, cultive avec soin depuis 2015, un partenariat riche et fidèle avec un foyer de vie pour adultes en situation de handicap. Le RPE accueille 8 à 10 assistantes maternelles par matinée avec 20 à 28 enfants. Le foyer Font Clovisse, géré par la Croix Rouge, n’est qu’à quelques minutes à pied, à qui saura grimper un peu. Une proximité géographique qui a certainement facilité les échanges mais ne fait pas tout… Séverine Iozelli, éducatrice de jeunes enfants et responsable du RPE, porte ce projet avec enthousiasme depuis près de 10 ans. A son arrivée, elle avait déjà un profond désir de tisser du lien pour travailler sur la socialisation, la différence, l’inclusion avec un public différent. « Après 15 ans passés à travailler à l’hôpital, j’avais envie d’ouvrir la structure aux partenaires environnants, de mettre en avant un projet qui me motivait. C’était aussi l’envie de partager un projet riche avec mes assistantes maternelles, souvent trop isolées », précise-t-elle. 

Un partenariat où chacun trouve son compte 

Il faut dire qu’à cette époque, c’était encore une crèche familiale qui occupait ces grands locaux des Souleïes. En 2016, lorsque la structure a fermé, le relais petite enfance, qui existait déjà en centre-ville, a été délocalisé et réimplanté dans les locaux de la crèche familiale. « En rejoignant le RPE, ajoute Séverine Iozelli, j’ai tenu à conserver ce partenariat avec le foyer qui me tenait à cœur… ».

Le foyer de vie Font Clovisse est une structure qui accueille des adultes en situation de handicap mental. A l’écart du centre-ville de Draguignan, il bénéficie d’un grand espace extérieur avec une ferme pédagogique, une serre, des salles dédiées à la motricité… Les équipes ont tout de suite vu l’intérêt d’un partenariat entre les deux structures : pour les résidents, travailler les interactions sociales, la maitrise des émotions, la posture, exercer des responsabilités. Pour les enfants, l’inclusion, l’acceptation de l’autre, également l’estime de soi et le travail des émotions. Et bien sûr, partager des goûters qui ont toujours un franc succès… « On retrouve beaucoup de similitudes entre eux, on peut donc avoir une approche commune », admet Séverine Lozelli.  

De la ferme au RPE, des ateliers variés 

Au départ, ce projet inclusif s’est construit autour de la ferme pédagogique, installée au sein du foyer. La proximité des deux structures, l’attirance des enfants pour les animaux était un prétexte tout trouvé pour créer la rencontre. Aujourd’hui, les résidents, les assistantes maternelles et les enfants partagent, une à deux fois par mois, des ateliers d’1h à 1h30 le matin, organisés alternativement au RPE ou au foyer. Il y a maintenant des rituels instaurés, comme un temps de chansons pour se dire bonjour. Des ateliers environnement au potager et dans la serre pédagogique, grâce à un intérêt commun pour la nature, les plantations. Adultes et enfants entretiennent le potager, désherbent, plantent et mettent leurs mains dans la terre pour leur plus grand plaisir et échangent régulièrement plants et graines. « Lorsqu’on va au jardin, on donne des petits râteaux et pelles aux enfants. C’est une belle occasion de responsabiliser les résidents en leur demandant de faire attention à ce que les enfants ne se blessent pas, ne mettent pas en l’air les râteaux faits pour gratter le sol. On leur donne des directives qu’ils vont retransmettre aux enfants. Ça renforce l’estime qu’ils ont d’eux-mêmes ». Lorsque les résidents viennent au RPE, l’équipe prévoit des ateliers autour du projet pédagogique de l’année : art et culture. En ce moment, Séverine leur propose de travailler sur un imagier sonore, tandis que l’éducatrice du foyer, formée à la pédagogie Montessori, propose de mettre en place des ateliers spécifiques qui en sont inspirés.  

Un mot d’ordre, le plaisir partagé 

Des activités variées qui ne sont pourtant que prétextes, sans « attendu de production ». La finalité, explique Séverine Iozelli, « c’est que tout le monde se sente bien, prenne du plaisir à partager des moments, des activités. C’est vraiment ce que l’on va rechercher ». Et le plaisir est bien là, dans les rires et les complicités naissantes. Les éducateurs et professionnels de la petite enfance restent toujours présents et attentifs au bien-être de chacun. « Quand ils viennent, les résidents débordent tellement de plaisir de nous rencontrer, de rencontrer les enfants que ce n’est pas toujours facile à canaliser, admet Séverine Iozelli. Ils veulent nous attraper, nous embrasser, porter les enfants… Bien sûr qu’on est disponibles, mais il faut également savoir dire « rappelle-toi on s’est déjà serré dans les bras » ou « ça y est on s’est déjà dit bonjour ! » pour tempérer ». 

Les enfants accueillent naturellement la différence 

Pour Séverine Iozelli, les enfants ne portent pas du tout le même regard que nous sur le handicap. « Rencontrer des résidents du foyer, ce n’est pas montrer la différence mais l’accueillir », insiste-t-elle avec délicatesse. D’ailleurs, les enfants n’ont pas été particulièrement préparés à ces rencontres. « On accueille ces adultes comme on accueillerait n’importe quel intervenant extérieur, sans faire de différence, justifie-t-elle. On a expliqué aux enfants qu’on accueillait des adultes, en les prénommant. Ensuite, on répond aux questions des plus grands s’il y en a, mais les enfants ne ne font pas de différence ! ». Et maintenant, les résidents font un peu partie de la « famille ». Pas une fête, pas un évènement sans que le RPE ne les invite à se joindre à eux… 

Les appréhensions des assistantes maternelles 

Les assistantes maternelles, elles, ont pu avoir des doutes ou des inquiétudes. « C’est quelque chose qu’on a travaillé avant avec elles, précise Séverine Iozelli. Elles ont été informées sur les projets que nous avions avec le foyer ». Bien sûr, elles n’ont pas obligation d’y participer : grâce au planning, elles savent quand les résidents du foyer viennent au RPE. Car « il faut que cela reste un choix, c’est vraiment important », souligne Séverine Iozelli qui témoigne en avoir vu plusieurs cheminer et changer de regard sur le handicap mental. « Certaines s’inquiétaient des réactions des enfants, avaient peur qu’ils aient des gestes ou des mots inappropriés, explique-t-elle. En les questionnant on se rend compte que c’est davantage elles qui appréhendent. Et on les invite à venir voir quand même, à essayer… ». Au début de l’aventure, certaines ne sont pas venues mais l’équipe a pris le temps et aujourd’hui, nombreuses sont celles qui apprécient ces moments-là !

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 13 juin 2024

MIS À JOUR LE 31 juillet 2024

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