Tribune Libre
A quand des formations à la hauteur des enjeux environnementaux et sanitaires ? Par Claire Grolleau, présidente fondatrice de Label Vie
Changement climatique, perte de biodiversité, pénurie des ressources vitales, augmentation des cancers infantiles, épidémie de bronchiolites qui saturent les urgences chaque hiver, manque criant de contact des enfants avec la nature… Quand est-ce que les référentiels de formation initiale vont inclure ces notions dans les formations des professionnels de la petite enfance ?
Nous étions le 17 septembre à la Rentrée des Pros de la petite enfance au ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles. Parmi les grands défis abordés lors de cette journée : la formation initiale et continue des professionnels de la petite enfance. Il est malheureux de constater que les questions de santé environnementale, de préservation des ressources et de maîtrise des pollutions ne sont presque pas abordées dans les référentiels des formations reconnues pour travailler auprès des jeunes enfants. C’est dommage et nous le savions déjà. Mais quand on parle en 2025 de ce qu’il faudrait mettre en œuvre pour améliorer les formations initiales dans la petite enfance, personne n’aborde la question de l’écologie. Personne ne fait le lien entre ces dimensions et les besoins du jeune enfant : son besoin de vivre dans un environnement sain, d’être au contact de la nature sans essuyer les craintes des adultes, de vivre dans un lieu de vie qui respecte les ressources dont il va avoir besoin pour le reste de sa vie… Ces besoins primordiaux ne sont même pas évoqués.
Amis acteurs de la petite enfance, politiques, administration, pédagogues, psychologues, sociologues… Il est temps de se réveiller ! Le jeune enfant qui est accueilli chaque jour dans les EAJE ou chez des assistantes maternelles a un besoin vital qu’on le protège des polluants qui inondent nos vies quotidiennes : dans l’air qu’il respire, l’eau qu’il boit, la nourriture qu’il ingère, les jouets qu’il utilise, sur les surfaces qu’il touche et lèche. Le jeune enfant est fragile psychiquement, mais aussi métaboliquement et physiologiquement. Le jeune enfant n’est pas qu’un « être social », il est aussi un organisme très sensible qu’il faut préserver chimiquement parlant. Ce doit être dans les priorités des professionnels qui en prennent soin tous les jours.
Le jeune enfant a un besoin vital que les adultes qui vont l’accompagner durant les 3 premières années de sa vie soient compétents sur la soutenabilité de notre vie sur terre, qu’ils sachent comment préserver les ressources qui lui seront indispensables quand il sera un jeune adulte. Les professionnels de la petite enfance doivent aussi savoir comment préparer le petit d’homme à l’avenir que nous lui avons concocté sur terre et qu’il soit préparé à vivre avec une eau plus précieuse, des sols abimés, une nature en souffrance, des déchets envahissants… Non pas en lui transférant leurs angoisses, mais en lui donnant des clés concrètes pour vivre mieux dans des conditions plus contraignantes : respecter le vivant, économiser les ressources, manger autrement, réduire ses déchets, réutiliser les objets…
Chez Label Vie depuis 20 ans, nous observons que ces sujets mobilisent les professionnels de terrain toute formation confondue. Ils font face collectivement les crises environnementales et en font une force, un objectif qui fédère.
Alors que les filières de la petite enfance subissent un désamour de la part des jeunes :
• Il est probable que nourrir les formations diplômantes d’une approche plus durable, plus ancrée dans l’époque soit facteur d’attractivité pour les générations en train de s’engager dans la vie professionnelle.
• Il est certain que donner les outils à des étudiants pour opérer la transition écologique dans leur métier renforcera leurs motivations pour accompagner les enfants dans un futur qui les inquiète.
• Il est indispensable de tenir compte des contraintes environnementales qui existent au 21e siècle dans les métiers du soin. Cette prise en compte deviendra un vrai levier d’engagement et non une épine dans le pied des écoles et des employeurs.
Nous appelons donc à renforcer les formations initiales prioritairement sur ces sujets. Et en attendant que les référentiels soient revus, espérons que les formations continues pourront soutenir la poursuite de l’engagement essentiel de la petite enfance dans la transition écologique.
PUBLIÉ LE 08 octobre 2025