Accueil flexible : Parent’Aise, un dispositif créé par Apprentis d’Auteuil
Dans son rapport « Qualité, flexibilité, égalité : un service public de la petite enfance favorable au développement de tous les enfants avant 3 ans », publié en avril 2023, le Conseil de l’enfance et de l’adolescence du HCFEA citait l’exemple du dispositif Parent’Aise imaginé par la fondation Apprentis d’Auteuil et mis en place à Marseille en septembre 2022. Une expérimentation donc dans l’air du temps, puisque le HCFEA souhaite voir se développer les accueils flexibles, « une nouvelle catégorie de modes d’accueil » (voir interview de Sylviane Giampino), afin d’offrir une expérience de socialisation avant l’entrée à l’école aux enfants qui n’ont pas bénéficié d’un mode d’accueil formel. On fait le point sur ce projet innovant.
Des parents avec des signes d’épuisement
C’est à la Maison des Familles « La Halte des Parents » de la Fondation Apprentis d’Auteuil, lieu de soutien à la parentalité situé au sein de l’immeuble social Elisabeth Reinaud (lequel regroupe également une crèche de 70 berceaux et une résidence sociale) dans le 4e arrondissement de Marseille qu’est née l’expérimentation Parent’Aise. « Nous avons constaté chez de nombreuses familles, particulièrement des mamans, que nous accueillons à La Halte des signes d’épuisement parental. Un sentiment de grande fatigue et en même temps une réticence à le dire car, dans leur représentation et leur imaginaire, une maman qui ne travaille pas ne devrait pas être fatiguée ou du moins l’exprimer », explique Sylvie Davieau, directrice de La Halte des Parents, d’une résidence pour familles monoparentales et responsable du dispositif. Des mamans aussi qui n’ont pas le réflexe de recourir à la crèche, pensant que, puisqu’elles n’ont pas d’activité professionnelle, elles n’y ont pas droit. « En parallèle, elles nous parlaient de leurs difficultés de couple et les mamans célibataires de leur envie de retrouver une vie amoureuse. Nous avons donc réfléchi avec les familles afin de trouver une solution pour les soulager, pour qu’elles s’autorisent à prendre du temps pour elles, sans culpabiliser », indique la responsable de Parent’Aise.
Accompagner la parentalité, la conjugalité et offrir un mode d’accueil souple : le triptyque de Parent’Aise
Prendre du repos, du répit, se ressourcer, cela n’est pas naturel pour ces familles, selon Sylvie Davieau, qui doivent donc être accompagnées. Aussi, le dispositif s’articule autour de trois axes : un accompagnement parental et/ou conjugal, un mode d’accueil du jeune enfant souple. Ce projet relativement récent lancé à la rentrée 2022 n’est pas encore complètement opérationnel puisque la structure d’accueil, une micro-crèche de 10 places, n’ouvrira ses portes qu’en septembre 2023. Toutefois, concernant l’accompagnement à la parentalité et l’accompagnement à la conjugalité, les actions ont bien commencé avec le concours de deux conseillères conjugales et familiales. « L’idée, c’est d’être dans le préventif. De faire en sorte que chacun puisse s’approprier les signes d’épuisement et les ressources qu’ils peuvent aller chercher », explicite Sylvie Davieau.
En pratique, des entretiens individuels (en solo, en couple, avec ou sans les enfants) sont menés à raison d’un environ toutes les semaines avec les familles engagées dans l’expérimentation. Les premiers permettent de définir leur objectif et une grille d’entretien avec divers items est utilisée pour mesurer l’évolution entre le début du parcours et la fin du parcours. Bref de voir si l’objectif a été atteint et les attentes des familles remplies. Un bilan de mi-parcours sera également réalisé. Ces entretiens individuels vont dès le mois de juin être complétés par des temps collectifs entre parents (des petits groupes de 4 à 6 personnes maximum) mais aussi des activités parents/enfants lorsque l’équipe de professionnels de la petite enfance de la micro-crèche sera au complet. « Les temps en groupe sont importants. Ils ont une fonction de réassurance et permettent de rompre l’isolement et la solitude », souligne Sylvie Davieau.
Une micro-crèche Psu
L’équipe de la micro-crèche comprendra 2 EJE et un animateur petite enfance. Elle sera ouverte 3 demi-journées et 2 jours pleins par semaine. Les 10 places de cette structure Psu seront réservées aux enfants de la marche acquise à 4 ans des familles qui suivent le dispositif. Et permettra donc aux parents de souffler un peu, de se rendre aux entretiens individuels ou encore d’être présents lors des temps collectifs et aux enfants de bénéficier d’un accueil de qualité et de faire l’expérience de la socialisation. « C’est un vrai défi pour nous. Nous voulons qu’elle fonctionne ! Il y aura tout un travail pluridisciplinaire avec les conseillères conjugales et familiales », détaille Sylvie Davieau. La souplesse et l’adaptation seront de mise. « Les parents pourront rester le temps qu’il faudra pour que la séparation soit douce et graduelle et qu’ils puissent s’enrichir de repères éducatifs », complète-t-elle. Et, explique-t-elle également, « l’idée est de faire le pont avec les crèches de droit commun et les écoles (ou tout autre dispositif du territoire d’ailleurs) afin qu’ils puissent se saisir de tous les dispositifs existants. »
6 mois d’accompagnement renouvelables une fois
Trente-trois personnes sont pour l’heure entrées dans le dispositif mais jusqu’à 60 pourront l’être. Si elles ne signent pas de contrat, « ce serait plus un frein qu’un levier » selon Sylvie Davieau, un écrit formalise tout de même leur participation à Parent’Aise. L’accompagnement est de 6 mois, renouvelable une fois. Il est encore trop tôt pour faire un véritable bilan mais, comme le souligne Sylvie Davieau, « le fait qu’une trentaine de personnes se soient déjà engagées, montre que Parent’Aise répond à un véritable besoin. » Et ajoute-t-elle : « Nous ne savions pas si ces familles en situation de précarité allaient venir et finalement oui ! ». Après 4-5 entretiens individuels, certaines personnes ont quitté l’expérimentation, estimant qu’elles allaient beaucoup mieux. A titre d’exemple, une des mamans accompagnées, qui a un enfant en situation de handicap, a réussi à atteindre son objectif qui était de trouver du relai. Elle a demandé à une conseillère conjugale d’intégrer l’équipe éducative de l’école de son enfant. « Elle s’est saisie du dispositif et s’est sentie en capacité de demander un soutien, et ça c’est très positif », commente Sylvie Davieau. Dans tous les cas, la porte reste toujours ouverte et l’équipe ne manquera pas de solliciter les personnes qui ont arrêté le programme après quelques entretiens individuels, dans le cadre des temps collectifs afin qu’elles soient « force de proposition ». A noter : si ce dispositif, financé en partie par la caf, le plan pauvreté et la ville de Marseille, est concluant, il pourra être essaimé.
Caroline Feufeu
PUBLIÉ LE 23 mai 2023
MIS À JOUR LE 12 juin 2024