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Accueillir en collectivité un enfant porteur d’allergies alimentaires

Lait, œufs, arachide, fruits à coque, poisson… En France, 6 à 8 % des enfants seraient concernés par des allergies alimentaires. Une situation qui – dans l’élaboration des menus – prend des airs de casse-tête quotidiens et peut parfois mettre en difficulté les professionnelles des établissements d’accueil du jeune enfant. Comment faire en sorte que les repas et les activités restent des moments privilégiés et sécurisés pour chacun, enfants, parents et professionnels ? On fait le point.

Bien que ce soit délicat et à risque, l’accueil d’un enfant ayant des allergies alimentaires sévères, ne serait-ce que par un simple contact, reste possible en collectivité ! La vigilance maximale est de mise, tout en sachant que le risque zéro n’existe pas. Il s’agit en priorité d’établir un véritable climat de confiance afin que l’enfant se sente intégré et que le quotidien en soit facilité.

Pourquoi faut-il être vigilant en cas d’allergie alimentaire ?

L’allergie alimentaire est une réaction anormale du système immunitaire provoquée par l’exposition à un aliment spécifique, comme les arachides, les crustacés, les œufs, le lait… même à l’état de traces. Un enfant souffrant d’allergie alimentaire peut risquer plusieurs types de réactions dans les minutes voire jusqu’à deux heures suivant l’ingestion de l’aliment : une réaction modérée (bouche qui pique ou gratte, nez qui coule, lèvres qui se mettent à gonfler, apparition de  plaques rouges qui grattent,  mal au ventre et envie de vomir, changement de comportement sans difficultés à parler ou respirer)  à une situation potentiellement sérieuse(mal à parler,  difficultés à respirer, sifflements et toux, mal au ventre, vomissements, démangeaisons aux mains, pieds ou tête, sensation de malaise, malaise vrai. Dans les cas les plus graves, une réaction allergique sévère peut provoquer un choc anaphylactique (spasme bronchique associé à un état de choc cardiovasculaire), mettant la vie en danger.

On comprend mieux pourquoi une prise en charge rigoureuse et une gestion préventive des allergènes sont essentielles. D’où la nécessité :

Établir un Projet d’Accueil Individualisé ou PAI

Véritable feuille de route, ce document inclut l’ordonnance (administrations médicamenteuses d’urgence), le régime alimentaire, les conditions des prises de repas, la fiche « Conduite à tenir en cas d’urgence » et les demandes d’aménagements spécifiques qu’il apparaît nécessaire de proposer dans le cadre de l’allergie. Le respect strict des régimes alimentaires et l’isolement des aliments allergènes sont des mesures clés pour prévenir les risques.

Il faut souligner le rôle essentiel du référent santé et accueil inclusif (RSAI) dans la mise en place du PAI. « C’est un relais avec les parents, le médecin traitant ou l’allergologue qui a établi le document  (fourni par la crèche) et la formation des équipes sur le terrain », explique le Dr Ordioni, pédiatre.

S’assurer de la bonne préparation et gestion des repas

Les repas doivent être soigneusement préparés pour éviter toute allergie. Ainsi, la séparation rigoureuse des zones de préparation des repas et la mise en place de procédures de nettoyage minutieuses sont nécessaires. Les temps de repas exigent une grande vigilance de la part du personnel de cuisine et de l’équipe encadrante. Pour faciliter le quotidien, chaque structure peut élaborer et mettre en place ses astuces.

À la crèche « Li parpaiou » de Plan d’Orgon (Bouches-du-Rhône) par exemple, les parents de Gabriel, 2 ans, apportent chaque matin une glacière contenant son repas et son goûter. Sur une feuille en double exemplaire sont notés le nom et le prénom de l’enfant, sa photo, sa date de naissance, la liste de ses allergies connues et le repas détaillé. Cette fiche est remise quotidiennement avec les repas à la cuisinière et au personnel auprès des enfants. La glacière contient aussi la vaisselle de l’enfant et un couteau pour adulte, le tout identique aux autres enfants et étiqueté. Après utilisation, tout est rincé mais non nettoyé à la crèche et remis dans la glacière. Et dans le cas où le repas initialement préparé était renversé ou malencontreusement contaminé par des allergènes, les parents ont prévu un repas de substitution ou apportent une autre boîte avec les mêmes informations.

Observer la survenue de signes

Support de travail essentiel dans l’accompagnement des jeunes enfants, l’observation se révèle donc d’autant plus indispensable pour l’accueil d’enfants porteurs d’allergies. Observer, c’est aller au-delà du simple regard, c’est considérer avec attention. C’est particulièrement important en cas d’une nouvelle réaction allergique inconnue jusqu’à maintenant chez l’enfant. Comme en témoigne une professionnelle de crèche qui relate avoir constaté un jour l’apparition de petites rougeurs autour de la bouche d’un petit qui venait de manger du poisson. Soupçonnant une réaction allergique, l’équipe a procédé à des gestes d’urgence qui ont évité à l’enfant un accident grave. Il s’avère qu’aujourd’hui le poisson représente un des allergènes les plus graves pour lui.

Anticiper pour éviter tout risque d’exclusion

Un autre aspect de la vie de l’enfant porteurs d’allergies, peut-être moins souvent abordé mais tout aussi important, est sa socialisation, qui passe par l’anticipation ! Il s’agit en effet d’éviter l’effet d’exclusion qui nuirait à son besoin d’appartenance à un groupe et son estime personnelle. Bien sûr l’enfant mange à la même table que les autres petits, que les professionnels doivent sensibiliser au lavage consciencieux des mains et de la bouche après chaque repas pour éviter les risques de contamination alimentaire. Il faut aussi s’assurer que l’enfant allergique ne partage ni n’échange ses aliments, ses couverts ou son plat avec les autres enfants.

Être vigilant lors des activités

Le tout-petit porteur d’allergies doit aussi pouvoir participer aux goûters d’anniversaire, aux fêtes organisées à la crèche. Il s’agit donc de prévoir toujours des gâteaux ou confiseries adaptés à ses restrictions alimentaires. Ces mesures de prévention ne se limitent pas aux repas. Les activités manuelles et créatives, comme la peinture, la pâte à modeler ou la manipulation de divers matériaux, peuvent aussi comporter des risques pour les enfants allergiques, notamment en cas de contact avec des produits contenant des allergènes cachés ou des substances irritantes. Ainsi en début d’année, l’équipe de la crèche Li parpaiou transmettent aux parents la liste des activités éventuellement proposées pendant l’année afin qu’ils valident ou non l’utilisation de certains ingrédients.

Par exemple le petit Gabriel ne peut pas faire des jeux de transvasement avec du riz, mais il peut plonger ses mains dans une boîte où des glands sont cachés. Et il a sa propre pâte à modeler avec ses accessoires. « Les parents nous fournissent des recettes de pâte à sel ou de pâte durcissant, avec des produits de base, que l’on peut faire avec tous les enfants, ce qui permet d’éviter une mise à l’écart de l’enfant atteint d’allergies, explique Isabelle auxiliaire de puériculture. Pour les ateliers cuisine, nous faisons toujours deux groupes avec la réalisation d’un gâteau, avec une recette traditionnelle (œuf, blé, lait …) et avec une recette sans allergène ». Et si une activité de dernière minute est lancée, l’équipe prévient alors les parents pour savoir si leur enfant peut y participer.

Sensibiliser et former les professionnelles de la petite enfance

Il est indispensable que toutes les professionnelles de la petite enfance soient formées à la reconnaissance des symptômes d’une réaction allergique et à la gestion des situations d’urgence. En conséquence, il est essentiel d’organiser régulièrement des sessions de formation sur les allergies alimentaires et les gestes de premiers secours. « Les protocoles actualisés d’allergie introduisent depuis quelques années deux modifications essentielles dans le protocole de prise en charge :

  • en cas de choc anaphylactique l’administration d’adrénaline à l’aide du stylo injecteur doit être faite AVANT L’APPEL DU 15, le risque n’étant pas d’injecter si l’on a surestimé la situation mais bien de perdre l’enfant si l’injection est trop tardive.
  • pour l’entraînement des équipes au maniement des différents stylos sur le marché le PAI est associé à une page qui contient 4 QR codes, qui renvoient à des guidelines vidéos. « Ça permet aux professionnelles de la section d’être rapidement opérationnelles et formées à l’utilisation du stylo qui a été prescrit à l’enfant, et ce même en cas d’intérim ou de turnover  », explique le Dr Ordioni. Outre les gestes d’urgence, une sensibilisation à l’étiquetage des produits alimentaires et à la lecture des composants est indispensable. 

Merci à Jean-Louis Ordioni, pédiatre.

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Marina Lemarié, EJE, formatrice et consultante en aménagement des espaces petite enfance, mise à jour Isabelle Hallot

PUBLIÉ LE 12 février 2019

MIS À JOUR LE 24 février 2025

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