Alpes-Maritimes : le département et la Caf déterminés à sauver les crèches familiales
Depuis quelques temps, on sent un frémissement autour des crèches familiales, une prise de conscience peut-être que ce mode d’accueil a toute sa place dans le service public de la petite enfance et qu’il faut donc agir vite pour stopper l’hémorragie. C’est le cas dans les Alpes-Maritimes où le département et la Caf se sont retroussés les manches et ont lancé il y a environ un an un réseau des services d’accueil familial (SAF). L’objectif : créer du lien entre les différentes crèches familiales, faire connaître ce mode d’accueil et améliorer le recrutement des assistantes maternelles.
Lancement en 2023 du Collectif National d’Assistants Maternels en Crèche Familiale (CNAMCF), en 2024 d’un groupe de travail dédié aux crèches familiales… Plusieurs initiatives sont nées dernièrement par la volonté d’élus, de professionnels de terrain, pour venir à la rescousse des crèches familiales. La Pmi et la Caf ne sont pas en reste, du moins dans les Alpes-Maritimes, où les deux institutions ont en effet décidé de travailler de concert pour préserver ce mode d’accueil hybride sur leur territoire, qui comme un peu partout ailleurs est en déclin.
Crèches familiales dans les Alpes-Maritimes : un futur incertain
Comment se portent les SAF dans les Alpes-Maritimes ? A cette question, Emmanuelle Jurca-Gama, puéricultrice, qui exerce au service départemental de Pmi comme référente technique de la section accueil du jeune enfant et parentalité (sajep) répond : « c’est assez disparate, mais de manière générale, les services de crèche familiale périclitent dans le sens où on a une chute plus ou moins phénoménale du nombre d’assistantes maternelles. On craint fortement la fermeture de plusieurs crèches familiales dans les années à venir, peut-être même cette année. On a plusieurs crèches familiales qui se maintiennent avec très très peu d’assistantes maternelles : 1, 2, 3. Si bien qu’elles sont rattachées à des crèches collectives et donc on se retrouve avec des multi accueils collectifs et familiaux ». Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : il y a 10 ans, dans les Alpes-Maritimes, on dénombrait 359 assistantes maternelles en crèche familiale pour 22 SAF, aujourd’hui, on n’en compte plus que 186 pour 12 SAF.
Une tendance à la baisse multifactorielle
Plusieurs facteurs expliquent cette situation, selon Julia Veuvas, EJE, qui travaille au relais départemental petite enfance rattaché au service de la sajep, et coordonne, côté Pmi, avec Emmanuelle Jurca-Gama, le réseau des SAF : « on constate une baisse de l’attractivité du travail en crèche familiale parce que cela se lisse avec l’exercice à domicile ». Et précise : « plein d’outils permettent maintenant de simplifier toute la partie administrative/contractualisation ». Selon elle également, un autre attrait des crèches familiales était de faciliter le départ en formation. Or, avec le covid, les formations à distance se sont développées et permettent aux assistantes maternelles de s’organiser plus facilement pour suivre les formations. Autre point : « le système de chômage. Avant, les assistantes maternelles à domicile n’avaient pas le droit au chômage lorsqu’elles perdaient un contrat, tandis que la crèche familiale devait pallier cela. Maintenant, elles peuvent bénéficier du chômage et n’ont donc plus cette insécurité d’avoir une baisse de salaire ». « Et puis, complète Emmanuelle Jurca-Gama, il y a une telle demande des familles aujourd’hui que c’est facile de trouver du travail. Avant, il y avait beaucoup plus d’assistantes maternelles, plus de concurrence, et celles exerçant en crèche familiale appréciaient de ne pas avoir à chercher des familles, elles étaient sûres d’avoir du travail ». Sans compter que chez elles, elles peuvent choisir leurs horaires et leurs familles, chose qui ne se fait pas, même s’il peut y avoir une certaine flexibilité, en crèche familiale. Le développement des Rpe a permis de réduire l’isolement des assistantes maternelles à domicile de même que les associations d’assistantes maternelles qui ne cessent de se développer. Pourtant, et les deux femmes en sont convaincues, la crèche familiale a de nombreux atouts.
La crèche familiale : « un bon compromis » entre accueil individuel et accueil collectif
Julia Veuvas, qui a exercé dans plusieurs types de crèches familiales, est dithyrambique sur ce mode d’accueil. « Je suis persuadée que c’est un bon compromis entre accueil individuel pur et accueil collectif », confie-telle. Elle poursuit : « la crèche familiale, de par son fonctionnement, permet d’avoir un aspect cocooning chez l’assistante maternelle quand les enfants sont plus petits avec une ouverture sur des temps collectifs qui se majorent lorsque les enfants grandissent. Et surtout, selon moi, la plus-value, c’est l’accompagnement professionnel que peuvent proposer les équipes encadrantes auprès des assistantes maternelles par des suivis, des formations, des temps d’échanges au quotidien. Et aussi cette position de tiers de l’équipe encadrante dans la relation parents-assistante maternelle-enfant, notamment en termes administratifs. Il n’y a pas d’aspects financiers donc cela évite bien des problèmes ». Bref, Julia Veuvas reste persuadée que « l’on devrait aller dans le sens inverse et plutôt tendre à le démocratiser car c’est un type d’EAJE qui est adapté aux besoins des enfants et aussi des parents, car ces derniers s’y retrouvent vraiment. » Des propos partagés par Emmanuelle Jurca-Gama, laquelle a été directrice de crèche et, pendant 5 ans, d’une crèche familiale : « on retrouve un équilibre et une harmonie dans ce mode d’accueil ». Et pour les gestionnaires, selon elle, « un tel service est avantageux, car, explique-t-elle, en termes bâtimentaires vous n’avez pas besoin d’avoir 7m2 par place d’accueil comme dans un EAJE. Dans notre département où le foncier est très cher, c’est quand même très intéressant de pouvoir avoir une capacité d’accueil conséquente avec un simple bureau et un simple espace aménagé ». Et Julia Veuvas d’ajouter : « d’autant plus que les espaces peuvent être partagés avec des Rpe ou avec des Laep. Ce qui peut d’ailleurs créer, en plus de l’optimisation des locaux, une vraie dynamique de partage et d’échanges entre professionnels ».
L’idée de départ du réseau des saf : créer du lien
C’est en 2019 qu’est née l’idée du réseau départemental des services d’accueil familial. Julia Veuvas et Emmanuelle Jurca-Gama n’étaient pas en poste à ce moment-là. « Le covid a mis le projet en stand-by et lorsque nous sommes arrivées, en 2022, nous avons décidé de nous lancer », indique la référente technique de la Sajep. Elle poursuit : « L’idée primaire, c’était de mettre en réseau chacun des protagonistes sur le territoire parce que nous avons remarqué qu’ils étaient très isolés pour créer une intelligence collective. Et puis on est rapidement arrivés au constat que ce mode d’accueil méconnu, y compris des professionnels, était en train de péricliter et qu’on avait peut-être quelque chose à faire nous aussi à notre niveau pour défendre ce mode d’accueil auquel on croit. » Un réseau coanimé avec la Caf des Alpes-Maritimes.
Un état des lieux, 4 axes de travail et un plan d’action
En 2023, un état des lieux de l’existant a été réalisé (ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas) pour trouver des leviers d’amélioration. Quatre axes de travail ont été identifiés : améliorer la connaissance de ce mode d’accueil par les familles, améliorer le recrutement des assistantes maternelles en crèche familiale, comment soutenir financièrement les saf (axe porté par la caf) et améliorer la connaissance des élus (cf document en pièce jointe). Ce dernier axe « est plus complexe, commente Emmanuelle Jurca-Gama, il n’est pas prioritaire. On s’y attellera mais avant de solliciter les élus, il faut que l’on soit très clair dans notre discours, que l’on sache exactement combien ça coûte. Détricoter tout ce qu’on entend depuis des années et obtenir des informations, réelles, factuelles et vérifiées pour pouvoir arriver devant les élus avec des arguments ».
Ensuite, un plan d’action départemental (voir pièce jointe) a été établi avec des actions pilotées par la sagep, la Caf et d’autres par les communes. « Chacun s’est positionné là où il avait envie d’aller. Par exemple, nous travaillons sur la promotion du métier d’assistante maternelle en crèche familiale via des capsules vidéos. La Caf s’est positionnée sur la réalisation d’un état des lieux financier des saf. Elle a fait un travail colossal car elle a recensé toutes les informations qu’elle a compilées pour créer un état comparatif de l’aspect financier, permettant d’infirmer ou de confirmer le pré-requis selon lequel la crèche familiale est trop chère. Cette étude nous sera présentée à notre prochaine rencontre en juin. Du côté des communes, certaines travaillent, par exemple actuellement, sur un flyer de promotion du métier », explique Emmanuelle Jurca-Gama.
Des réunions en présentiel et en distanciel
En pratique, deux réunions en présentiel d’une journée sont planifiées par an avec l’ensemble des acteurs des services d’accueil familial (directrice, gestionnaire…). Elles ont lieu dans un saf différent à chaque fois car « l’idée c’est de connaître les personnes mais aussi les lieux. Notre volonté, c’est de les sortir de leur quotidien, de leur faire découvrir ce qui se fait ailleurs », indique Emmanuelle Jurca-Gama. Environ 20 à 25 personnes sont présentes lors de ces rencontres. A cela s’ajoute d’autres temps d’échanges en visio. « Souvent, c’est notre collègue de la Caf qui fait des petits flash infos psu, par exemple, ou comment avoir plus de financement… pour les faire monter en compétences de ce côté-là », précise-t-elle. Et puis des visio entre les crèches familiales pour travailler sur les différentes actions sont aussi organisées. En outre, un outil a été mis en place, une équipe teams hébergée par le département, regroupant l’ensemble des participants qui peuvent y retrouver tous les fichiers et converser en instantanée.
Que du positif même si…
« Chaque gestionnaire (ou directrice) chemine à son rythme, selon ses souhaits, ses possibilités, ses contraintes… Avec la CAF nous fixons les échéances, et libre à chacun de les tenir. Au final, on a plusieurs niveaux de vitesse entre chacun des partenaires », reconnaît Emmanuelle Jurca-Gama. Et complète : « certains sont en train de se décourager regrettant le manque de volonté des élus. Ceux qui sont moteurs sont ceux où il y a une volonté politique. » Mais l’optimisme est de mise ! « Nous sommes très motivées et les personnes qui participent sont ravies. On crée du lien entre les gestionnaires donc c’est déjà un plus. C’est très intéressant, et enrichissant. On attend de voir les chiffres. Ce serait génial bien sûr qu’on nous dise : on a réussi à recruter tant d’assistantes maternelles mais pour l’instant, il ne faut pas être trop gourmand », explique-t-elle encore.
Pièce jointe :
2023_2024_plan_actions_promotion_saf_v2.pdf
236.48 Ko
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Caroline Feufeu
PUBLIÉ LE 28 mai 2024
MIS À JOUR LE 31 juillet 2024