La ville de Saint-Médard-en-Jalles s’engage pour améliorer les conditions de travail de ses professionnelles de la petite enfance
Dans le cadre d’un appel à projets porté par la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL), la ville de Saint-Médard-en-Jalles (Gironde) a élaboré tout un plan d’action pour améliorer le bien-être de l’ensemble de ses professionnelles de la petite enfance. Une initiative collaborative particulièrement innovante soutenue financièrement à hauteur de 400 000 euros par le Fonds national de prévention (FNP) de la CNRACL.
Un appel à projet de la caisse de retraite des fonctionnaires
En 2021, le Fonds national de prévention (FNP) de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL) lance un appel à projets, à destination des employeurs territoriaux et hospitaliers, visant à l’amélioration des conditions de travail des auxiliaires de puériculture. Consciente de la pénibilité physique du métier et de l’aggravation des difficultés de recrutement, la ville de Saint-Médard-en-Jalles décide d’y répondre. Son projet est retenu. « Parmi les 24 lauréats – 21 collectivités territoriales et 3 établissements hospitaliers – on nous a alloué la somme la plus importante, 400 000 euros (ndlr : 100 000 euros ont été remis à la signature du contrat, le 31 janvier 2022, 100 000 euros à la fin de l’été 2023 et le solde sera versé cet été). Eu égard à cette dotation conséquente, le maire et ses adjoints ont décidé d’aller plus loin et d’englober tous les métiers de la petite enfance (EJE, directrices de structure, agents techniques, psychologues…) et pas seulement les auxiliaires de puériculture et les auxiliaires de crèche (ndlr : celles qui ont le CAP petite enfance ou CAP AEPE) », indique Frédérique Noel, psychologue du travail et des organisations et chargée de mission petite enfance sur le projet. Au total, ce sont donc 85 personnes qui sont concernées. Elle ajoute : « Le souhait est aussi que l’expertise accumulée pour ce projet puisse être déclinée par la suite dans d’autres services. Par exemple, la cuisine centrale, les espaces verts, l’éducation… ».
Première étape : la réalisation d’un diagnostic
Un questionnaire anonyme a été remis à l’ensemble des agents, qui avaient deux semaines pour le remplir et le glisser dans une urne placée sur leur lieu de travail. « Nous avons eu un très bon taux de retour. 97% d’entre elles ont en effet répondu », se réjouit Frédérique Noel. Puis, la chargée de mission petite enfance a mené 50 entretiens individuels de 2 heures chacun avec des professionnelles de la petite enfance volontaires. « Pour chaque agente, j’ai utilisé la même trame d’entretien. J’ai posé les mêmes questions, qui tournaient autour de tous les aspects physiques et psychosociaux de leur métier », précise-t-elle. En outre, avec sa collègue ergonome Emilie Bisson, elle a mis en place des observations sur site : « Sur des journées entières, nous avons été les ombres des professionnelles de la petite enfance afin de suivre leurs mouvements, leurs déplacements, leurs interactions avec les unes et les autres… » Enfin, inclus dans l’appel à projet, un accompagnement par une personne de KPMG qui devait établir un diagnostic et expliquer comment rédiger un plan d’action. Une « énorme synthèse » est venue conclure cette phase, qui a duré 8 mois, mettant en avant, en vert, ce qui devait être renforcé, en orange, ce qui devait être travaillé et en rouge, ce qui était urgent et donc prioritaire.
Deuxième étape : élaboration d’un plan d’action
Un comité technique d’une quinzaine de personnes (agents volontaires) a été constitué. De là, trois sous-groupes sont nés, chacun étant en charge d’une thématique particulière : équipement / matériel ; relation / communication / expertises (« relations entre collègues, reconnaissance de la valeur professionnelle, la formation… ») ; charge de travail. « Tout ceci a donné lieu à un recueil de 77 fiches action. Cette étape du plan d’action nous a occupés toute l’année 2023 », souligne la chargée de mission petite enfance. Un plan d’action qui a été décliné en 4 axes.
L’axe équipement : il s’agit ici d’équipements ergonomiques pour les adultes (« des assises adaptées, des raclettes pour rassembler les jouets au milieu de la pièce et des pinces pour les ramasser sans se baisser, des écharpes de portage… », cite Frédérique Noel), mais aussi de matériel de puériculture confortable pour les tout-petits et ergonomique pour les professionnelles de la petite enfance (« des poussettes très maniables y compris double ou triple, des lits à barreaux qui se montent et se baissent d’une seule main »). Sans oublier « tout un travail sur le bruit » avec « une modification des pratiques professionnelles, mais aussi l’achat de nuages absorbeurs de bruits (A-cloud) », explique la chargée de mission petite enfance. L’idée ici n’était pas d’acheter à tout va, sans avoir expérimenté. Les professionnelles de la petite enfance ont été sollicitées, parmi lesquelles des assistantes maternelles de la crèche familiale, pour donner leur avis sur des poussettes notamment. « C’est un projet participatif et collaboratif, insiste Frédérique Noel, le but est d’impliquer au maximum les agents car c’est la meilleure façon de faire adhérer. Et leur implication a été extraordinaire ».
L’axe formation : les thématiques sont très variées. Une formation action avec un ergonome a d’ores et déjà été dispensée. Il est venu sur le terrain, deux jours dans chaque structure, pour observer les professionnelles de la petite enfance en train de travailler et leur donner les bonnes postures. Une formation très appréciée car in situ. D’autres sont à venir : la gestion du temps et le rapport au temps (« elles sont tout le temps en train de courir et ça leur pèse beaucoup », selon Frédérique Noel) ; l’intelligence émotionnelle ; la communication non violente et assertive. « D’autres formations se mettront en place plus tard notamment autour de la connaissance de l’environnement territorial car on s’est rendu compte qu’il y a un très faible sentiment d’appartenance à la collectivité chez ces professionnelles-là. Et aussi tout ce qui concerne le secret professionnel, le devoir de réserve et le secret partagé, des notions qu’il faut vraiment revoir. Des professionnelles nous ont confié qu’elles s’exprimaient peu lors des échanges de pratiques car elles n’avaient pas trop confiance dans les collègues qui étaient là. Sans oublier les pratiques bientraitantes éducatives : lutter contre les violences éducatives ordinaires dans un axe « dis-moi ce qui te fait vriller avec un enfant » car c’est en partant de là que l’on pourra faire de la prévention », explique Frédérique Noel.
L’axe pratiques organisationnelles : « c’est également très varié. Il y a d’abord quelque chose autour de l’amélioration de l’environnement physique du travail », mentionne Frédérique Noel. Concrètement, chaque structure devra être dotée d’une salle de pause. « Des salles de repos très zen dans lesquelles, elles auront à disposition un ordinateur pour consulter des sites d’information, le catalogue de formation en ligne du Cnfpt, mais aussi des livres qu’elles pourront lire sur place ou emprunter », détaille-t-elle. Dans ce volet-là, on trouve par ailleurs l’idée de développer le sentiment d’appartenance à la collectivité. Et Frédérique Noel d’expliciter : « c’est favoriser l’intégration des nouveaux collègues, solliciter les élus et la direction générale pour qu’ils viennent plus souvent sur le terrain à la rencontre des professionnelles, organiser des moments conviviaux qui regroupent tous les agents de la direction. » Sans oublier tout ce qui a trait au développement des compétences et l’épanouissement du métier (« identifier les compétences des professionnelles pour qu’elles deviennent référentes et puissent animer des ateliers auprès des enfants dans leur structure et dans les autres Eaje et aussi former leurs collègues », donne pour exemple Frédérique Noel), à la communication interne et à la charge de travail. Sur le dernier point, elle précise : « Nous sommes en train de travailler à une charte des remplacements, on aimerait créer un pôle de volantes sur les différentes structures, et on a déjà limité au maximum les réunions en soirée pour préserver la conciliation de la vie professionnelle et de la vie personnelle ».
L’axe communication : « c’est une fusée à plusieurs étages. Nous avons d’abord voulu communiquer auprès du personnel petite enfance sur la question des bonnes postures professionnelles qui les protègent et les préservent. Ensuite, nous avons souhaité informer les familles et les habitants de Saint-Médard que nous prenons soin des agents qui accueillent leurs enfants et puis aussi informer au maximum les acteurs de la petite enfance au niveau local et national, de façon à relayer nos bonnes pratiques et à faire vivre ailleurs ce que nous faisons. C’était d’ailleurs une commande de la CNRACL aux 24 lauréats », indique Frédérique Noel.
Un projet de longue haleine
Le projet doit être terminé au 31 juillet 2024. A cette date, un récapitulatif des actions accomplies, accompagnées de toutes les factures, doit être remis au CNRACL. Et le solde (200 000 euros) sera versé en août ou septembre 2024. Alors où en sont-ils ? Du côté des équipements, 20% du projet a été exécuté. De nombreux achats restent encore à effectuer. Sur les pratiques organisationnelles, « nous en sommes à la moitié. Toutes les structures ne sont pas au même niveau, mais ce qui est certain, c’est qu’il y a une volonté d’avancer (…) C’est l’axe le moins cher, mais c’est le plus compliqué car transformer les pratiques, ce n’est pas facile », souligne Frédérique Noel. Concernant la formation, elle estime qu’ils en sont à 75% en termes financiers et qu’en septembre, 75% des formations auront été réalisées. Enfin, au niveau communication, c’est quasiment terminé. Le 29 avril, une soirée de la petite enfance a été organisée pour célébrer la labellisation écolo crèche de l’ensemble des structures, le projet sur l’amélioration des conditions de travail, l’ouverture prochaine de la maison de la petite enfance (budget de 7 millions d’euros), mais pas seulement. « Nous voulions parler aux professionnelles de ce que nous avions fait pour valoriser le métier d’assistante maternelle tant en crèche familiale qu’en statut indépendant. Nous avons réalisé des capsules vidéos avec nos collègues que nous avons diffusées en avant-première lors de la soirée », explique la chargée de mission petite enfance. Et elle poursuit : « Nous avons remis au personnel petite enfance un livret pédagogique des bonnes postures professionnelles avec un questionnaire détachable au milieu sur les risques psycho-sociaux et nous leur avons aussi montré, en avant-première, les 10 vidéos auxquelles elles ont participé, des 10 bonnes postures à adopter (elles seront diffusées sur les réseaux sociaux de la ville), également déclinées en 10 affiches. Une soirée très réussie. Nous avons eu un vrai moment de cohésion de la direction petite enfance et parentalité avec la totalité des agentes présentes, le maire, des élus, la direction générale. »
Un projet très bien accueilli par les professionnelles de la petite enfance
Les retours des professionnelles de la petite enfance sont très positifs sur la façon dont se déroule le projet, selon Frédérique Noel. « Elles voient tout ce qui a été fait, comprennent mieux comment fonctionne une collectivité territoriale (notamment en ce qui concerne les achats de matériel qui dépendent du vote du budget), apprécient d’être souvent consultées et l’aide apportée (matériel, formations…) », affirme la chargée de mission petite enfance. Mais une question demeure : est-ce que le projet favorisera le recrutement des professionnelles de la petite enfance et notamment des auxiliaires de puériculture ? Vont-elles se tourner vers Saint-Médard-en-Jalles « car cette ville prend soin de ses agents ? » se demande Frédérique Noel. « C’est le but ultime », confie-t-elle, d’autant que les besoins en recrutement vont s’accentuer avec la maison de la petite enfance. L’avenir le dira…
Voir ci-dessous le livret pédagogique des bonnes postures professionnelles et le livret des 77 fiches actions
Pièce jointe :
livret_pedagogique-compresse.pdf
1.72 Mo
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Caroline Feufeu
PUBLIÉ LE 21 mai 2024
MIS À JOUR LE 31 juillet 2024