Attention aux piqûres de moustiques chez le jeune enfant !
Les piqûres de moustiques sont très fréquentes chez le jeune enfant, en particulier durant la période estivale. Le plus souvent bénignes, elles peuvent toutefois être désagréables et à l’origine de démangeaisons parfois intenses et de lésions de grattage. Chez certains enfants, ces lésions peuvent évoluer vers une surinfection cutanée. Dans ce contexte, les professionnels de la petite enfance ont un rôle essentiel de prévention, d’observation et d’information des familles.
Lors de la piqûre, le moustique – seule la femelle pique – insère sa trompe dans la peau pour atteindre un petit vaisseau sanguin. Tout en prélevant une quantité minime de sang (de l’ordre de 0,001 à 0,01 millilitre), il injecte simultanément sa salive, qui empêche la coagulation du sang et facilite l’aspiration. Ce sang sert à produire et faire mûrir ses œufs.
Des réactions cutanées généralement bénignes
C’est cette salive qui déclenche la réaction cutanée. Très rapidement, le système immunitaire libère de l’histamine, responsable de la rougeur, du gonflement et des démangeaisons : c’est le fameux « bouton de moustique ».
Dans la majorité des cas, la réaction disparaît spontanément en quelques jours. Mais chez le jeune enfant, le grattage est fréquent et peut provoquer des irritations de la peau. « Les toutes premières piqûres d’un nourrisson provoquent généralement peu de réaction. C’est souvent au cours des saisons suivantes que les boutons deviennent plus inflammatoires », observe le Dr Ordioni, pédiatre.
Des mesures de prévention au quotidien
La prévention repose avant tout sur la limitation de l’exposition aux moustiques. En intérieur, l’installation de moustiquaires aux fenêtres et la protection des zones de repos constituent des mesures efficaces lorsqu’elles sont possibles. « Ce qui n’est pas toujours le cas en EAJE » dit le pédiatre.
À l’extérieur, il est recommandé de privilégier des vêtements amples, légers et couvrants. Autre conseil du Dr Ordioni : éliminer systématiquement les eaux stagnantes autour des structures (soucoupes, seaux, jouets d’extérieur…), où les moustiques se reproduisent.
Certaines structures s’équipent également de bornes anti-moustiques, qui simulent la présence humaine afin d’attirer et de capturer les moustiques. Leur efficacité dépend de leur implantation et de leur nombre. « Chères à l’achat (compter près de 1000€ par borne), elles nécessitent des consommables et, leur périmètre étant limité, il faut en prévoir souvent plusieurs à des endroits stratégiques » précise le médecin de crèche. « Les méthodes sans efficacité démontrée, comme les bracelets anti-moustiques, les appareils à ultrasons, la vitamine B1 ou l’homéopathie », ne sont pas recommandées, ajoute le pédiatre. « Les serpentins fumigènes peuvent être efficaces en extérieur, mais leur usage reste limité en présence d’enfants en raison de leur toxicité. », explique-t-il.
Les répulsifs cutanés ne peuvent être utilisés que lorsqu’ils sont adaptés à l’âge de l’enfant et conformément aux protocoles en vigueur. « Je n’autorise que les produits à base d’IR3535 à concentration de 10 à 20 %, à partir de six mois », précise le spécialiste.
Le moustique tigre : une vigilance renforcée
Le moustique tigre (Aedes albopictus) est désormais implanté dans une grande partie du territoire, avec une présence plus marquée dans les régions du sud de la France. Le Dr Ordioni explique qu’en 2025, ce moustique était implanté dans 81 départements sur 96. Actif en journée, silencieux et de petite taille, il passe facilement inaperçu. Sa particularité est de se développer dans de très faibles quantités d’eau stagnante, ce qui rend sa prévention essentiellement environnementale.
Au-delà des piqûres, il peut transmettre certains virus, notamment la dengue et le chikungunya. Des cas autochtones sont désormais rapportés. Santé publique France rapporte que, 809 cas autochtones de chikungunya et 30 cas autochtones de dengue ont été identifiés en France hexagonale. « Il s’agit de maladies émergentes auxquelles il faut penser afin de les diagnostiquer et de les déclarer rapidement », souligne le pédiatre. D’autres arboviroses, comme le Zika, peuvent également être transmises, mais ne constituent pas aujourd’hui un problème majeur de santé publique en France métropolitaine.
Prévenir les complications liées au grattage
Le principal risque chez le jeune enfant reste le grattage répété, qui peut entraîner des lésions cutanées et, parfois, des surinfections. Une hygiène locale douce est recommandée après la piqûre : lavage à l’eau et au savon doux, rinçage et séchage sans frottement. Des soins locaux apaisants peuvent être proposés selon les protocoles de la structure afin de limiter les démangeaisons. « En cas de réaction importante, des mesures peuvent être mises en place : application de froid, de la crème Baby Apaisyl® (utilisable dès 3 mois), que nous avons dans nos pharmacies de crèche », précise le pédiatre.
Dans certaines situations, une prise en charge médicale peut être nécessaire. « Un dermocorticoïde classe 2 faible (type Tridesonit) peut être prescrit sur ordonnance si la réaction inflammatoire est importante », ajoute le spécialiste. Plus rarement, « l’administration d’un antihistaminique per os (desloratadine utilisable dès 12 mois) peut être envisagée après avis du médecin ou du RSAI ».
L’usage de produits non encadrés, notamment les huiles essentielles, n’est pas recommandé en collectivité en raison des risques d’irritation et d’allergie chez le jeune enfant.
La surveillance clinique permet de repérer les signes d’alerte : rougeur étendue, chaleur locale, douleur, suintement ou apparition de croûtes inhabituelles. Dans ces situations, un avis médical est nécessaire.
Accompagner les familles
Les professionnels de la petite enfance jouent un rôle central dans l’information et la prévention auprès des familles. Expliquer les gestes de protection, rappeler les mesures mises en place en structure et sensibiliser aux signes de complication permet d’assurer une continuité entre le lieu d’accueil et le domicile. Cette cohérence contribue à limiter les piqûres et à prévenir les complications cutanées chez le jeune enfant.
Merci au Dr Ordioni, pédiatre référent de crèches pour ses précieux conseils
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 22 juin 2026