Au LAPS Tom Pous, les enfants s’éveillent à la nature et les mères soufflent
Un nouveau Lieu d’Accueil Ponctuel et Solidaire (LAPS) a ouvert ses portes le 10 février au sein de la crèche Tom Pous à Bergerac. Dans ce lieu convivial, deux professionnelles accueillent de manière occasionnelle des enfants âgés de quinze mois à trois ans. Un projet qui suscite l’enthousiasme de sa responsable, Sophie Lebredonchel.
A Bergerac, le Lieu d’Accueil Ponctuel et Solidaire (LAPS) ouvert au sien de la crèche Tom Pous, répond à un besoin croissant d’accueil ponctuel sur le territoire, suite à la fermeture de plusieurs haltes-garderies. La Communauté d’Agglomération Bergeracoise (CAB) cumule par ailleurs plusieurs fragilités : c’est un territoire rural où le niveau de vie est inférieur à la moyenne régionale et nationale, avec un grand nombre de familles monoparentales et défavorisées. Ce lieu s’inscrit dans la continuité du LAPS Les Cabrioles, situé au Pôle Petite Enfance Françoise Dolto sur la rive gauche de Bergerac. Ouvert en 2018, cet établissement connaît un franc succès, mais au fil des ans, ses capacités d’accueil se sont révélées insuffisantes. « Il y avait de plus en plus de demandes d’accueil occasionnel, je ne pouvais plus y répondre », explique Mathilde Raynal, responsable du premier LAPS Les Cabrioles. D’où l’idée d’ouvrir un nouvel établissement, cette fois sur la rive droite, afin de faciliter l’accès des familles vivant de l’autre côté du pont, en s’inspirant de la première structure. L’objectif est de toucher un public le plus large possible, d’autant plus que la cité Béthanie, un lieu associatif accompagnant des mères en situation de précarité, se trouve à proximité.
Des premiers retours positifs
Le nouveau LAPS a été installé dans le même bâtiment que la crèche Tom Pous, dont il occupe une salle dédiée. Il peut accueillir jusqu’à dix enfants. Les horaires d’ouverture sont de 8h30 à 12h et de 14h30 à 17h30, avec des fermetures les mercredi et vendredi après-midi.
L’équipe est composée de Sophie Lebredonchel, éducatrice de jeunes enfants, et de Sylvie Logier, titulaire du CAP Petite Enfance.
« Les premiers retours sur l’accueil des enfants sont très positifs, se réjouit Sophie Lebredonchel. Les demandes augmentent progressivement, le bouche-à-oreille fonctionne bien, nous prenons nos marques ». Actuellement, les deux professionnelles travaillent à l’élaboration du projet pédagogique, centré sur l’accompagnement et la socialisation des enfants. « Nous détaillons l’organisation de nos journées, les rituels, explique Sophie Lebredonchel. Notre réflexion porte vraiment sur l’accompagnement des enfants et notre positionnement vis-à-vis des familles. L’objectif, c’est que l’enfant se sente bien et qu’il apprécie ce moment. » Sophie Lebredonchel et Mathilde Raynal échangent, par ailleurs, régulièrement sur leurs pratiques. « Nous partageons les mêmes valeurs : le respect des besoins des enfants, la création d’un environnement bienveillant. Notre pierre angulaire, c’est vraiment l’observation des tout-petits », ajoute Sophie Lebredonchel.
Se connecter avec la nature
Sophie Lebredonchel a exercé dans diverses structures de la petite enfance : foyer de l’enfance, micro-crèche, halte-garderie, halte-garderie itinérante. Elle a également passé neuf ans en Australie, où elle a découvert les « crèches nature », une véritable révélation pour elle.
« Cette expérience a eu une énorme influence sur ma pratique professionnelle », confie-t-elle. Et elle entend bien s’appuyer dessus.Et ça tombe bien : le LAPS dispose d’un grand jardin aménagé, qu’il partage avec le groupe des « mini-Pous » de la crèche située à l’étage.
Les activités sont donc souvent organisées en extérieur. « Nous avons un hôtel à insectes, un petit potager, on entend les oiseaux… c’est vraiment très chouette ! Les enfants adorent : il y a tellement de choses à explorer », raconte la responsable du lieu. Le matin, au moment de l’accueil, l’extérieur facilite les séparations : « Si c’est un peu difficile, on ouvre la porte et on sort. Tout de suite, la tension retombe. Pour les enfants qui ont du mal, l’espace extérieur, c’est un vrai petit bijou ».
Renforcer la coparentalité
Au LAPS, les familles accueillies sont très diverses. Il y a beaucoup de mères seules, isolées, ainsi que des couples, souvent en situation de précarité. La plupart n’ont pas d’activité professionnelle et expriment un besoin de soutien et de répit. L’accompagnement est adapté aux besoins spécifiques de chaque famille. « Nous avons choisi de travailler sur la coparentalité, d’intégrer pleinement la famille dans le processus. Nous développons des outils, testons des approches. Nous avons vraiment cette volonté d’accueillir et de valoriser, par exemple, la langue maternelle », souligne Mathilde Raynal du LAPS Les Cabrioles. Sophie Lebredonchel confirme : « On prend le temps d’être à l’écoute. Il y a souvent de l’appréhension, parfois la barrière de la langue. Notre rôle, c’est de rassurer ». Au début de la familiarisation, l’équipe de Tom Pous utilise un questionnaire pour mieux cerner les besoins des enfants et établir un lien avec les parents.
Favoriser la socialisation des enfants
La plupart des enfants accueillis ont environ deux ans et n’ont jamais été séparés de leurs parents. Le projet pédagogique vise donc à favoriser la socialisation de ces tout-petits, peu habitués à interagir avec d’autres enfants. « C’est l’un des moteurs du projet : pour 90 % des familles, il s’agit de la toute première socialisation de l’enfant ». Sophie Lebredonchel insiste également sur l’importance des temps de transmission, essentiels avec des enfants qu’elle ne voit pas tous les jours. Fière, elle raconte les progrès de la petite Lila : « Des arbres ont été coupés dans le jardin et nous avons demandé à ce qu’on nous coupe des petits tronçons pour créer un parcours avec différentes hauteurs de rondins. Cette petite fille n’était pas du tout en confiance. Même avec nos encouragements, elle n’arrivait pas à lâcher notre main. On l’a accompagnée, et, lundi, je la vois enlever ses chaussures, ses chaussettes, grimper sur tous les rondins, presque en courant, sans s’arrêter. Nous avons raconté cela à sa maman, qui nous a dit : “Si vous saviez comme elle a changé depuis qu’elle vient au LAPS… Elle est beaucoup plus autonome, dans plein de choses.” » Des petits progrès du quotidien qui émerveillent les deux professionnelles, pleines de projets pour l’avenir. « Je vous avoue qu’on est encore en rodage, mais on aimerait faire venir des psychomotriciennes, des professionnels des CAMSP, des associations dans le champ de l’accompagnement social, et peut-être organiser des cafés des parents ! ».
candice Satara
PUBLIÉ LE 14 avril 2025