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Aurore Bergé au Comité de filière petite enfance : examen de passage réussi !

Mardi 5 septembre, Aurore Bergé, la ministre des Solidarités et des Familles, rencontrait pour la première fois le Comité de filière petite enfance. Son intervention était attendue et, elle le savait, serait examinée à loupe. Il semble qu’elle s’en soit sortie haut la main. Si elle n’a pas déroulé une feuille de route précise ni fait de grandes annonces, la ministre a néanmoins su montrer son intérêt et son engagement pour le secteur de la petite enfance.

 

Un bon état des lieux, un ton direct, une écoute attentive

Elle est bosseuse et apprend vite. C’est ce qui se disait à son propos. Mardi matin, Aurore Bergé l’a prouvé. Elle a délivré un discours-état des lieux qu’elle a su incarner. Et chacun de noter gentiment et sans le nommer la différence avec son prédécesseur qui peinait devant ces discours qu’on lui avait écrit. Elle a réussi l’exercice haut la main, « un bel exercice d’équilibriste » car elle a tenté de ménager toutes les sensibilités.
Qu’en ont retenu les membres du Comité de filière – un Comité de filière rappelons-le centré sur l’accueil individuel ?

Propos recueillis à l’issue de la réunion :

« Elle paraît très pro. Elle va à l’essentiel et a été capable de synthétiser les actions du Comité de filière. Elle a su parler des deux types d’accueil collectif et individuel ».

« Elle est venue au contact. On a senti une ministre qui a envie d’agir vite et en concertation sans perdre de temps ni faire de bêtises. Avec la volonté d’agir en faveur des enfants et des familles sans oublier les pros ».

« C’est visiblement une ministre impliquée. Ce qui est une bonne nouvelle. On sent qu’elle a fait l’effort de se pencher sur le dossier petite enfance. Dommage qu’on n’ait pas eu d’annonces fortes. »

« Elle a été prudente, c’est une bonne politique, attentive à ne froisser personne. »

« Méfiance. Attendons de voir les actes qui suivront… ou ne suivront pas. »

Et tous aussi reconnaissent qu’elle est cash : la ministre a expliqué qu’il y avait des questions qui demandaient du temps, du travail et de la concertation, mais que d’autres, qu’elle a nommées « les irritants du quotidien qui emmerdent les pros », pouvaient peut-être se régler vite et facilement et qu’il fallait les lui faire remonter.

La présidente du Comité de filière, Élisabeth Laithier, pour sa part, analyse : « cette réunion a été une première rencontre entre la ministre et les membres du Comité de filière qui ont eu l’occasion après l’avoir entendue dérouler sa feuille de route, de lui faire remonter leurs préoccupations, leurs inquiétudes présentes. La ministre nous a assuré travailler dans la continuité de ce qui avait été commencé avec son prédécesseur, avec un axe fort sur la qualité, la sécurité de l’accueil »

Consciente des difficultés et des enjeux du secteur

Dans son intervention, en ouverture de séance, la ministre des Solidarités et des Familles, après les remerciements d’usage et un bref rappel de la situation en cette rentrée 2023, a déclaré : « je partage votre diagnostic : la pénurie de professionnels est un symptôme de la perte d’attractivité des métiers du soin, qui crée un cercle vicieux entre pénurie de professionnels, travail en sous-effectif, perte de sens, épuisement, fermetures de places et risques de maltraitance.
Ce que je veux, c’est briser ce cercle vicieux et le remplacer par un cercle vertueux qui commence par la valorisation des professionnels, la garantie de la sécurité des enfants et l’amélioration de la qualité de l’accueil
 ».

Mieux valoriser, mieux rémunérer bien sûr et la ministre a réaffirmé les engagements pris et les sommes dégagées pour accompagner (en se référant notamment à la COG 2023-2027).  Rappelant qu’elle relancerait la campagne nationale de promotion des métiers de la petite enfance diffusée au printemps dernier, Aurore Bergé a ajouté : « je souhaite aussi lancer une campagne de recrutement massive pour l’ensemble des métiers du soin, de l’ humain, sur le modèle de l’armée de terre. » (Ndlr : avec quels professionnels formés ?)

Des annonces « qualité-sécurité »

La qualité dont la ministre parlait peu lors de sa prise de fonction semble être néanmoins une de ses préoccupations majeures.  A ce propos, elle a affirmé : « la qualité d’accueil ce n’est pas une incantation : c’est le temps et la disponibilité pour prendre soin et éveiller. Ce sont ce temps et cette disponibilité que je veux vous rendre ».
Mais, n’oubliant pas que la réunion du Comité de filière se tenait alors que le contenu de livres  dénonçant dysfonctionnements et maltraitances dans les crèches privées lucratives  commençait à filtrer (sans vraiment les citer, elle préféra la métaphore de l’éléphant au milieu de la pièce), elle a surtout insisté sur la sécurité : « Je vais être claire. La sécurité des enfants sera la priorité absolue de mon action ». Et d’expliquer : « L’IGAS a formulé des propositions précises, même si souvent de moyen-terme, pour sécuriser le système, sur un champ très large, de l’approfondissement du contenu des formations à l’amélioration des standards de qualité en passant par le réexamen de règles de financement et la mise en place de contrôles coordonnés. Je mettrai en œuvre avec énergie et sans délai les mesures du volet qualité du Service public de la petite enfance qui y font suite. »

Et dans la foulée, la ministre a évoqué les deux missions IGAS qu’elle vient de lancer. L’une, annoncée lors du CNR d’Angers, sur le financement des micro-crèches-Paje et l’autre concernant les pratiques professionnelles. « J’ai mandaté l’IGAS pour construire des référentiels de pratiques professionnelles déclinant la Charte de qualité d’accueil du jeune enfant dans les formations et pratiques des professionnels.
Cette charte constitue une référence dans de nombreuses structures, mais l’on ne sait pas toujours comment mettre en œuvre les principes qu’elle pose.  Il s’agit de poser un mode d’emploi simple et opérationnel partout. C’est dans le cadre de cette mission que seront déterminées les conditions et le rythme du renforcement du taux d’encadrement, que je souhaite amener à 1 adulte pour 5 enfants dès que possible. 
»
Conclusions attendues pour la fin de l’année.
Mais, comme une pré-réponse aux questions qui lui seront posées autour de l’agitation médiatique provoquée par la sortie concomitante des livres « Le prix du berceau. Ce que la privatisation des crèches fait aux enfants »(Seuil) et « Babyzness » (Robert Laffont), la ministre a affirmé : « De plus, je tiens à créer une véritable culture du contrôle dans le secteur afin qu’ils soient plus réguliers et conduits de manière plus globale pour interroger l’ensemble de la qualité d’accueil : moins de hauteur de poignées de porte contrôlées, plus de contrôles tournés vers le bien-être de l’enfant. Mais je le souligne : une culture du contrôle, ce n’est bien sûr pas une culture de la défiance à l’égard du secteur ni des professionnels qui le font vivre. ». Et, dès la rentrée parlementaire, elle devrait, dans le cadre du Projet de loi plein emploi, proposer un amendement pour qu’enfin les inspecteurs de l’ IGF et de l’IGAS puissent contrôler les groupes de crèches.
Enfin, dernière annonce et pas des moindres. Jugeant utile quand il s’agit de qualité d’accueil d’évaluer les décisions prises, elle a expliqué : « Sur ce point, je pense notamment à l’arrêté du 29 juillet 2022, qui a suscité beaucoup de réactions au sein du secteur. J’ai donc demandé à la Direction générale de la cohésion sociale de lancer une évaluation pour évaluer la fréquence de l’application de cet arrêté et les difficultés éventuelles qui y seraient liées. »

Ce que les membres du Comité de filière lui ont dit

La Présidente Élisabeth Laithier bien sûr fut la première à s’exprimer après la ministre. Et elle a présenté le Comité de filière avec une très jolie formule : « madame la ministre, a-t-elle déclaré, vous avez devant vous rassemblées toutes les forces vives de la planète petite enfance, je dirais la planète du Petit Prince, représentants des gestionnaires et des professionnels dans leur diversité qui en fait leur richesse. » Et après cette « mise en bouche », elle a synthétisé en quelques mots les propositions « accueil individuel » du Comité de filière adoptées dans une résolution en date du 13 juillet dernier.

Voici quelques extraits des autres interventions à l’adresse de la ministre.
Elsa Hervy pour la FFEC a joué la carte « public / privé nous sommes tous dans le même bateau » pour ensuite détailler les revendications spécifiques de sa fédération : « Notre fédération a 4 positions constantes que je vais rappeler brièvement à quelques heures d’attaques idéologiques qui vont impacter les parents, nos professionnels et – ne nous leurrons pas- l’ensemble du secteur. Public comme privé, nous sommes tous confrontés à la pénurie de professionnels (…).  Public comme privé nous sommes tous confrontés à un manque de valorisation de nos professionnels (…). Public comme privé, nous sommes tous confrontés à un manque de moyens. (…). Public comme privé, nous sommes tous attachés à la qualité d’accueil et à la sécurité des enfants mais nous sommes tous aussi confrontés à des difficultés réglementaires ».

Pour la FNEJE, Catherine Pons a lu une déclaration brève mais percutante pour expliquer que sans professionnels formés rien n’est possible : « la FNEJE vous demande instamment que la volonté politique de création de places s’arrête tant que les questions de qualité de l’accueil due aux enfants et celle du plan métiers ne seront pas résolues.
Par ailleurs, il va falloir être réaliste et honnête avec les citoyens pour leur dire  la vérité : oui la situation va encore être compliquée pendant quelques années mais tous les acteurs sont engagés pour sortir de cette situation d’ici plus ou moins 4 ans avec le Comité de filière petite enfance. (…). Même si le gouvernement auquel vous appartenez n’est pas comptable de 20 ans de libéralisation et de dégradation du secteur, il en est au moins pour les 6 années passées et notamment concernant la réforme NORMA qui en accentue la détérioration. »

Véronique Escames pour le SNPPE a insisté concernant l’attractivité des métiers sur une revalorisation des salaires rapide et immédiate de 350 euros nets mensuels (ce qui correspondrait au salaire médian français), sur la nécessité de développer une vraie politique de qualité de vie au travail et a rappelé son opposition à ce que des apprentis puissent être comptabilisés dans les personnels pour calculer les taux d’encadrement (NDLR : ce qui avait été proposé à nouveau par la FFEC).

Pour l’UNIOPSS, Jérôme Voiturier a rappelé les chantiers qui lui paraissaient importants et surtout insisté sur la situation du secteur associatif. Il faut « affirmer la place légitime et indispensable du secteur associatif dans le service public de la petite enfance, a-t-il expliqué, et plus globalement dans les politiques sociales, médico-sociales et éducatives. »

Enfin, Annick Bouquet, au nom de France Urbaine a insisté sur deux points : la pénurie de professionnels qui touche particulièrement les villes de plus de 30 000 habitants, premiers employeurs des professionnels de la petite enfance. Et elle a souligné que comme autorités organisatrices dans le cadre du SPPE, les villes souhaitaient avoir un droit de regard sur les ouvertures de crèches privées, notamment les micro-crèches.

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Catherine Lelièvre

PUBLIÉ LE 06 septembre 2023

MIS À JOUR LE 17 novembre 2023

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