Ce qui se passe dans les crèches reste trop méconnu
Par
Puéricultrice formatrice, auteure
Ce qui se passe dans les crèches n’est malheureusement pas assez connu ni des parents, ni du grand public en général.
Pour les parents, la représentation qu’ils se font de la crèche se construit à partir de ce qu’ils vivent et perçoivent chaque matin et soir en accompagnant leur enfant. C’est-à-dire l’ambiance du lieu, l’attitude des professionnels accueillant les enfants, le comportement de leur enfant ou des autres enfants. Mais que savent-ils du vrai déroulement de sa journée et surtout de ses activités, de ses apprentissages, de ses relations avec les autres enfants ? Comment les professionnels interviennent-ils dans l’éducation de leur enfant ? C’est un peu flou et laisse place à l’imagination du pire comme du meilleur, toujours réducteur et loin de toute réalité. Pour le grand public la crèche est un lieu où l’on garde les enfants pour qu’ils jouent, qu’ils apprennent à vivre ensemble et se préparent pour aller un jour à l’école ! Vision parcellaire, tronquée et fausse de cette société grouillante de vie qu’est la crèche et dans laquelle se déroulent les vrais premiers apprentissages des jeunes enfants.
Même si la crèche bénéficie d’une bonne image, d’un petit côté « c’est bien pour les enfants » (et pour les parents pour l’aspect financier), elle n’est pas valorisée à sa juste place, celle d’une institution avec une valeur éducative pour les enfants, et les professionnels sont peu reconnus comme de vrais professionnels de l’éducation des jeunes enfants. Passer de la garde sanitaire à l’accueil a pris du temps et n’est sans doute pas encore totalement avéré dans certains esprits, qualifier cet accueil d’accueil éducatif reste aujourd’hui à faire.
Mais comment ?
Certainement pas en attendant qu’un ministère de tutelle daigne un jour en prendre conscience et créer, au-delà des bonnes intentions et de l’augmentation du nombre de places, une vraie filière structurée de la petite enfance de 0 à 6 ans.
C’est à la fois le terrain et les professionnels de la Petite Enfance eux-mêmes qui feront évoluer le regard sur leur métier et sur la crèche. En disant à tous ce qui se passe pour les enfants dans les crèches. En montrant comment les enfants peuvent apprendre grâce aux pédagogies réfléchies mises en place par les équipes. En expliquant ce qu’on apprend et ce qu’il est important d’apprendre lorsqu’on est un bébé. En faisant valoir la capacité des professionnels à réfléchir, à se remettre en cause, à essayer des organisations pédagogiques nouvelles et à les évaluer. En mettant en avant les compétences relationnelles, empathiques et professionnelles, tout comme la douceur et la patience de ces experts de la petite enfance.
Et c’est ce qu’a fait l’équipe de la crèche « Les p’tits pots rouges » du groupe normand Léa et Léo, en acceptant d’être filmée dans son travail quotidien. Cette crèche travaille avec la pédagogie Itinérance Ludique depuis presque dix ans. Au cours de ces années, elle a pu parfaire son organisation pour coller au plus près des savoirs sur le développement des jeunes enfants et sur leurs manières d’apprendre comment fonctionne le monde, celui des objets comme celui des relations humaines. Les professionnels ont osé sortir des canons habituels de fonctionnement des crèches en renonçant à l’alternance entre les activités et les jeux libres et en allant vers toujours plus d’ouverture, de fluidité et moins d’effets de groupe. Si cela a pu déstabiliser certains d’entre eux, peu habitués à gérer non pas un groupe d’enfants mais une liberté donnée à chacun d’eux, cela a aussi contribué à créer une équipe dynamique et soudée autour d’un projet soutenu par la direction et porté par les éducatrices de la crèche.
Sortir des murs de la crèche pour montrer ce qui s’y passe, sert à faire valoir que l’excellence du travail des professionnels de la crèche conduit non seulement au bien-être des enfants, premier objectif incontournable des professionnels de crèches, mais aussi à créer les conditions de leurs explorations et de leurs apprentissages. Loin de la pédagogie traditionnelle par groupe d’âge homogène, loin de l’enfermement des enfants dans des petits espaces, loin des activités dites dirigées avec des enfants assis autour de tables, les enfants bougent sans cesse (ce qui est indispensable pour apprendre à leur âge), expérimentent, explorent, créent leurs jeux et l’ensemble des mondes possibles pour apprendre comment fonctionne le leur. Les professionnels sont à l’écoute des enfants dans une organisation fluide et apaisée qui laisse toujours la place aux choix des enfants et les incitent à se rencontrer, quelque soit leur développement. Ceci ne les prépare pas forcément à respecter bêtement les consignes scolaires ultérieures, mais leur donne sans aucun doute les bases de connaissances et de construction indispensables pour poursuivre sereinement leur chemin, y compris celui de l’école.
Montrer cette excellence n’a qu’un but : dire à tous que ce qui se pratique dans les crèches n’est pas de la garderie, ne se résume pas aux seuls soins de nursing ou de surveillance des jeux et que les compétences des professionnels ne s’arrêtent pas au seul fait de savoir changer des couches et d’être gentils avec les enfants. C’est en voyant la réalité de ce travail d’accueil et d’éducation des jeunes enfants que le grand public peut prendre conscience non seulement de la qualité de l’accueil offert aux enfants, mais aussi de celle des professionnels, véritables praticiens spécialistes de cet accueil.
A l’instar de la crèche « Les p’tits pots rouges », j’incite les professionnels à ouvrir leurs crèches, à montrer leur travail et à faire partager les aventures des enfants pour que chacun se rende compte que le temps de la petite enfance est un temps de richesse qui se doit d’être connu et respecté à sa juste valeur.
PUBLIÉ LE 22 janvier 2018
MIS À JOUR LE 09 décembre 2019