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Cette halte-garderie de Pont-l’Abbé sécurise d’abord les parents pour mieux accueillir les enfants

Dans un territoire rural comme la pointe du Finistère, où les distances compliquent l’accès aux modes d’accueil et où les besoins des familles ne correspondent pas toujours aux schémas classiques, l’association Ti Liou Petite Enfance du Pays Bigouden sud défend depuis plus de vingt ans le modèle d’une halte-garderie pensée comme un accueil à part entière.

À Pont-l’Abbé, cette halte-garderie accueille des enfants dès l’âge de trois mois, parfois pour quelques heures seulement, avec un principe comme fil conducteur : rassurer le parent avant de penser la séparation, afin de sécuriser l’enfant dans son parcours d’accueil.

L’accueil occasionnel au cœur du projet associatif

Créée et gérée par des parents bénévoles, l’association Ti Liou s’est construite autour d’une conviction forte : proposer des réponses diversifiées et accessibles aux besoins des familles du territoire. Depuis l’ouverture de la crèche (24 places) en 1998, puis de la halte-garderie (15 places) en 2004, l’accueil occasionnel est devenu un véritable projet éducatif à part entière.
« C’est un cheval de bataille pour nous », explique Delphine Caro, coordinatrice de l’association. « L’objectif était de défendre un vrai accueil halte-garderie, avec un espace dédié et des professionnelles dédiées, capables de travailler encore davantage le lien avec les parents ».
Structure à gestion parentale et adhérente du réseau ACEPP, Ti Liou ne fonctionne pas comme une crèche parentale au sens strict : les parents n’assurent pas l’accueil des enfants. En revanche, ils sont pleinement impliqués dans la gouvernance associative et invités à être acteurs du projet. Temps de lecture, de chant, ateliers ponctuels ou partage de compétences font partie intégrante de la vie de la structure, offrant aux parents une place singulière et reconnue.

Travailler le lien plutôt que la séparation

La halte-garderie s’adresse en grande partie à des parents qui ne travaillent pas, par choix ou par contrainte. Des familles qui se questionnent sur leur rôle parental, sur le développement de leur enfant, et qui trouvent à Ti Liou un espace d’écoute et de soutien.
L’accueil peut être très ponctuel (quelques heures un jour fixe dans la semaine) et permet aux parents de dégager du temps pour eux : suivre une formation, apprendre le français, se rendre à un rendez-vous, ou simplement souffler.
Ici, la place du parent est pensée de manière beaucoup plus souple qu’en crèche. Certains restent un temps avec leur enfant, prennent le temps de la rencontre, parfois jusqu’à partager un repas. « On ne travaille pas la séparation, on travaille le lien », insiste Delphine Caro, « c’est en renforçant l’enfant dans son lien à son parent que l’on peut ensuite envisager la séparation ». L’adaptation ne suit aucun schéma type : pour certaines familles, quelques jours suffisent, pour d’autres, le processus peut s’étendre sur plusieurs semaines. Une attention particulière est portée à cette phase, afin de construire une relation de confiance durable.

Une organisation souple pour répondre aux besoins singuliers

La moitié des places proposées à la halte-garderie repose sur des accueils limités à deux jours par semaine, afin d’apporter du confort et un minimum de régularité aux familles. Le reste des places est volontairement flexible, accessible sans contrat, avec des réservations possibles jusqu’à quinze jours à l’avance.
Cette organisation permet également de répondre à des situations de dépannage ponctuel ou d’urgence, qu’il s’agisse d’un entretien d’embauche, d’une hospitalisation ou d’un événement familial imprévu.
Sur l’année, entre 50 et 60 enfants différents fréquentent la structure. Un fonctionnement qui suppose une forte capacité d’adaptation professionnelle pour l’équipe, composée de quatre professionnelles à temps plein. « Travailler en halte-garderie demande de s’adapter à chaque situation et de pouvoir, parfois, se décaler du groupe pour accueillir un enfant dans sa singularité », souligne la coordinatrice.

L’accueil occasionnel comme levier de prévention

Dans ce territoire rural, où certaines familles parcourent jusqu’à vingt kilomètres pour accéder à un mode d’accueil, la halte-garderie joue également un rôle de prévention précoce. Les puéricultrices de PMI orientent régulièrement des familles après la naissance, tout comme les dispositifs AVIPS portés par la CAF du Finistère, à destination de parents rencontrant des freins à l’emploi.
« Le mieux-être du parent est fondamental. Quand l’enfant est scolarisé, cela facilite aussi le retour vers l’emploi », rappelle Delphine Caro. L’accueil occasionnel devient alors un levier pour reprendre confiance, créer du lien social et amorcer un parcours.

Oser passer la porte

Par définition, une halte-garderie doit pouvoir accueillir à tout moment. Certaines périodes sont plus fréquentées que d’autres, et l’hiver laisse souvent davantage de disponibilités. « C’est aussi un bon moment pour proposer des adaptations », note la coordinatrice.
Le message adressé aux familles est clair : oser passer la porte. « Grandir à la maison avec son enfant, c’est précieux, mais cela peut aussi être très anxiogène. Prendre du temps pour soi, c’est important pour exister autrement qu’en tant que parent. »
En ce moment, la halte-garderie dispose de places disponibles : l’équipe invite donc les parents du territoire à ne pas hésiter à prendre contact pour échanger sur leurs besoins et envisager un accueil ponctuel.

Raphaëlle Orenbuch

PUBLIÉ LE 21 janvier 2026

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