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« Chacun son tour » et le respect de l’autre

Par Monique Busquet

Psychomotricienne, formatrice petite enfance

Se regarder, se sourire, dialoguer ou « se gazouiller » : il est fascinant de voir comment les bébés montrent très tôt leur grande appétence pour la relation et les interactions. Dès la naissance, ils regardent intensément les visages et peuvent imiter des mimiques. Rapidement, ils sourient en réponse aux sourires qui leur sont adressés.
Plus tard ils gazouillent et écoutent : un tour de rôle se met en place. Le bébé émet des sons, puis se tait et écoute l’adulte qui, à son tour, émet des sons, reproduisant les mêmes ou/et en introduisant des variations, puis le bébé de nouveau gazouille et ainsi de suite. Bébé et adulte entrent ainsi dans cette danse et cet échange sans qu’il y ait besoin de demander à l’enfant d’attendre, ni de faire pareil, simplement en s’ajustant à lui.
Ces temps sont déjà des premiers dialogues « chacun son tour », bases du vivre ensemble.  Les jeux de « tiens, donne » souvent un peu oubliés sont aussi des temps d’échanges.

L’enfant a grand besoin de vivre ces temps de plaisir partagé. Il se voit et se construit ainsi dans les yeux de l’adulte en relation.  Il a bien sûr également besoin que les adultes puissent lui être une base de sécurité, à partir de laquelle l’enfant peut s’éloigner, explorer et jouer librement.

En effet, l’enfant, curieux du nouveau, a un « moteur de vitalité, pour aller à la rencontre de ce et ceux qui l’entourent.  Dans ses explorations, il a souvent envie de faire comme l’autre, d’avoir et de prendre sans attendre l’objet que l’autre utilise, que celui-ci soit adulte comme enfant.

Au cours de ses premières années, au rythme de sa maturation et de ses vécus, l’enfant pourra progressivement attendre et entrer dans des jeux avec les autres enfants non seulement côte à côte, mais avec cet autre.  Il peut alors échanger, négocier, différer son action et laisser de la place à l’autre, partenaire de son jeu.  « Je t’écoute, je te regarde,  je prends en compte ce que tu fais, ce que tu dis , je m’exprime à mon tour et nous nous rencontrons et pouvons faire ensemble».

Mais certains enfants manifestent plus de difficultés à attendre, à différer action et plaisirs immédiats, à respecter le jeu et la place des autres. Ce sont souvent des enfants moins secure, quelle qu’en soient les raisons, des enfants qui ont un réel besoin de recevoir plus d’attention, d’être compris et acceptés tels qu’ils sont, au-delà des effets de leur comportements sur les autres.

Les professionnels de la petite enfance suffisamment formés, connaissent leur rôle auprès des enfants qu’ils accueillent :  prendre soin d’eux, porter attention à leurs ressentis, répondre au mieux à leurs besoins, leur apporter contenance et protection, les porter physiquement et psychiquement, leur permettre de créer ce lien de confiance et d’attachement.
Mais ces enfants insecure ont souvent également grand besoin ou encore plus besoin, quel que soit leur âge, de ces échanges face à face, de ces dialogues, de ces partages initiés par l’adulte de jeux d’imitation de mimiques, de sons, de gestes, de mouvements. Il ne s’agit pas de demander aux enfants de nous imiter, ni de leur « faire faire »,  mais plutôt de jouer avec eux, à partir de ce qu’ils font, de s’y ajuster comme dans les premiers échanges de gazouillis avec les bébés.

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Monique Busquet

PUBLIÉ LE 02 février 2024

MIS À JOUR LE 29 février 2024

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