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Chaque mois, deux jours entiers dehors : le pari des « journées nature » des Crèches2max

Dans trois micro-crèches de la métropole strasbourgeoise, les enfants partent toutes les trois semaines passer deux jours dehors, en immersion dans la nature, quelle que soit la météo. Un projet ambitieux, porté par une équipe convaincue qui a reçu le prix coup de cœur du jury des Coccinelles d’Or 2026.

Au milieu des arbres, quelques bâches tendues, du matériel installé à l’aube et des enfants déjà absorbés par leurs explorations. Ici, pas de coins jeux ni d’activités dirigées : le terrain devient lui-même un espace d’expérimentation. Dans les trois structures des Crèches2max (Le Petit Bois Carotte, Les Petits Puttini et Les Petits Barr’bouilleurs), qui accueillent chacune une douzaine d’enfants, ces « journées nature » sont devenues un rendez-vous incontournable.

Pendant deux jours, les enfants quittent les murs de la structure pour s’installer en extérieur, sur un lieu dédié, proche de la crèche. Une organisation bien rodée, mais qui n’a rien d’anodin. « Ce n’est pas un truc où on s’est juste dit “allez, on le fait” », résume Guillaume de Maximy, qui dirige avec son épouse Anne ce réseau de micro-crèches. Derrière ces deux jours dehors, il y a des années d’ajustements, d’essais… et une conviction forte : celle que la nature fait partie intégrante du projet éducatif.

Deux jours dehors… même quand il pleut

Au départ, le projet s’inscrit dans une philosophie déjà bien ancrée dans les structures. La pédagogie développée par Crèches2max repose notamment sur la pédagogie par la nature, inspirée des écoles forestières, qui valorise les immersions régulières en extérieur comme source d’expériences sensorielles et de bien-être. « Avec Anne, on a toujours été très nature. On partait en bivouac avec nos enfants », raconte Guillaume. Une expérience familiale qu’ils décident peu à peu de transposer dans leurs crèches.

D’abord sous forme de sorties ponctuelles, puis de manière plus structurée. « On s’est rendu compte que les balades classiques étaient frustrantes : le temps de préparer tout le monde, il fallait déjà rentrer », explique-t-il. L’idée de journées complètes s’impose alors. Aujourd’hui, chaque crèche organise ces temps d’immersion toutes les trois semaines, avec un objectif : maintenir le rythme toute l’année, y compris en hiver. « À moins d’une alerte météo, on y va. Tant pis s’il pleut », assume le fondateur.

Un choix qui s’inscrit aussi dans une vision éducative : permettre aux enfants d’expérimenter les variations de leur environnement (pluie, vent, froid…) comme des éléments à part entière de leur développement.

Une organisation lourde mais maîtrisée

Derrière ce choix de proximité avec la nature, la logistique est conséquente. Transport du matériel, installation du campement, gestion des repas… chaque détail compte. Dans ces micro-crèches, où les équipes comptent généralement six professionnelles pour une douzaine d’enfants, l’organisation doit être particulièrement anticipée. « C’est quand même quelque chose d’assez lourd », reconnaît Marguerite de Maximy, éducatrice de jeunes enfants en apprentissage, qui s’apprête à reprendre l’organisation des journées nature pour les trois structures. « Il faut installer le matériel le premier jour, le démonter ensuite… mais on a simplifié au maximum ».

Avec le temps, l’équipe a ajusté son fonctionnement : matériel stocké dans un véhicule dédié, repas préparés en amont par la crèche, organisation allégée pour se concentrer sur l’essentiel. « Avant, on cuisinait sur place, mais c’était trop lourd. On a revu tout ça pour rendre les journées plus fluides », explique Guillaume.
Le format a, lui aussi, évolué : après des expérimentations sur trois jours, les équipes sont revenues à deux jours, jugés plus adaptés au rythme des petits. Les parents déposent leur enfant sur le lieu du campement le matin et viennent les récupérer sur place le soir.

Laisser faire plutôt qu’animer

Sur le terrain, le changement de posture est indéniable. « On ne prépare rien », insiste Guillaume, « au contraire, il ne faut pas animer. Il faut laisser les enfants explorer, observer, faire leurs expériences ». Une approche cohérente avec leur projet pédagogique, qui s’appuie notamment sur l’observation et le libre cheminement de l’enfant, dans des environnements pensés pour limiter les interdits et favoriser l’initiative.

Un positionnement qui transforme le quotidien des professionnelles. Moins d’interventions, moins de bruit, plus d’observation. « La fatigue est différente », souligne Marguerite, « c’est plus physique, mais moins mental. Il y a moins de sollicitations permanentes ». Les enfants, eux, investissent spontanément l’environnement. Motricité, autonomie, interactions… les bénéfices sont rapidement visibles. « On observe aussi moins de conflits en extérieur », ajoute-t-elle.

Des équipes et des parents convaincus

Si aujourd’hui le projet fait consensus, les débuts ont forcément suscité quelques interrogations. « Les premières questions des équipes, c’était très concret : comment on fait pour manger, dormir, aller aux toilettes ? », se souvient Anne de Maximy, éducatrice de jeunes enfants et directrice des trois structures.

Des inquiétudes également partagées par certains parents, notamment face au froid ou à l’inconfort. « Aux premiers froids, il y a toujours un peu de panique », reconnaît-elle.
Mais avec le temps, la confiance s’installe. Les familles sont informées dès l’inscription, et certaines viennent même partager un repas sur place pour observer le fonctionnement. « Une fois qu’ils voient comment ça se passe, ils sont rassurés et rapidement convaincus des bienfaits pour leurs enfants », explique Guillaume.

Une transmission en cours

Aujourd’hui, le projet entre dans une nouvelle phase. Marguerite, la fille des fondateurs, s’apprête à en prendre la responsabilité. Un passage de relais qui s’inscrit dans une continuité… mais aussi dans une envie de faire évoluer le dispositif. « Pour moi, c’est essentiel que les enfants soient en contact avec la nature », affirme-t-elle. « Et même aujourd’hui, je trouve que ce n’est pas encore assez régulier ». Son objectif : renforcer la fréquence des journées nature, tout en maintenant un équilibre avec le temps passé en structure, notamment en hiver.

Au fil des années, ces journées dehors se sont donc imposées comme une évidence pour les équipes. Ni effet de mode, ni argument marketing : simplement une autre manière d’accueillir les jeunes enfants. « Ce n’est pas pour se différencier », insiste Guillaume de Maximy. « C’est parce qu’on est convaincus que c’est notre mission. »

Raphaëlle Orenbuch

PUBLIÉ LE 29 avril 2026

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