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Claire Bourdille, du collectif Enfantiste : « il faut en finir avec l’adultisme, cette domination de l’adulte sur l’enfant »
Samedi 16 novembre, le collectif Enfantiste a organisé sa deuxième mobilisation générale pour la protection de l’enfance. Aux côtés de nombreuses associations, syndicats (dont le SNPPE), les citoyens ont manifesté contre les violences faites aux enfants. À l’occasion de la journée internationale des droits de l’enfant qui a lieu cette semaine, nous avons rencontré avec Claire Bourdille, fondatrice du collectif Enfantiste.
Les Pros de la petite enfance : Vous êtes la fondatrice du Collectif Enfantiste. Quel est l’objectif de votre mouvement ?
Claire Bourdille : Le Collectif Enfantiste est un mouvement citoyen pour les droits des enfants. Il est né en avril 2022 pendant la campagne présidentielle. J’ai remarqué qu’il n’y avait pas de discours politique sur les droits des enfants. Personne ne faisait mention de l’urgence de protéger les enfants. En tant que féministe et engagée pour les droits humains, c’était inconcevable pour moi. Il manquait un mouvement militant d’ampleur, comme c’est le cas pour le mouvement féministe qui est assez puissant en France et a permis de faire avancer les droits des femmes. C’est dans cet esprit que nous avons lancé le collectif. Nous sommes un mouvement politique et social qui combat l’adultisme, la domination des adultes sur les enfants. Notre collectif repose sur des activistes, des citoyens qui ont envie de s’engager et d’en finir avec les violences faites aux enfants. Mais nous sommes en lien aussi avec de nombreuses associations, à l’instar de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO)*, dont nous relayons les travaux.
Pourquoi cette mobilisation du 16 novembre ?
Avec la manifestation du 16 novembre, nous avons souhaité envoyer un message fort d’union et de mobilisation et en même temps alerter les élus et le gouvernement en les exhortant à agir. Nous sommes persuadés que c’est la société, en se mobilisant sur la question des violences faites aux enfants, qui permettra que les pouvoirs publics s’emparent du sujet. Mais la prise de conscience n’a pas encore eu lieu. Nous avons encore recours massivement aux violences éducatives ordinaires, les violences intrafamiliales sont en hausse constante. Notre société n’a pas pris la mesure de la situation. Ceux qui se mobilisent aujourd’hui sont toujours les mêmes : des professionnels, des victimes, des survivants ou encore quelques alliés. Il n’est pas acceptable que lorsqu’il y a un triple infanticide en France, comme nous l’avons vu dans l’actualité récente, les citoyens ne se révoltent pas et n’exigent pas des actions.
Qu’attendez-vous du gouvernement actuel ?
Pour être tout à fait honnête, nous n’attendons rien. Nous savons très bien que le gouvernement ne bougera pas et que les promesses sont vaines. Notre espoir porte sur l’échéance des prochaines élections présidentielles. Nous allons porter nos revendications auprès des futurs candidats pendant les deux prochaines années. Notre objectif est que nos recommandations soient entendues et intégrées dans les programmes. C’est vraiment un travail de longue haleine.
Quelles sont vos revendications dans le domaine de la petite enfance ?
Nous demandons la formation des professionnels de toutes les institutions en lien avec les enfants à l’ensemble des violences faites aux enfants et notamment au psychotrauma. Nous réclamons une réforme totale de l’Aide sociale à l’enfance, un accompagnement à la parentalité tout au long de l’enfance et plus largement la création d’un ministère de l’Enfance. Sur les violences sexuelles, nous exigeons l’application des 82 recommandations de la Civise pour protéger les enfants contre les pédocriminels. La commission a rendu ses travaux il y a pile un an, il est maintenant temps d’agir. La question de l’imprescriptibilité des viols sur enfant est primordiale, elle contribuera à diminuer l’impunité des agresseurs et peut-être de sauver des enfants pourraient être agressés. Mais une seule mesure ne suffira pas à protéger les plus jeunes. Chaque année 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles dans notre pays. Et ce chiffre est probablement sous-estimé car les enfants se taisent. Nous appelons à un plan d’urgence pour la protection des enfants.
* À la suite des « Rencontres sur la violence éducative ordinaire et la domination adulte » qui se sont déroulées en octobre 2023, l’Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO) et les éditions Le Hêtre Myriadis publient en novembre l’ouvrage collectif « Emanciper l’enfance : comprendre la domination adulte pour en finir avec la violence éducative » avec la participation de Claire Bourdille.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 15 novembre 2024
MIS À JOUR LE 18 novembre 2024